Conservatoire d’Aix : des profs et des élèves dénoncent le harcèlement sexuel du directeur

Enquête
le 7 Avr 2022
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Le directeur du conservatoire d’Aix-en-Provence a été suspendu jeudi 7 avril. Il est visé par une enquête interne pour "harcèlement moral et sexuel" qui a donné lieu à un signalement au procureur. Après plusieurs semaines d'investigations, Marsactu a pu recueillir les récits concordants de neuf salariées et anciennes élèves.

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Le conservatoire à rayonnement régional Darius-Milhaud d'Aix-en-Provence. (Photo: I.D.)

Le conservatoire à rayonnement régional Darius-Milhaud d'Aix-en-Provence. (Photo: I.D.)

“Aix-en-Provence, ville de culture”. Le printemps s’installe et la commune affiche fièrement le programme de sa biennale d’art contemporain qui court jusqu’au 17 avril 2022. Mais au conservatoire à rayonnement régional Darius-Milhaud, l’heure n’est pas à la célébration de ces festivités dont la structure est partenaire. Selon notre enquête, son directeur, Jean-Philippe Dambreville, est accusé par plusieurs salariées de harcèlement moral et sexuel et même, pour au moins un cas, de gestes pouvant relever du délit d’agression sexuelle.

Jeudi 7 avril, Marsactu est sur le point de boucler son enquête. Et apprend que le procureur de la République d’Aix-en-Provence, Achille Kiriakides a reçu un signalement rédigé par la mairie. Il repose sur des témoignages recueillis lors de l’enquête interne, toujours en cours. Ce même jour, en fin de journée, Jean-Philippe Dambreville est suspendu à titre conservatoire de ses fonctions. L’annonce en a été faite dans un courrier interne par le directeur général des services de la Ville, sans plus d’explications.

La note annonçant la suspension du directeur. Document Marsactu

Début mars 2022. Jean-Philippe Dambreville est auditionné par les services municipaux dans le cadre de l’enquête interne. Cette dernière a été ouverte après la réception d’un premier signalement écrit à l’automne 2021. Julie* est la première salariée victime à franchir le cap. Depuis, d’autres ont suivi. Selon les informations de Marsactu, les ressources humaines de la mairie d’Aix-en-Provence ont été destinataires depuis cet automne d’au moins trois signalements supplémentaires visant Jean-Philippe Dambreville. En plus d’avoir pris connaissance de ces quatre témoignages, Marsactu s’est entretenu avec cinq autres femmes qui affirment elles aussi avoir été plusieurs fois victimes de comportements inappropriés. Les faits rapportés s’étalent sur les dix années de direction de Jean-Philippe Dambreville.

Jean-Philippe Dambreville est un homme qui compte dans le milieu culturel local. Chef d’orchestre reconnu dans son milieu, il est à la tête d’une équipe de 120 salariés du conservatoire. L’établissement et son magnifique écrin au sein du pôle culturel aixois est une institution de la musique depuis plus d’un siècle et forme chaque année 1200 jeunes musiciens, ainsi que 300 élèves en danse et théâtre, en partenariat avec l’Éducation nationale. Interrogé par nos soins, le directeur suspendu n’a pas souhaité faire de commentaires et renvoyé vers son avocat Didier Jean-Pierre. Ce dernier refuse, pour l’heure, de commenter le fond des accusations.

Une salariée rapporte avoir été agressée

L’intégralité de nos interlocutrices dénoncent les agissements malsains” et le comportement familier” et tactile” d’un homme qui  aurait franchi la ligne rouge” à de multiples reprises. Nous avons aussi recueilli les récits de témoins, anciens élèves, professeurs ou syndicalistes de la mairie d’Aix-en-Provence. Plusieurs affirment avoir alerté la mairie par le passé, sans que ces alertes n’entraînent jusqu’alors de sanctions.

Je suis très soucieux de l’épanouissement de mon personnel et je pense qu’avoir une vie sexuelle y contribue. Je ne te trouve pas très heureuse et je souhaite que tu le sois.

