Boues rouges à Mange-Garri : “Nous ne nous prononçons pas sur l’impact sanitaire en général”

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Clémentine Vaysse
9 Fév 2017 1

Auteurs de l'étude sur la santé des riverains menée autour du site de stockage de boues rouges de Mange Garri, Jean Luc Lasalle et Philippe Malfait en éclairent les résultats, avec prudence.

“Investigation d’agrégats spatio-temporels de maladies non infectieuses”. C’est sous ce doux nom de mission que la CIRE, la cellule d’intervention en région de Santé publique France, s’est vue confier ce rapport sur le site de stockage à terre d’Alteo à Mange-Garri. L’entreprise y dépose, à l’air libre, les résidus de fabrication de son usine d’alumine. S’en dégage des poussières de boues rouges, celles déversées en mer depuis plus de cinquante ans, désormais filtrées, et qui inquiètent une partie des riverains. Ces derniers avaient demandé à l’agence régionale de santé de mener une étude épidémiologique pour recenser les pathologies dans le voisinage.

Les résultats de ce rapport ont été présentés aux riverains, associatifs et élus lors de la dernière commission de suivi de site la semaine dernière. “Le CIRE Sud/ Santé publique France, a, quant à lui, confirmé l’absence d’impact des résidus de bauxite sur la santé des riverains du site de stockage de Mange-Garri” annonçait dans la foulée Alteo dans un communiqué, alors que l’entité concluait elle plus prudemment que “l’investigation mise en place n’a pas permis de confirmer l’existence d’un agrégat de pathologies non infectieuses”. Précisions avec le responsable de la CIRE PACA Corse Philippe Malfait et Jean Luc Lasalle, l’ingénieur épidémiologiste qui a présenté les résultats.

L’étude conclut à l’absence de pathologies trouvées et sur la fermeture de l’enquête. Est-ce que cela veut dire que cela écarte tout risque sanitaire pour les riverains ?

Philippe Malfait : Pas du tout. Nous ne nous prononçons pas sur l’impact sanitaire en général. Nous avons été saisis sur des plaintes de riverains qui se plaignaient de pathologies très précises. Nous avons appliqué une méthode commune sur ce type de demande, la CIRE en mène en moyenne deux par an : rechercher si ces maladies sont concentrées sur la zone concernée.

En quoi consiste cette méthode ?

Phlippe Malfait : Dans ces cas-là, nous recherchons auprès des riverains et des médecins ces pathologies ainsi que d’autres, cancéreuses ou allergiques. Dans le cas de Mange-Garri, les pathologies signalées par les deux foyers plaignants sont rares, comme le cancer du pancréas. Nous n’avons rien trouvé d’inquiétant. Si nous avions eu une piste plus précise, nous aurions examiné en détail les dossiers médicaux. Là, nous n’avions rien pour nous appuyer.

Seuls 20 foyers ont répondu à votre questionnaire placé dans les boîtes à lettres, sur 198 distribués. Est ce une participation particulièrement basse ?

Jean Luc Lasalle : C’est décevant pour nous bien sûr. On ne peut que regretter ce chiffre car une telle participation limite les résultats de cette partie de l’étude.  Nous avons souvent des difficultés à mobiliser. Par exemple, dans un tout autre domaine, quand nous sommes inquiets avec l’Agence régionale de santé sur l’exposition des enfants aux peintures au plomb dans certains immeubles, que nous proposons aux parents des dépistages, des traitements même, nous n’y arrivons pas. Nous avons eu le même phénomène dans le Var avec la mobilisation de riverains contre une décharge. Finalement, la participation n’en a pas été plus forte.

Que signifie cette participation basse, que les riverains se sentent pas concernés ?

Jean Luc Lasalle : Nous ne pouvons pas le savoir puisqu’ils n’ont pas répondu. Cela peut refléter une absence d’inquiétude, qui recoupe ce que nous disent la plupart des médecins, sauf deux. Les plaignants nous disent qu’il y a une motivation financière de la part de riverains avec la crainte de voir leurs biens perdre de la valeur. Finalement, c’est la zone autour de l’usine, et entre l’usine et Mange-Garri qui est la plus exposée. Nous avons donc fait parmi les propositions celle d’élargir le périmètre d’étude sanitaire.

Donc le principe d’une nouvelle étude sur la santé des habitants de Gardanne est acté ?

Philippe Malfait : Oui. Nous allons réfléchir à quel type d’étude nous pourrions mener. Ce ne sera pas la même approche que pour Mange-Garri car on partait d’un signalement. Le maire de Gardanne avait déjà formulé la demande sur la ville dans son ensemble, et autour de l’usine. Il y a un contexte d’exposition aux particules, il s’agira de savoir si cela affecte la santé des habitants. Le ministère de l’Environnement avait en parallèle saisi l’Anses (l’Agence national de sécurité sanitaire). Elle vient de terminer son étude sur l’évaluation des risques et essaie d’estimer les dangers en fonction de la quantité de poussières.

Combien de temps durera cette nouvelle étude ?

Philippe Malfait : Cela dépendra du type d’étude qui sera retenu. Nous n’avons pas d’a priori mais certaines méthodes sont plus longues que d’autres, notamment celles mesurant l’imprégnation. Dans ces cas-là, on fait des tests, sanguins par exemple, pour mesurer la quantité de polluants dans les organismes des habitants.

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