Christian Burle, un vice-président bétonneur pour gérer l’agriculture à la métropole

Enquête
Pierre Isnard-Dupuy
14 Jan 2019 3

Depuis septembre, le maire LR de Peynier, Christian Burle, est le nouveau vice-président à l'agriculture de la métropole. Le choix de Martine Vassal paraît contradictoire avec une politique prônant la "sanctuarisation des terres agricoles", dont les contours se préciseront en 2019. La propre action du maire sur sa commune est dénoncée par des associations comme consommatrice de terres agricoles.

Martine Vassal était l’invitée d’honneur des vœux du maire de Peynier. « C’était une évidence de donner à Christian Burle la délégation [à la métropole] de l’agriculture », déclame-t-elle. À côté du pupitre, le maire LR de Peynier semble porter un regard très admiratif sur la double présidente LR de la métropole et du département. Quant à l’assistance qui remplit le centre socioculturel en ce 4 janvier, elle est venue pour « écouter Christian », comme il aime être nommé plutôt que« monsieur le maire ».

En septembre, Martine Vassal a-t-elle fait le bon choix en adoubant Christian Burle ? Maire depuis 2001 et ancien député suppléant de Maryse Joissains, il occupait déjà ce poste à la communauté du pays d’Aix (CPA). Mais est-il pour autant le mieux à même d’incarner une politique qui affiche, dans la communication du futur projet alimentaire territorial, réalisé conjointement avec le Pays d’Arles, la « sanctuarisation des terres agricoles » ? Quelques Peynierens et acteurs du monde agricole en doutent, au vu de son pedigree de maire : plus enclin à changer l’affectation des terres agricoles pour les rendre bétonnables qu’à aider de jeunes agriculteurs à s’installer.

« Un maire plus efficace pour le mitage que pour la préservation agricole »

À Peynier, des voix s’élèvent pour pointer les contradictions. « Christian Burle clame haut et fort qu’il agit pour l’agriculture et le maintien de la ruralité, mais il est plus efficace pour le mitage et la construction« , affirme Jean-Claude Roger, le président de l’association anti-corruption Vigicor. Il y a 5 ans, cet habitant de Peynier, à l’époque membre d’Anticor, avait porté un dossier devant la justice pour « prise illégale d’intérêts« . Un terrain agricole, appartenant aux enfants du maire avait été rendu constructible, puis cédé à un promoteur. Jean-Claude Roger dénonce une jolie plus-value réalisée dans l’opération. Le dossier avait intéressé l’émission Zone Interdite sur M6.

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Mais « la justice n’a pas donné suite« , déplore Jean-Claude Roger. « Je n’ai pas été entendu par la justice« , dit Christian Burle, joint par téléphone(1), en preuve de sa probité.

Un autre dossier interroge la rigueur de la famille Burle. Pendant une décennie – à l’image d’une pratique de vignerons bien connue dans le Var – un terrain classé en zone naturelle le long de la route départementale 6 (qui relie Aix à Trets) a reçu des tonnes de gravats. Sur ce terrain d’un fils de Christian Burle, « il y avait même une unité mobile de concassage« , se souvient Hubert Greffe, élu d’opposition. Là aussi, le plan local d’urbanisme a permis au terrain de changer de destination, cette fois-ci pour de l’agricole, en AOC Côte de Provence Sainte-Victoire. Depuis, « la vigne a 5 ans, plantée sur de la terre que l’on a déballé. C’est ça que vous appelez une décharge ? Si j’avais laissé faire une pollution, vous croyez que Martine Vassal m’aurait fait confiance ?« , se défend le maire.

« La politique agricole de la métropole manque d’une stratégie »

Autre polémique, sur la zone de la Treille, l’édile aimerait aménager et construire (relire notre reportage à ce sujet). « Ce sont 15 hectares de bonnes terres agricoles et la compensation que propose le maire est illusoire. Elle se fera sur des collines pleines de cailloux« , déplore Max Pennachiotti de Action terres citoyennes. L’association a initié une pétition qui rassemble 10 000 signataires à ce jour. « La commune fait le choix de participer à l’étalement urbain et à la consommation d’espaces agricoles et protégés« , s’était fendu le préfet de l’époque, au moment de l’enquête publique en 2016.