Des propos rapportés par une victime

Jean-Philippe Dambreville a été nommé directeur du conservatoire d’Aix-en-Provence en 2012. À cette période, Julie est déjà en poste. Et dès le début”, elle constate son habitude à être intrusif dans la vie privée de ses collaborateurs”, peut-on lire dans la fiche rédigée par la direction des ressources humaines (DRH) après son entrevue, le 21 décembre 2021. Les mois passent et les propos sexistes” s’enchaînent. Julie rapporte à la DRH un épisode datant de 2013 : “Il me dit que je suis coincée sexuellement. (…) Quand je ripostais, ça l’amusait beaucoup. (…) Il prenait plaisir à me torturer.” Dans son signalement, Julie détaille les propos précis qu’aurait tenu Jean-Philippe Dambreville : Je suis très soucieux de l’épanouissement de mon personnel et je pense qu’avoir une vie sexuelle y contribue. Je ne te trouve pas très heureuse et je souhaite que tu le sois. Moi-même, j’ai besoin de le faire toutes les six heures.”

Par la suite, la situation se tasse, mais Julie explique “avoir toujours gardé de la distance avec Jean-Philippe Dambreville”. Par exemple, elle ne va jamais dans son bureau sauf convocation”. La raison ? “L’intention perpétuelle de séduction de la part de” de son supérieur hiérarchique, lit-on dans le rapport rédigé par la DRH. En décembre 2020, l’affaire prend une tournure bien plus grave.

Embrassée dans le cou

La scène décrite se passe dans le bureau du directeur. Julie est en arrêt maladie après une opération à l’épaule, elle se déplace au conservatoire simplement pour venir récupérer son bulletin de salaire. “Il m’a embrassée dans le cou, a baissé mon chemisier découvrant juste mon épaule gauche qu’il a regardée et embrassée. Je suis restée sidérée, figée puis j’ai eu un mouvement de recul”, écrit la victime dans le signalement qu’elle a transmis à la mairie à l’automne dernier. Jean-Philippe Dambreville est qualifié par plusieurs de nos sources comme “tactile”, mais les gestes décrits dans le signalement de Julie pourraient être considérés comme délictuels. Selon le Code pénal, une agression sexuelle est constituée pour “toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise”.

Dans son mouvement de recul, Julie annonce à son supérieur qu’elle souhaite aménager ses heures au conservatoire une fois que son arrêt maladie sera terminé. En guise de réponse, Jean-Philippe Dambreville aurait “fortement plaqué son front contre le [sien], tapant à plusieurs reprises et délibérément [son] épaule opérée”, peut-on lire dans le signalement de la salariée. Ces faits dépassent largement le qualificatif de “harcèlement moral et sexuel” qui a motivé l’ouverture de l’enquête interne. Pourtant, ils sont à peine évoqués dans le résumé de l’entretien de Julie du 21 décembre, rédigé par les RH de la mairie. Ils tiennent en une seule phrase, ou plutôt en une série de mots, mis entre parenthèses : “baiser dans le cou, chemisier baissé sur l’épaule, front contre front et coups sur l’épaule blessée”.

Nous avons pu réunir divers éléments montrant que Julie s’est confiée à plusieurs proches en racontant toujours la même version de cette scène, dans les mêmes termes. Dans un texto rédigé à une amie le jour même des faits en décembre 2020, et que Marsactu a pu consulter, elle décrit : “Il avait enlevé son masque quand il m’a embrassée dans le cou en premier. Je me suis reculée (…) Et j’ai pas eu le temps de voir venir je me suis juste crispée quand il m’a baissé le chemisier sur l’épaule”  Deux délégués syndicaux ont aussi été mis au courant. Ils en ont d’ailleurs fait part dans le cadre de l’enquête interne. 

