Chrome VI aux Aygalades : le repreneur de l’usine PMA contraint de dépolluer

Actualité
le 12 Juil 2021
1

Fin 2019, on découvrait que les eaux souterraines des Aygalades étaient largement polluées au chrome VI, une substance cancérigène. Depuis, les services de l'État veillent au grain et encadrent la mise aux normes de l'usine. Cette dernière a été rachetée en mai dernier par le groupe Satys. C'est lui qui est désormais en charge de la dépollution du secteur.

L'entreprise PMA est située quartier Saint-Louis, surplombant les Aygalades. (Photo Google Maps)

L'entreprise PMA est située quartier Saint-Louis, surplombant les Aygalades. (Photo Google Maps)

Juin, juillet, septembre et novembre 2020, mars 2021… Les arrêtés de la préfecture des Bouches-du-Rhône concernant Protec Métaux Arenc se sont multipliés depuis un an. C’est cette usine de peinture pour l’aéronautique qui est à l’origine de la pollution au chrome VI des eaux souterraines d’une partie non négligeable du 15e arrondissement. Découverte en 2013, la pollution provoquée par la fuite d’une cuve contenant cette substance toxique, cancérigène et mutagène, n’a été rendue publique qu’en novembre 2019, lorsque la préfecture a informé les quelque 8000 propriétaires du secteur du projet de création de “servitudes d’utilité publique” autour de l’usine.

Ce dispositif visait à interdire l’utilisation des eaux puisées en sous-sol dans un périmètre défini par un cercle d’un kilomètre de rayon autour du site. Après une enquête publique à l’hiver 2019-2020, elles ont été créées par arrêté le 2 septembre 2020.

Les autres arrêtés préfectoraux de l’année passée s’attaquent eux aux causes. Ils ont pour objet les travaux de “mise en conformité” des installations de PMA, pour éviter toute nouvelle fuite de chrome ou d’un autre produit dangereux. Demande réalisée. L’ensemble des bains comportant des substances dangereuses pour l’environnement ont fait l’objet d’une mise en conformité de leur rétention ou, en cas d’impossibilité technique, ont été évacués”, assure-t-on du côté de la préfecture. Il aura cependant fallu quelques rappels à l’ordre : déjà exigés par une mise en demeure de novembre 2018, ces travaux ont fait l’objet d’un autre arrêté en juin 2020. Puis en juillet 2020, une nouvelle mise en demeure est venue fixer novembre comme date butoir.

À l’automne, l’entreprise a pourtant argué de difficultés techniques importantes pour satisfaire aux demandes de l’État. Un délai supplémentaire lui a alors été accordé pour mettre en œuvre certains de ces travaux : la puissance publique a repoussé au 15 mars 2021 l’échéance pour l’une des opérations les plus délicates, la fermeture de l’atelier de chromage dur de PMA. “La ligne de chrome dur a effectivement été déplacée dans un nouveau bâtiment, où elle est désormais totalement sécurisée”, affirme Florian Buzy, nouveau responsable du site depuis la reprise de PMA par le groupe Satys en mai dernier. “On hérite de ça et on fait au mieux. La préservation de l’environnement fait vraiment partie des valeurs de Satys”, assure l’actuel directeur de l’usine, destinée à déménager à Marignane en 2023 (voir encadré en fin d’article)

Essais pour « réduire » le chrome VI

Pendant que l’industriel réglait la question des éventuelles fuites, la préfecture étudiait ses propositions pour s’attaquer aux conséquences. C’est l’objet du dernier arrêté, celui du 31 mars, qui pose précisément le programme de dépollution. “Nous nous y attelons avec un expert technique“, confirme Florian Duzy. Les premiers essais destinés à tester l’injection d’un produit “réducteur” du chrome VI doivent avoir lieu dans les semaines qui viennent. Après l’analyse des résultats par les services de l’État, la mise en œuvre grandeur nature devrait intervenir dans les trois mois. Suivront ensuite quatre ans de surveillance rapprochée de la qualité des eaux, sur des points stratégiques.

Le principe du “pollueur payeur” est toujours de mise : l’arrêté préfectoral de juin 2020 obligeait PMA à verser des garanties financières additionnelles d’un montant de 3,6 millions d’euros. Il s’agit de s’assurer que l’industriel règle la facture de la dépollution quel que soit le devenir de l’entreprise. L’arrêté de mars dernier fixait quant à lui un montant bien inférieur, de 569 040 euros, pour ces garanties financières. “Ce point n’a pas encore été tranché, c’est en cours de discussion”, fait savoir la préfecture.

Défaut d’information ?

L’objectif de la dépollution est fixé très précisément : les services préfectoraux attendent que la concentration de chrome VI dans les eaux souterraines passe sous le seuil des 0,08 mg/l. C’est à ce moment-là que pourront être levées les « servitudes d’utilité publique ». Au-delà de l’interdiction de l’utilisation des eaux souterraines, ce dispositif légal vise aussi à conserver la mémoire de la pollution des sous-sols lors de la vente de maisons et terrains. Mais les habitants des Aygalades, de Saint-Louis ou de La Viste n’ont plus entendu parler de la pollution au chrome depuis l’enquête publique de l’hiver 2020.

