Avec sa « marina olympique » face au Mucem, Martine Vassal met un pied dans la porte du port

Actualité
le 24 Avr 2019
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La présidente de la métropole a annoncé vouloir faire une marina olympique entre le Mucem et le J1 pour les JO 2024. Les quais appartiennent au Grand port de Marseille qui n'a pas mis ce projet à l'ordre du jour. Du côté de la fédération française de voile, on affirme ne pas avoir forcément besoin d'une telle installation.

« Dans la perspective des JO de 2024, l’éventualité de créer une nouvelle zone maritime entre le Mucem et le J1 semble judicieuse, sur le modèle du port olympique de Barcelone créé pour les Jeux en 1992. » C’est un pavé dans la mare ou plutôt, dans le port, que Martine Vassal a envoyé, la semaine dernière, via un communiqué conjoint de la métropole et de la ville de Marseille.

Alors qu’elle rencontrait les représentants du comité olympique et de la fédération de voile, la présidente du département et de la métropole en a profité pour réitérer son « idée » de marina olympique piétonne. Dans une interview accordée à La Provence au début du mois, Martine Vassal envisageait d’installer ce projet dans l’enceinte même du Grand port maritime de Marseille.

« Cela pourrait créer un trait d’union entre les quartiers Nord et les quartiers Sud, pour une cohésion du territoire, tout en proposant une offre commerciale, sportive et culturelle de qualité pour l’ensemble du littoral urbain, du Mucem aux Terrasses du Port », argumente-t-elle encore. De grands arguments pour un grand projet avec lequel le principal concerné -le port propriétaire- n’est pas très à l’aise.

« Ce n’est pas à l’ordre du jour »

« Je ne ferais aucun commentaire », botte en touche Renaud Paubelle, directeur des infrastructures du Grand port maritime de Marseille (GPMM). Du côté de son service presse, on explique dans un premier temps que « le directoire est en pleine transition. Il faut donc que tout le monde prenne d’abord ses marques ». En effet, la présidente du directoire, Christine Cabau-Woerhel est retournée à la CMA-CGM et son successeur, ancien patron du Havre, en cours d’arrivée. Quelques jours plus tard, une réponse vient enfin :

Une étude est en cours sur les aménagements de cette partie du port avec plusieurs acteurs dont la Ville et la métropole mais rien n’a été acté. Pour le moment, cette option n’est pas à l’ordre du jour car l’étude concerne le long terme. En ce qui concerne les installations des JO, des choses peuvent être envisagées.

Même prudence du côté du conseil de surveillance du Grand port, qui doit être renouvelé ce mercredi. « Ouh la! Il va falloir étudier ça, parce qu’il a quand même les bateaux de la Corse qui sont là, prévient Jean-Marc Forneri, son président et candidat à sa propre succession. C’est le rôle des politiques de lancer des idées. Certaines sont faisables, d’autres pas. Maintenant il appartient au port de l’examiner. Je suis pour l’instant très réservé. »

De quoi rassurer un tant soit peu les syndicalistes du port, qui ne voient pas d’un bon œil « l’idée » de la présidente de la métropole. « Il y a assez de kilomètres de côte pour les activités ludiques en lien avec les JO. Mais le développement de l’activité de yachting, la réparation navale, l’activité passager font qu’on ne peut pas sanctuariser ce domaine. On a besoin de ces quais », s’inquiète Pascal Galéoté, secrétaire général du syndicat CGT des agents du port.