Je ressens qu’il faut absolument m’éloigner de lui”

Karine* fait partie des confidentes de Julie. Cette deuxième salariée a appris l’ouverture de cette procédure par hasard, au détour d’une conversation au conservatoire. Elle a alors pu, elle aussi, être entendue comme “victime” le 14 janvier 2022, comme l’atteste le résumé de l’entretien consulté par Marsactu. On peut y lire que Karine “pense avoir subi a minima des pressions morales, de la proximité imposée, une intrusion dans sa vie privée” et ce, dès 2012, lors de l’arrivée de Jean-Philippe Dambreville. Il y a d’abord le “tutoiement”, “immédiat” et non négociable. Couplé à “une approche très familière, très tactile, un regard un peu lourd, pas très net. J’ai senti tout de suite qu’il fallait que je garde mes distances”, confie-t-elle lors de l’entretien.

Karine décide alors de prendre des notes, jour après jour, de chaque incident. Aujourd’hui, ces écrits sont versés à l’enquête interne. Le 29 novembre 2012, elle écrit : En fin de réunion devant mes collègues : ‘Karine, on va se revoir… Nous travaillerons, et si nous n’avons pas terminé on déjeunera ensemble’ “. Puis le 5 décembre 2012, après un rendez-vous de travail en tête à tête : “”Ah… Quelle heure est-il ?” Et… Il me prend la main pour regarder l’heure, avec une pression très équivoque.” Puis le 19 décembre 2012 : “Il me parle, regards lourds, il est très familier, me touche le dos, l’épaule. (…) Je ressens qu’il faut absolument m’éloigner de lui. (…) Je suis médusée d’être déstabilisée ainsi.”

[Karine] regrette qu’il n’y ait pas eu une communication plus large au sein du conservatoire afin que toutes les personnes concernées aient la possibilité de se manifester.

Un rapport interne

Aux agents de la DRH, Karine déclare “qu’elle n’est plus ennuyée par son directeur”. Mais selon ses dires alors “c’est aussi parce qu’elle s’est mise à l’écart d’un certain nombre de projets pour ne plus être en proximité de Jean-Philippe Dambreville”. Elle conclut son entretien sur ces mots, note le rapport interne : [Karine] regrette qu’il n’y ait pas eu une communication plus large au sein du conservatoire afin que toutes les personnes concernées aient la possibilité de se manifester pour être entendues par les ressources humaines.”

Des “avances” à des élèves jeunes majeures

Selon nos informations, au moins deux autres victimes ont transmis des signalements écrits aux services de la mairie depuis l’ouverture de l’enquête interne. Marsactu a pu obtenir des récits très similaires auprès d’autres femmes, notamment des anciennes élèves. Sur les cinq musiciennes interrogées, quatre font état de vécus semblables à celui de Julie et Karine, alors qu’elles étaient à peine majeures. Toutes ont quitté le conservatoire d’Aix-en-Provence aujourd’hui, mais ont souhaité, en majorité, garder l’anonymat par peur que leurs témoignages nuisent à leur carrière.

Justine* est arrivée comme élève au conservatoire d’Aix-en-Provence à 23 ans. Elle confie d’emblée : “Quand j’ai appris qu’il y avait une enquête interne en cours, ça a remué plein de souvenirs vraiment désagréables.” Dès son concours d’entrée dans l’établissement, Justine avait trouvé le directeur “très mielleux” et “charmeur”. Elle reste marquée par la réflexion que Jean-Philippe Dambreville lui aurait adressée juste après un examen de fin d’année : “Il m’a dit que j’étais « tellement sexy » pendant que je jouais”, se souvient-elle.

Une autre fois, elle se rappelle avoir été interpellée dans un couloir. “Il m’a prise par l’épaule, ça n’est pas allé plus loin mais cela m’a mise très mal à l’aise, puisque je m’en souviens encore.” Un jour, elle doit se rendre dans son bureau pour évoquer un problème lié à son cursus. “Juste avant, j’ai prévenu tout le monde. Au cas où… J’avais une petite appréhension”, se souvient-elle. Justine explique n’avoir jamais cédé à ce qu’elle interprétait comme des “avances”.

