Consultation sur l’impact environnemental d’Alteo : “La mobilisation du public est forte”

Actualité
Pierre Isnard-Dupuy
6 Juin 2019 1

Une enquête publique se termine ce vendredi à propos des conséquences environnementales et sanitaires de l'activité de l’usine d’alumine de Gardanne, à terre comme en mer. Si le débat est moins visible que d’ordinaire, la commission d'enquête observe une participation forte, témoignage des avis très tranchés, sans les passions soulevées par la poursuite des rejets en mer.

Le bassin 7 de Mange-Garri sert de zone provisoire pour accueillir les eaux de pluie.

Le bassin 7 de Mange-Garri sert de zone provisoire pour accueillir les eaux de pluie.

C’est une énième étape dans l’épineux dossier des rejets de l’usine Alteo de Gardanne, au milieu d’une année 2019 qui sera capitale dans la définition de l’avenir du site de production d’alumine (relire notre décryptage). Une enquête publique est actuellement en cours, « sur l’appréciation des dangers et inconvénients environnementaux et sanitaires cumulés de l’usine de Gardanne et des installations de stockage de déchets » du site de Mange-Garri. « C’est une enquête particulière car elle porte uniquement sur les cumuls d’impacts. Le tribunal administratif a considéré qu’il y avait eu un vice de forme dans les précédentes procédures », résume Christian Tord, le président de la commission d’enquête qui a été nommé par la juridiction administrative.

Elle a été ordonnée par le tribunal administratif de Marseille dans un jugement rendu en juillet 2018. Saisi par plusieurs associations environnementales, il a considéré l’insuffisance d’une précédente enquête publique, ne prenant pas en compte les conséquences de la reprise du stockage massif des résidus solides à terre, sur le site de Mange-Garri, situé sur la commune de Bouc-Bel-Air. Le 1er janvier 2016, l’industriel n’est plus autorisé à rejeter en mer le mélange liquide-solide appelé “boues rouges”, via une canalisation de 50 km qui aboutit dans le canyon marin de Cassidaigne, au large de Cassis.

“Il va me falloir un quatrième registre”

La reprise du stockage à terre entraîne l’inquiétude et la colère des riverains et des associations environnementales. En cause, la dissémination dans l’environnement de poussières d’un rouge vif, la couleur des boues rouges séchées, résultat du traitement du minerais de bauxite pour en extraire l’alumine. Sont pointées également les eaux de pluie qui s’infiltrent dans l’aquifère depuis le site. En mars, le préfet a d’ailleurs sommé à Alteo de faire le nécessaire pour étanchéifier son site de stockage (lire notre article).
Alteo répond que les taux de produits incriminés ne présente pas de risque sanitaires et que des efforts ont été faits pour circonscrire l’envol des poussières depuis Mange-Garri. En outre de nouveaux process de traitement des effluents sont en train de se mettre en place vers un mieux environnemental (lire notre article), affirme l’industriel.

Depuis, la poussière n’est pas retombée en ce qui concerne le site de stockage à terre. Industriel, salariés et écologistes sont toujours à couteaux tirés, ce qui se constate aussi dans les avis de l’enquête publique. « La mobilisation du public est forte. Beaucoup plus que sur d’autres enquêtes. Notamment sur les communes de Bouc-Bel-Air et de Gardanne », observe Christian Tord, le président de la commission d’enquête. « Il va me falloir demander un quatrième registre d’ici la fin de la semaine », dit une employée municipale à l’occasion de notre passage à la direction des services technique de Gardanne. Que ce soient ceux que nous avons consulté ici, ou dans d’autres mairies et sur le site internet de la préfecture, les avis sont bien séparés en deux camps, à l’exception de quelques-uns, comme celui-ci : « Évidemment je suis soucieuse de l’avenir des employés et des retombées économiques […]. Pour autant je suis inquiète au quotidien de vivre à proximité de ce site. L’air est parfois irrespirable lorsqu’on passe devant. L’environnement et la santé doit aussi être pris en compte ».

Globalement, le dossier a cependant fait l’objet d’une campagne réduite, ou en tout cas peu visible, de la part des quinze associations qui avaient obtenu l’enquête publique en justice. En 2015, la première enquête publique, concentrée sur le rejet en mer, avait donné lieu à plusieurs manifestations et à une bataille au sommet de l’État opposant Ségolène Royal et Manuel Valls.

Des organisations ont cependant mobilisé leur réseau. « On a invité tous les salariés et leur entourage à participer », nous dit Harold Périllous, délégué CGT Alteo. Son avis, lu dans le registre de Gardanne est « favorable, au vu des efforts environnementaux et de l’économie et des emplois générés autour de cette activité historique. Ce serait une honte de fermer cette usine ». Par centaines des avis affirment la même chose dans des termes plus ou moins proches. Les contributions des riverains et des écologistes se comptent aussi par centaines, dont en particulier une lettre type proposée par l’association Bouc-Bel-Air Environnement. L’avis défavorable s’y inscrit sous forme de question : « Ces déchets industriels chargés en métaux lourds et en soude sont stockés à l’air libre dans une zone très peuplée extrêmement proche de certaines habitation. Pourquoi ? ».

ON A OFFICIELLEMENT LA PAROLE C'EST MAINTENANT OU JAMAIS !!! Signer la pétition contre le stockage des boues rouges c'…

Publiée par Bouc-Bel-Air Environnement sur Mardi 7 mai 2019

“Une fenêtre de communication”

Bouc-Bel-Air Environnement a préparé un « dossier scientifique », qui sera remis aux commissaires enquêteurs ce vendredi. « On a fait la recherche systématique de tous les inconvénients dans plusieurs rapports, notamment celui de l’ANSES [Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail] et du BRGM [Bureau de recherches géologiques et minières], concernant l’envol des poussières et la percolation de l’eau », nous dit Thierry Gauvin, le président de l’association. Sur le fond, il n’attend rien de l’enquête publique. « Il y a une connivence forte entre le monde politique et l’industriel, ça ne va pas changer la face du monde », exprime-t-il, en s’attendant à un avis positif de la commission d’enquête. « Mais ça permet aux gens de s’exprimer et on en fait une fenêtre de communication pour que les gens sachent qu’ils vivent à côté de cette pollution », affirme le militant associatif.

L’enquête publique se termine ce vendredi 7 juin avec les deux dernières permanences des commissaires enquêteurs à Gardanne et à Bouc-Bel-Air. Déjà la participation des citoyens est importante, à la hauteur des enjeux globaux du dossier. A raison d’un dépôt de 350 000 tonnes par an mis à Mange-Garri, Alteo va se trouver à l’étroit. L’industriel prépare donc une demande d’extension de son espace de stockage. Et en 2021, son autorisation pour le stockage à terre arrivera à terme. Une autre enquête publique sera donc ouverte dans les prochains mois. Quant à l’avis de celle en cours, « il sera remis courant juillet », précise Christian Tord. Le préfet devra alors éventuellement en tenir compte en imposant une modification des conditions d’exploitation de l’usine.

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