Le projet de La Treille pourrait être remis en cause par la justice administrative, saisie d’un recours sur le plan local d’urbanisme (PLU). Depuis 2017, le document a déjà été retoqué 3 fois. « Il fait trop froid pour faire du maraîchage dans la vallée de l’Arc. Il faisait – 8°C ce matin, [du 10 janvier]. S’il y en a qui veulent faire des légumes c’est leur problème« , répond le maire pour justifier son projet. Sur sa commune, Christian Burle ne semble jurer que par la viticulture, à l’exception d’un peu d’élevage et de culture de l’amandier. Les 30 hectares prévus pour la compensation serviront d’ailleurs « à aider les caves coopératives pour augmenter leurs apports« , résume-t-il. Ces vignes au milieu des collines sont « un exemple avec le réchauffement climatique, car le feu s’arrête aux aires cultivées« , soutient Patrick Lévêque de la FDSEA.

« Il faudra sanctuariser le jour où tout sera cultivé »

Au niveau métropolitain, cet enjeu de la préservation des terres agricoles n’est pas anodin. Les agriculteurs peinent à trouver des débouchés et les circuits courts sont grippés. 90 % des produits agricoles du département sont commercialisés à l’extérieur, tandis que la même proportion de produits alimentaires est importée dans le 13. La pression sur le foncier est forte. L’Agence d’urbanisme de l’agglomération marseillaise (AGAM) note dans une récente étude que les espaces urbains métropolitains progressent au rythme de « 200 hectares par an« . Depuis 1990, les zones agricoles et naturelles ont perdu 10 000 hectares.

Christian Burle relativise la consommation de foncier agricole : « C’est la forêt qui prend la plus grande part« , des terres laissées en friche. « Il faudra sanctuariser le jour où tout sera cultivé. Il y a 5000 hectares de terres incultes dans les Bouches-du-Rhône« , ajoute-t-il. Pour ce « fils, petit-fils, arrière-petit-fils de viticulteurs« , et viticulteur à la retraite, « le plus important c’est de remettre de l’économie dans l’agriculture« . Mais pour savoir ce qui sera développé par la métropole (voir ci-dessous les attentes du monde agricole), il faudra attendre les « surprises qui seront dévoilées tout au long de l’année« , que Martine Vassal a promis devant les Peynierens.

(1) L’élu a accepté de nous répondre après de multiples sollicitations restées sans réponse et après que nous avons provoqué la rencontre à l’occasion de la cérémonie de ses vœux.


Le monde agricole en attente des contours de la politique de la métropole

Les syndicats d’agriculteurs sont eux dans l’expectative face à ce nouvel exécutif. Romain Blanchard, le président des Jeunes agriculteurs 13 et chef d’exploitation au nord d’Aix s’inquiète de l’artificialisation des terres et de la difficulté d’installation des jeunes agriculteurs. Pour l’instant, il s’interroge sur l’action de la métropole. Pourra-t-elle être « un guide, un vecteur de cohésion dans des espaces ruraux où s’installent de plus en plus d’urbains ? » « Martine Vassal est très sensible à l’agriculture. Au département elle a apporté des financements importants« , se réjouit de son côté Patrick Lévêque, président de la FDSEA et maraîcher à Noves. Il attend de la métropole qu’elle accompagne « l’accès au foncier, à l’eau et à l’installation« .

À la Confédération Paysanne« on reste vigilant. Avant de compenser de la terre pour des aménagement, comme cela se fait sur Peynier, il faut arrêter de consommer de la terre agricole. Donc on va prendre monsieur Burle au mot. On va voir de quoi il est capable pour soutenir l’agriculture« , réagit Frédéric Bertorello, porte-parole départemental et maraîcher à Salon-de-Provence. Du côté des associations pour la promotion de l’agriculture paysanne, on est amer. « Nommer Christian Burle, c‘est comme nommer le loup berger du troupeau« , juge sévèrement Jean-Christophe Robert, président de Filière paysanne qui a poussé à l’adoption du projet alimentaire territorial. « Cela ne donne pas le message d’un renouvellement mais plutôt d’un maintien des pratiques d’arrangements locaux avec l’urbanisme« , ne décolère-t-il pas.

Ce qui s’annonce pour la politique de la métropole « manque d’une véritable stratégie. Le projet alimentaire territorial ne fait qu’agréger des initiatives déjà existantes« , commente pour sa part Anne-Laurence Petella députée LREM de la circonscription ; par ailleurs co-rapporteure d’un rapport qui alarme sur l’état du foncier agricole en France, publié en décembre. La parlementaire attend « à la fois avec impatience et inquiétude«  la mise en place du schéma de cohérence territorial métropolitain, en cours de préparation pour 2022. Le document montrera si « une vrai politique de protection du foncier«  sera au rendez-vous.

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