“On savait toutes qu’il valait mieux ne pas aller dans son bureau seule”

Contactée par téléphone depuis l’étranger où elle s’est établie, Pauline Turrillo n’a pas oublié les “remarques déplacées” formulées par son ancien directeur. Ni les soirées où après les représentations à l’orchestre, il venait danser avec les élèves. Cette jeune flûtiste est arrivée au conservatoire en 2012, l’année même où Jean-Philippe Dambreville a pris ses fonctions. Elle avait 17 ans. Déléguée des élèves, elle était amenée, plus que les autres, à se confronter à lui. Elle se souvient d’un homme “gentil” de prime abord, mais précédé par sa réputation : “On savait toutes qu’il valait mieux ne pas aller dans son bureau seule”, dit-elle.

Pauline Turrillo se souvient d’un concert où tous les élèves s’était mis d’accord pour être habillés en noir avec un accessoire rouge. “Une heure avant d’aller jouer, il m’avait interpellée pour me demander si mes sous-vêtements étaient rouges. Ça m’a glacée. J’étais encore très jeune, alors je n’ai pas réagi sur le moment”, confie-t-elle. Avant de conclure : “Ce n’était pas une personne que je dépréciais. Mais avec le recul et l’époque qui a changé, je me rends compte que c’était inacceptable.”

Louise* est arrivée au conservatoire comme élève à l’âge de 21 ans. “Quand Dambreville a été nommé, il y a eu beaucoup de bruits de couloir, de rumeurs. Moi, je restais prudente car je ne voulais pas entrer dans une chasse aux sorcières. Mais après, il y a eu les premières choses. Ce sont des petites choses. Mais accumulées, on se dit qu’il y a un vrai problème”, détaille-t-elle. L’accumulation, c’est la définition même du harcèlement sexuel selon le Code du travail : “des propos ou comportements à connotation sexuelle ou sexiste répétés” pouvant créer, entre autres, “une situation intimidante, hostile ou offensante”.

“Il m’a dit : « tu pourrais te pousser ? Je ne vais pas te passer dessus, à moins que tu ne le veuilles. »”

Une jeune élève

“Déjà, il y a constamment les regards en aller-retour, de bas en haut. Je suis grande. Nos visages sont au même niveau, mais c’était impossible pour lui de me regarder en face”, détaille Louise. Ensuite, il y a le concerto de Mozart du 23 mars 2014, à Venelles. Dans les coulisses, Louise est interrompue par son directeur tandis qu’elle discute avec un camarade. “Il m’a dit : « tu pourrais te pousser ? Je ne vais pas te passer dessus, à moins que tu ne le veuilles. » Il y a eu un blanc. Puis il a passé la porte comme si de rien n’était, avec son bagout habituel.” Une autre fois, Louise soutient que son directeur était allé demander à son petit ami de l’époque s’ils étaient bien ensemble. Toutes ces scènes, Louise assure s’en être ouverte au directeur adjoint du conservatoire. Joint par Marsactu, ce dernier n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

J’avais 20 ans. Je me suis sentie très vulnérable.”

À l’époque, Émilie* s’est confiée, elle aussi, à trois personnes que nous avons pu contacter. À deux reprises, elle s’était sentie “en danger” face à son directeur, lorsqu’elle était élève au conservatoire d’Aix. La première fois, elle se trouve dans le bureau de Jean-Philippe Dambreville pour une formalité. “Notre entrevue ne devait durer qu’une minute, mais il a fermé la porte et il est resté planté devant. Puis il m’a lancé : « Je n’ai pas le droit de vous dire cela, mais je vous trouve très belle, ça fait longtemps que vous me faites de l’effet. » J’avais 20 ans. Je me suis sentie très vulnérable. Il aurait pu se passer n’importe quoi. Mais j’ai réussi à lui faire comprendre que je voulais quitter son bureau.”