Mais, si, du côté du port, on tempère sur cette annonce soudaine faite en pleine passation de pouvoir, côté politique, c’est un véritable front de soutien. « J’y suis favorable, lance Laure-Agnès Caradec, présidente d’Euroméditerranée, qui transforme la partie terrestre de cette zone. Nous avons toujours souhaité ouvrir l’espace du port à cet endroit. L’opportunité des JO permet d’accélérer le processus. »

Depuis 2012, l’évolution des bassins marseillais du Grand port font l’objet d’une charte signée par les collectivités et le port. Elle vise à fixer des objectifs communs, de la Joliette à l’Estaque. Parmi ceux-ci, une plus grande porosité autour de la Joliette en contrepartie d’investissements des collectivités dans des travaux du grand port. Le regroupement d’une partie du trafic des passagers vers Cap Janet a reposé cette question de l’ouverture au public des bassins portuaires (lire notre article). Le même débat avait eu cours autour de l’aménagement de l’ancien hangar J1 (lire notre article). Et ce « divorce » entre la ville et le port est plus fort encore avec l’opération d’intérêt national Euroméditerranée, dont le périmètre longe le port. Les deux instances sont censées mener une étude conjointe, baptisée « Grande Joliette », destinée à harmoniser les projets.

« C’est le bon moment pour saisir l’occasion »

« L’étude grande Joliette n’est pas encore finie. On nous a présenté les premières esquisses. Cela passe forcément par un travail commun entre le port, Euromed et la Ville », rappelle encore Laure-Agnès Caradec qui espère pouvoir ainsi actionner un levier supplémentaire en faveur de l’ouverture.

Au sein de l’équipe municipale, on abonde dans le même sens. « Nous serons plus à l’aise qu’au Roucas où le tirant d’eau n’est pas très profond, poursuit Didier Réault, adjoint au littoral. Et cela permettra de laisser un héritage après les JO. Il faut donc voir quelles sont les relations avec le port et ce que cela peut engendrer comme coût. La Ville n’a jamais caché sa volonté d’ouvrir le port sur le cœur de ville. C’est le bon moment pour saisir l’occasion. » Une occasion qui résiderait, selon tous les intervenants cités ici, dans l’annonce d’une éventuelle épreuve de course au large, qui réunirait des bateaux plus imposants que ceux prévus jusqu’alors.

« Cette décision fait suite à la décision probable du comité des JO de mettre une épreuve supplémentaire de course au large, confirme Dominique Tian, premier adjoint au maire. Entre 20 et 30 bateaux, qui pourront aller jusqu’en Corse donc assez gros, devront s’y amarrer. L’idée de Martine Vassal a du sens car ils ne pourront pas se mettre au Roucas. Il ne faut pas perdre de temps et les services de la métropole doivent s’y mettre avant la décision du comité. » 

« Un ponton suffirait »

Contacté, le comité des Jeux olympiques de Paris 2024 ne peut pour le moment rien assurer quant à cette course. « Nous prendrons la décision après les jeux de Tokyo [en 2020, ndlr] », nous fait-on savoir au service communication. Mais la proposition, qui vient de la fédération internationale de voile a de forte chance d’être acceptée. « En général, le comité suit les demandes de la fédération. On va dire qu’il y a 80 % des chances que cette épreuve soit validée, précise-t-on à la fédération de voile. L’épreuve se déroulerait alors en trois jours et deux nuits, avec un départ devant le Roucas-Blanc et une virée à la pointe nord de la Corse. » 

Mais la fédération de voile ne s’est pas vraiment projetée dans un port olympique à la Joliette. « En terme de logistique, c’est une vingtaine de bateaux entre 8 et 10 mètres, donc un peu plus gros que des dériveurs que l’on peut mettre au sec sur un parking. Mais ils s’intégreront très bien dans ce qui est déjà prévu. On n’imaginait pas une marina immense. » Un rapide calcul permet de définir la place exacte nécessaire à l’accueil de cette épreuve : « Il suffirait d’ajouter un ponton qui ferait 30 mètres de long et 20 de large. » Un ponton que la fédération de voile envisage donc très bien du côté de la base nautique du Roucas-Blanc.

