Chronique data | Des législatives 2017 potentiellement mortifères pour la gauche en PACA

Chronique
le 13 Fév 2016
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Photo JML

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Chaque mois, Joël Gombin mouline des données et les habille d’une représentation graphique (carte, diagramme, etc.) pour analyser notre territoire et ses enjeux. Ce week-end, il s’intéresse aux prochaines élections à l’Assemblée nationale. Sa base de calcul ? Les scores des régionales de décembre.

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Les élections régionales de décembre dernier ont évidemment été un choc majeur pour la gauche, contrainte à être absente du second tour, soit parce qu’elle s’est retirée (parti socialiste et ses alliés), soit parce qu’elle n’a pas été capable de se qualifier pour le second tour (écologistes et Front de gauche). La suite va être difficile à préparer, la gauche étant désormais absente de l’hémicycle régional, mais aussi des exécutifs départementaux – à l’exception des Alpes de Haute-Provence – comme de la plupart des grandes villes. Pour autant, gageons que les cadors régionaux ont déjà les yeux rivés sur 2017 – pas tant sur la présidentielle que sur les élections législatives.

De ce point de vue, le scrutin régional fournit le dernier rapport de force susceptible d’éclairer les états-majors dans la préparation de ce rendez-vous électoral. Elles sont et seront en particulier scrutées de très près pour établir les stratégies, notamment d’union à gauche. Manuel Valls n’a-t-il pas à de nombreuses reprises blâmé la gauche non socialiste pour les défaites face au FN ? Aujourd’hui, je vous livre quelques éléments pour vous forger votre propre avis – espérons que le débat sera aussi, un peu, citoyen !

Attention ! Il s’agit là de projections des résultats des régionales sur les législatives. Il ne peut bien sûr s’agir d’un exercice prédictif : chaque élection dispose de sa propre dynamique, et dans le cas des législatives de 2017, leurs résultats seront largement déterminés à la fois par le résultat de l’élection présidentielle du mois précédent et par l’offre politique dans chaque circonscription, avec en particulier une dimension personnelle qu’on ne peut ici saisir. Une participation plus forte peut aussi aider à passer la barre fatidique de 12,5 % des inscrits. À prendre avec précaution, donc !

Total du score de la gauche au premier tour des élections régionales, découpé par circonscriptions (en % des suffrages exprimés)

1 – Les meilleures circonscriptions pour la gauche

 

Cette section est destinée à rester relativement vide : au vu des dernières élections régionales, il y a en Provence-Alpes-Côte d’Azur bien peu de circonscriptions sûres. La seule circonscription dans laquelle le total des voix de gauche dépasse la barre des 50 % (et atteint même 51,2 %) est la 4e des Bouches-du-Rhône, celle actuellement représentée par Patrick Mennucci. Mais la gauche était fort divisée aux régionales : la liste PS n’y réalisait que 29,6 %¹. Le siège du député socialiste n’apparaît toutefois guère menacé. De quoi lui permettre de se poser en leader de la gauche départementale et régionale ?

Deux autres circonscriptions apparaissent, sur le papier, relativement sûres pour la gauche. Dans la 7e circonscription des Bouches-du-Rhône, le total des voix de gauche atteint 41,5 % au premier tour. Mais, dans ce fief (fragilisé !) du député Henri Jibrayel, au cœur des quartiers Nord de Marseille, la menace frontiste est réelle : la liste Maréchal-Le Pen-Ravier y obtient 38,6 % des voix au premier tour, loin devant les 24,6 % de la liste socialiste. Henri Jibrayel l’avait pourtant largement emporté en 2012 face à Bernard Marandat (FN)… Gageons qu’on va continuer de croiser les Jibrayel, père et fils, régulièrement de l’Estaque au Canet en passant par Saint-Antoine.

L’autre circonscription assez sûre au vu des résultats des régionales est la 2e des Alpes de Haute-Provence, celle-là même du candidat socialiste, Christophe Castaner. Le total des voix de gauche atteint tout juste les 40 %, mais là encore avec un Front national en embuscade à 33 %, qui se paie le luxe de passer devant la liste Castaner (30,6 %) dans son propre fief. On comprend que, dès le soir du premier tour, le maire de Forcalquier ait ressenti le besoin de travailler sa “circo”

¹ Patrick Mennucci a déposé un recours électoral concernant l’un des bureaux de vote de sa circonscription pour lequel le résultat aurait été mal comptabilisé. Selon lui, la régularisation de ce bureau permettrait au PS de dépasser le seuil symbolique de 30 % dans sa circonscription.

 

2 – Les circonscriptions où la gauche passe 12,5 % des inscrits mais pas séparément

Dans ces circonscriptions, lors du premier tour des élections régionales, la gauche dans son ensemble passe la barre de 12,5 % des inscrits sans qu’aucune liste ne la franchisse seule. Or, dépasser ce score assure le candidat ou la candidate d’être au second tour. On compte 17 terres d’élection dans la région dans ce cas-là, représentées dans la carte ci-dessous. (Cliquez sur le + pour dérouler)

 

Carte des circonscriptions où le total de la gauche dépasse 12,5 % des inscrits :

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13 de ces circonscriptions sont situées dans les Bouches-du-Rhône :  Jean-David Ciot et Patrick Mennucci sont d’ailleurs tous deux dans cette situation dans leur propre circonscription sans être particulièrement en danger. Il ne faut pas oublier que “l’équation personnelle” jouera sans doute le jour venu.

Ailleurs, les questionnements stratégiques seront vifs. Les dirigeants des différents partis de gauche dans ce département vont avoir fort à faire s’ils ne veulent pas voir la gauche disparaître du paysage politique bucco-rhôdanien. Le Vaucluse sera également un enjeu important.

27 circonscriptions sur les 42 que compte la région pourraient raviver le souvenir du 6 décembre 2015 avec un FN en tête et un PS (ou une autre liste de gauche) troisième. Dans ce cas là, la question d’un désistement républicain se poserait. Or, dans trois circonscriptions (la 14e des Bouches-du-Rhône, la 5e des Hautes-Alpes et la 5e des Bouches-du-Rhône), la combinaison des voix de gauche la placerait même en tête, devant le FN et la droite. On parie que Jean-David Ciot, Marie-Arlette Carlotti et Joël Giraud – les élus sortants de ces circonscriptions – vont être d’ardents défenseurs de l’union des gauches d’ici à 2017 ?

Circonscriptions où le FN est en tête et la meilleure des listes de gauche est 3e. Ce tableau vous permet de visualiser quelle serait la place (1ère, 2e ou 3e) du total des listes de gauche. Vous pouvez filtrer toutes les colonnes du tableau, notamment par département.

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Circonscriptions où le FN est en tête et la meilleure des listes de gauche est troisième. La couleur indique comment se place le total des voix de gauche :

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3 – Les circonscriptions où la gauche même unie est mal partie pour le second tour

 

Dans un grand nombre de circonscriptions de PACA, en revanche, la gauche – même si elle était unie – risquerait fort d’être éliminée dès le soir du premier tour des élections législatives, si l’on en croit les résultats des régionales. C’est le cas dans le Var et les Alpes-maritimes, terres depuis longtemps acquises à la droite. Dans pas moins de 22 circonscriptions (sur les 42 que compte la région), le total des voix de gauche est inférieur à 12,5 % des inscrits.

Autant dire qu’un grand nombre de ténors de la droite n’ont pas trop de souci à se faire pour leur réélection, même si certains (Georges Ginesta dans la circonscription de Fréjus-Saint-Raphaël, Jean-Michel Couve dans celle, voisine, de Sainte-Maxime, Josette Pons à Brignolles, Olivier Audibert à Draguigan) risquent sérieusement de se faire tailler des croupières par le FN.

Dans certains territoires, la gauche peut espérer s’intercaler en deuxième position, accrochant un second tour malgré un score inférieur à 12,5 % des inscrits. C’est le cas dans la circonscription détenue par Jacques Bompard (Orange) et celle de Valérie Boyer (Est de Marseille).

Dans le lot on en trouve aussi une qu’elle détient actuellement : la 3e des Bouches-du-Rhône, celle de la députée ex-PS et nouvelle condamnée (son dossier est actuellement en instance de cassation) Sylvie Andrieux, déjà élue d’un cheveu en 2012. C’est un territoire historiquement acquis à la gauche socialiste qui est en totale déprise. La perte de la mairie des 13e et 14e arrondissements en 2014 le souligne.

Dans la 12e circonscription des Bouches-du-Rhône (Vitrolles-Marignane-Côte bleue, représentée par Vincent Burroni – qui a promis de ne pas se représenter), la victoire de la gauche en 2012 avait tenu à une triangulaire serrée. Au premier tour des régionales, le FN y atteint même la majorité absolue.

La carte ci-dessous permet de localiser ces circonscriptions dans lesquelles, même si la gauche était unie dès le premier tour elle aurait bien du mal à figurer au second tour. Cela concerne notamment l’ensemble des Alpes-Maritimes et du Var, et tout le nord du Vaucluse. La disparition de la gauche est donc bien avancée dans de larges pans du territoire régional…

Circonscriptions où la gauche même unique ne dépasse pas 12,5 % des inscrits :

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Les mois qui nous séparent de juin 2017 vont donc être déterminants pour la survie de la gauche régionale, en tout cas à l’échelon de la députation. Aux citoyens de glisser leur grain de sel, désormais…

Comme d’habitude, le code et les données de cette chronique sont disponibles sur Github.

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Commentaires

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  1. Grand électeur et citoyen Grand électeur et citoyen

    Merci du boulot. On comprend mieux pourquoi le “désistement républicain” en faveur d’Estrosi a été aussi facilement accepté par les appareils politiques locaux.

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Dans le cas particulier des Bouches-du-Rhône, deux remarques :

    – Ce département restera durablement, avec le Vaucluse, le plus “jeune” de PACA, comme on peut le voir sur ces cartes : http://www.chroniques-cartographiques.fr/2015/04/la-population-francaise-en-2040.html. La gauche peut donc probablement espérer y conserver une présence électorale plus forte que dans des territoires vieillissants.

    – Néanmoins, il faudrait qu’elle sache renouveler ses pratiques et ses candidats – et en gros faire le contraire de ce qu’elle a fait ces dernières décennies ici. Les dynasties politiques et les candidats ou élus qui ont plus souvent rendez-vous avec les juges qu’avec les électeurs, personne n’en veut plus.

    La gauche a fait beaucoup pour se discréditer elle-même ; il n’appartient donc qu’à elle de reconstruire sa crédibilité. C’est un peu plus compliqué que d’agiter l’épouvantail FN, qui ne mobilise plus un électorat de gauche écoeuré et abstentionniste, mais c’est la condition de sa survie électorale.

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