La deuxième fois, sur la même période, Émilie répète avec son instrument seule dans une petite salle du conservatoire lorsque le directeur toque à la porte. Il lui aurait alors lancé : “Je me demande si ça serait déplacé de vous inviter au restaurant ce soir ?” La jeune femme se souvient avoir rétorqué que “c’était déplacé”: “Alors il a quitté la pièce. Mais après, j’étais super mal car il devait faire partie du jury pour mon prochain concours de musique.” Apeurée, Émilie sort de la salle pour se confier à l’un de ses professeurs. Et pour une raison qu’elle dit ignorer, le directeur n’a finalement pas figuré au jury de son concours.

Laure Florentin, professeure de chant à la retraite depuis 2015, a côtoyé Jean-Philippe Dambreville pendant trois ans au conservatoire d’Aix-en-Provence. Si elle assure n’avoir “jamais été draguée” par son ancien directeur, elle garde en mémoire des “propos grossiers, déplacés”, dont il usait face aux élèves. “C’était toujours sur un ton léger, mais c’était de la provocation verbale, des allusions sexuelles. Je lui ai dit plusieurs fois qu’un directeur ne devait pas se comporter comme ça.” Elle explique garder de bons rapports avec lui aujourd’hui, le croiser occasionnellement lors d’évènements musicaux et reconnaître qu’il a “tiré le conservatoire à un niveau jamais atteint”. Parmi les personnes contactées par Marsactu, Laure Florentin n’est pas la seule à relever le travail accompli par le directeur. C’est d’ailleurs sous son mandat, en 2017, que l’établissement accède au rang prestigieux de conservatoire à rayonnement régional (CRR).

La mairie d’Aix mise au courant par les syndicats 

Une ancienne responsable syndicale du conservatoire assure à Marsactu avoir reçu, entre 2013 et 2015, “deux témoignages à l’oral, dont une jeune qui avait peur parce qu’elle avait refusé des avances juste avant de passer son concours”. Il s’agit d’Émilie. La syndicaliste explique d’être alors rendue en mairie “pour en parler à un adjoint haut placé”.

Peu après, c’est un autre représentant syndical, Alain Capus, qui sonne l’alarme. Après avoir été averti par “au moins quatre femmes”, cet élu de la FSU affirme avoir alerté les services municipaux. Alerte que Marsactu est également parvenu à recouper en interne. “Les femmes qui étaient venues me voir m’avaient confié des attitudes pas correctes et des faits de harcèlement. Un cas isolé, c’est différent. Mais là, elles étaient plusieurs. Ça faisait trop, et ça faisait trop véridique”, se souvient-il. Lui aussi indique avoir évoqué la situation auprès de la direction des ressources humaines ainsi qu’à l’actuel directeur général des services de la mairie d’Aix. Sans suites. 

“Tout le temps, des questions sur mon mari, nos pratiques.”

Julie, la victime à l’origine du premier signalement écrit à l’automne 2021, figure parmi les salariées qui s’étaient confiées à Alain Capus. Tout comme Lydia*. “Depuis le début, je suis terrorisée”, s’épanche cette salariée du conservatoire. La première fois que Lydia se présente à son directeur, elle porte un pantalon en cuir. “Parce qu’il faisait froid. Il m’a fait une remarque d’emblée : « Ah, le cuir, ça donne envie… » Dès ce jour, j’ai compris que je ne pourrais jamais venir travailler en jupe courte. Impossible.” Pour se protéger, Lydia adopte “une froideur extrême, voire cassante”, relate-t-elle. “Mais ça ne l’empêche pas de mettre sa main sur mon épaule pour me saluer, ce que je trouve absolument insupportable.”

 Vous n’imaginez pas le nombre de soirées que l’on a passées à la maison à parler de tout ça, à se dire qu’elle ne devait plus jamais aller seule dans son bureau. Il créé une insécurité permanente.

Le mari d’une victime

Alain Capus se souvient qu’à l’époque, la salariée lui explique que son directeur lui pose “des questions sur sa vie sexuelle”. Lydia acquiesce. “Tout le temps, des questions sur mon mari, nos pratiques.” Elle conclut : “Ce qui me met le plus mal à l’aise, c’est de ne pas être considérée comme un être humain, mais comme un objet sexuel. Pourquoi ? D’où sortent ces remarques, en plein milieu de discussions de travail ? J’ai une longue carrière, mais jamais je n’ai vu ça. Psychologiquement, ça vous casse.”