On n’a reçu aucun courrier ou mail à ce sujet, aucune information”, témoigne Émilie, qui vit avec son compagnon et sa fille sur les hauteurs des Aygalades. Après la réunion publique de janvier 2020, elle avait fait faire des analyses du sol de leur jardin par le laboratoire payé par PMA. “Mais quand je les ai appelés pour connaître les résultats, ils m’ont dit qu’ils ne pouvaient pas me les communiquer parce que ce n’était pas moi le client… Et que je serai informée par voie officielle s’il y avait lieu“, raconte la jeune femme, hésitant entre colère et lassitude. 

[Un recours en justice] serait un moyen de dire très clairement que ce genre de pollution n’est plus possible, que cela doit cesser.

Christine Juste, adjointe au maire de Marseille

La préfecture a bien mis en ligne sur son site internet un « avis d’information à l’attention des propriétaires » en octobre 2020, doublé d’une publication dans les journaux La Provence et La Marseillaise. Mais rares sont les habitants qui vont régulièrement scruter le site de la préfecture ou qui lisent quotidiennement la presse locale de la première à la dernière page… Il y a une vraie volonté de transparence et d’information du public de la part des services préfectoraux“, assure pourtant Christine Juste, adjointe au maire de Marseille en charge de l’environnement et de la lutte contre les pollutions. “Nous envisageons d’organiser une réunion ouverte à tous à la rentrée sur le sujet, peut-être en visio, cela dépendra de la situation sanitaire.” L’élue EELV souligne aussi la création prochaine d’un nouvel outil de surveillance de l’usine. “La secrétaire générale de la préfecture m’a confirmé qu’une commission de suivi de site allait bientôt être officiellement mise en place, et qu’elle se réunirait pour la première fois en septembre.” Préconisée par le rapport du commissaire enquêteur, cette commission de suivi de site rassemblera l’entreprise exploitante, les institutions étatiques et locales et des associations telles que France Nature Environnement. 

Dans tous les cas, c’est un dossier que l’on va suivre de près”, assure Christine Juste. Un recours en justice de la part de la Ville à l’encontre de l’entreprise responsable de la pollution ne semble d’ailleurs pas exclu. “C’est à discuter. Cela permettrait de déterminer si cette fuite de chrome est la conséquence d’une négligence ou d’un accident, et de donner ainsi plus d’informations aux habitants. Et puis ce serait un moyen de dire très clairement que ce genre de pollution n’est plus possible, que cela doit cesser.”

L’usine des Aygalades fermera en 2023
Le groupe toulousain Satys, spécialiste de la peinture et du traitement de surface pour l’aéronautique, totalise 2200 salariés dont un millier en France. En rachetant l’usine de PMA via sa filiale Satys Surface Treatment Marseille, l’objectif du groupe n’est pas de poursuivre l’activité sur le site des Aygalades. “Nous allons nous installer dans une nouvelle usine au sein de la ZAC des Florides, à Marignane, d’ici 2023“, explique Florian Buzy, le directeur du site marseillais. Le groupe consacre 15 millions d’euros à la construction de ce nouveau site high tech de 7000 m2. Mais le déménagement ne se fera probablement pas sans heurts : comme le rapportaient nos confrères de La Marseillaise, les salariés de Satys étaient en grève le 4 juillet et ont investi les locaux d’Airbus Helicopters, principal client de leur entreprise. Ils redoutent en effet de nouveaux licenciements : 136 salariés doivent travailler dans la nouvelle usine, alors que Satys s’est engagé à reprendre les 170 employés de PMA. “Pour le moment nous avons les mêmes effectifs qu’avant l’achat. D’ici à 2023, il se passera tout ce qui constitue la vie d’une entreprise, je ne peux pas m’avancer”, dit simplement Florian Buzy.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Jacques89 Jacques89

    « …chrome VI, une substance cancérigène ». Pour une fois, il n’y a pas de doute. Le chrome VI a bien été reconnu comme cancérigène certain par le CIRC (Centre International de Recherche contre le Cancer). Pourtant les médias en parlent si peu. Ils préfèrent parler du glyphosate, dont la nocivité n’a jamais été démontrées (sauf pour ceux qui en ont bu, mais ce n’est pas fait pour ça). Ils ne parlent même plus des nitrates alors que ceux-là on est bien obligé de les boires si on ne veut pas ingérer des plastiques. A croire qu’on ne parle que des polluants venus d’ailleurs. Pour ceux « bien de chez nous » peu s’y frottent. Probablement une tendance à se méfier de l’étranger qui se généralise et, forcément, fait de l’audience. En tout cas, merci Nina Hubinet de mener cette enquête qui ne manque pas de rappeler ce que sont devenus les systèmes de contrôle des activités industrielles par la puissance publique. Des labos mandatés par les industriels qui ne répondent qu’à ceux qui les paient. Pour l’heure, Emilie devra acheter ses légumes au maraicher du coin qui a probablement utilisé du glyphosate…

    Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire