"Bachar Al-Assad a déclaré la guerre aux journalistes"

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Élodie Crézé
24 juin 2013 2

Lorsque Caroline Poiron part pour la première fois en Syrie en décembre 2011, elle envisage déjà de réaliser un webdocumentaire. Homs, au coeur de la révolte syrienne, sorte de carnet de route présenté lors du Primed 2013 (prix international du documentaire et du reportage méditerranéen), permet à l'internaute de s'embarquer avec la reporter "parce qu'il est très important de rentrer en immersion et de montrer le travail du journaliste sur des terrains difficiles".

En 17 séquences déclinées entre vidéos, photographies, sons, carte et textes, l'immersion est totale. Le webdocumentaire retrace l'éprouvante et fastidieuse progression de la journaliste en Syrie. "Parfois pour faire 30 km il faut compter trois semaines. Nous avons dû faire appel à 17 passeurs et six familles pour trente kilomètres." Mais l'une des grandes forces du travail de Caroline Poiron réside dans le passage d'un camp à l'autre, des partisans pro Bachar au camp des rebelles. Tantôt on se retrouve au milieu d'une manifestation de soutien à Bachar Al-Assad ou dans le chaos des balles sifflantes de ses snipers, tantôt on est embusqué avec les résistants du régime dans un hôpital de fortune ou dans un immeuble en ruines.

37 journalistes tués

Lorsque la reporter évoque la mort de son compagnon – et partenaire sur le terrain – Gilles Jacquier, l'émotion trouble sa parole. Le propos, bouleversant, n'en a que plus de poids. Au nom du devoir d'informer, le journaliste de France 2 a payé le prix fort, celui de sa vie. Noblesse et drame du métier de reporter de guerre. "C'est le devoir des journalistes de terrain d'aller là-bas, mais Bachar al-Assad a déclaré la guerre aux journalistes et il en a tué 37. Le travail des reporters s'arrête à un certain point, il faut maintenant que la communauté internationale prenne le relais. "

Profondément meurtrie, Caroline Poiron exclut de repartir un jour en Syrie. "Ma vie est menacée. Pour moi ce n'est plus possible d'y retourner mais j'envisage d'aller dans d'autres pays, avec d'autres enjeux internationaux." Quand au format du webdocumentaire, "il n'a pas encore trouvé de modèle économique rentable". La photographe a laissé son travail inachevé. Au moment où Gilles Jacquier tombe, le webdocumentaire s'arrête. Une plaque commémorative "virtuelle" marque la fin brutale du reportage, hommage rendu au journaliste. "Après on a été exfiltrés" explique simplement Caroline Poiron, justifiant l'absurde voile noir jeté sur ce pays en guerre.

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commentaires

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  1. Anonyme Anonyme

    Mais les journalistes ne sont pas l’instrument qui permet la guerre en Syrie? Ce ne sont pas eux qui instrumentalisent les masses pour justifier une guerre civile manipulée de l’étranger et dont l’issue ne sera guère favorable aux syriens?

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  2. Anonyme Anonyme

    La guerre en syrie est orchestrée par l’Europe et le Qatar pour pouvoir construire un gazoduc. Le silence des médias à ce sujet est criminel.

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