Lorsque Lydia se voit diagnostiquer un “surmenage professionnel” en 2017, son mari va rencontrer le directeur. “J’étais furieux, se remémore-t-il. Je lui ai demandé ce qu’il se passait. J’ai compris qu’avec lui, il fallait soit entrer en guerre, soit s’écraser.” Avant cette confrontation, le mari de Lydia affirme, tout comme l’ancienne élève, Louise, avoir alerté le directeur adjoint. “Il s’était montré humain, à l’écoute. Mais je pense que c’est très difficile de faire le poids face à Dambreville.” Des années plus tard, il trouve toujours sa femme “perturbée lorsqu’elle revient du travail. Vous n’imaginez pas le nombre de soirées que l’on a passées à la maison à parler de tout ça, à se dire qu’elle ne devait plus jamais aller seule dans son bureau. Il créé une insécurité permanente.”

Pas de commentaire du directeur ni de la mairie

Pourquoi le directeur général des services et destinataire de l’alerte lancée par Alain Capus, n’a-t-il pas réagi à l’époque ? L’actuelle maire Sophie Joissains, qui a été adjointe à la culture de 2008 et 2020, était-elle informée de la situation ? Interrogée, la mairie n’a pas souhaité s’étendre sur le sujet : “Une enquête interne est en cours, le procureur a été saisi en vertu de l’article 40 [du code de procédure pénale], ce qui relève de la loi dans ce type d’accusation. Tant que la procédure est en cours, et afin de ne pas l’entraver, la Ville s’abstiendra de tout commentaire.”

Ni Jean-Philippe Dambreville ni son avocat, Didier Jean-Pierre, n’ont donc souhaité s’exprimer. Lors d’un échange téléphonique, ce dernier a indiqué ne pas pouvoir commenter ces accusations dans la mesure où il n’a pas accès, pour le moment, au contenu de l’enquête administrative. Il dit seulement sa crainte de voir “jeté en pâture” son client, dont il loue “l’excellente réputation professionnelle”. Interrogé sur la suspension de son client, Didier Jean-Pierre insiste sur le caractère “conservatoire et non disciplinaire” de cette décision. “C’est une mesure classique, qui amène de la sérénité et protège mon client, qui va pouvoir se consacrer à la défense de ses intérêts”, se félicite-t-il. Selon le procureur d’Aix-en-Provence Achille Kiriakides, Jean-Philippe Dambreville n’a jamais fait l’objet de plainte au pénal. Avant le “très récent” courrier rédigé et adressé à ses services par la mairie d’Aix-en-Provence.

*Les prénoms marqués d’un astérisque ont été modifiés

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Commentaires

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  1. ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

    Bonjour Marsactu
    Le statut du conservatoire d’Aix c’est CRR, conservatoire à rayonnement régional (comme Nice, Marseille, Toulon et Avignon). CRC c’est « communal », le cas des « petits » conservatoires comme Aubagne ou Martigues. L’échelon intermediaire, CRD « départemental » était le statut précédent du conservatoire d’Aix

    Hallucinant. L’homme aimait beaucoup les femmes et ne s’en cachait pas. Mais là on est au delà d’aimer séduire.

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    • Jean-Marie Leforestier Jean-Marie Leforestier

      Bonsoir, cette erreur d’acronyme est corrigée !

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    • pas glop pas glop

      Bonjour,
      Cela n’a rien à voir avec de l’amour ou de la séduction ! C’est du harcèlement, de la violence d’un homme en position de supériorité hiérarchique vis-à-vis de femmes.

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  2. Zumbi Zumbi

    Et on peut imaginer le nombre de gamines qui n’ont osé rien dire !

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  3. Tarama Tarama

    Que d’années pour faire émerger et dénoncer des comportements de prédateur…

    Il y a encore du travail.

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