30 millions d’euros déjà prévus

C’est sur cette base municipale que se déroulera en effet l’essentiel des événements. Les aménagements précis ne sont pas encore connus car toujours à l’étude. Un village et une marina olympiques ainsi qu’une immense tribune sur la Corniche y sont, entre autres, envisagés. L’enquête publique sur ce projet a pris fin il y a quelques semaines et les appels à projets devraient bientôt être lancés. Sur plus de 6 hectares, ce sont 7 300 m² de surface bâtie qui devront être construits ou rénovés.

Financée en majorité par la mairie, l’enveloppe pour ces installations s’élevait dans un premier temps à 22 millions d’euros – plus 3 millions de l’État. Plus récemment, cette enveloppe semble avoir augmenté pour atteindre les 30 millions. « Un plafond que nous ne souhaitons pas dépasser », assurait Didier Réault dans La Provence. Les travaux doivent quant à eux débuter fin 2020, pour une livraison dès 2023, date à laquelle débuteront les épreuves tests préalables aux jeux. Ce qui ne laisse plus beaucoup de temps pour construire un port olympique à la barcelonaise. Et convaincre le Grand port maritime de le faire sur ses terres.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Je résume :
    – le besoin, c’est un ponton de 30 × 20 m,
    – la réponse de la ville, c’est : « chouette, les JO, et si on en profitait pour construire une immense marina dotée d’une offre commerciale, sportive et culturelle de qualité pour l’ensemble du littoral urbain, du Mucem aux Terrasses du Port…”

    Est-ce que ces gens-là n’en ont vraiment pas marre de faire dans le bling-bling ? S’ils ont quelques millions d’euros à dépenser absolument, n’y aurait-il pas une ou deux écoles dans le secteur qui auraient besoin d’un rajeunissement ?

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  2. Karo Karo

    C est vrai que dans ce quartier on manque de surface commerciale il suffit de voir le dynamisme des docks ou des halles de la major …

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Marseille brûle et nous détournons les yeux, pour paraphraser le président CHIRAC.
    Cette guerre picrocholine entre le port et la mairie est vaine et inutile alors qu’il y a tant à faire en matière d’éducation, de transports, d’habitats, de propreté dans cette ville.
    Quel est l’objectif de cette démarche de la part de la Martine: laisser une trace de sa mandature pour satisfaire son ego démesuré et refiler les marchés aux habituels adjudicataires avec la Caradec derrière en embuscade.
    L’argument de relier les quartiers Nord aux quartiers Sud est odieux de la part de cette clique qui justement depuis 20 années a tout fait pour créer cette césure.
    Quand au délire de Tian de construire un port pour une course de trois jours , la qualité de cet individu et sa situation devrait plutôt le conduire à se dispenser d’un avis qui au demeurant n’intéresse personne.
    Après le feuilleton croisières , nous allons avoir à la série des jeux olympiques qui vont sauver Marseille , créer 100 000 emplois , etc, etc.

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  4. Zumbi Zumbi

    Un journaliste d’investigation très coriace, un bon auteur de romans policiers ou bien dans quelques années un historien de la délinquance en col blanc et des pouvoirs à Marseille éclairera peut-être cet étrange acharnement des Gaudin, Vassal et consorts à créer à cet endroit une marina. Alors même qu’à l’évidence les JO ne sont qu’un prétexte, comme l’avait été il y a vingt ans le Coupe America pour le même projet .
    Il y QUI derrière tout ça ?

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  5. toine toine

    Généralement, les municipalités « normales » utilisent les JO pour relancer ou impulser des grands chantiers de Transport en Commun en SIte Propre (type nouvelles lignes de tram ou métro).

    A Marseille, que nenni! Nos « simplets de la mairie & de la métropole », s’en contrebalancent comme de l’an pèbre!
    Ils proposent à la place de construire un nouveau port de plaisance qui ne répond à aucun besoin si ce n’est celui d’une hypothétique course de voile pour les JO, entourée d’une zone commerciale dont on cherche encore la possible rentabilité lorsque les voûtes voisines, la boulevard du littoral, la rue de la rep, les Docks et le centre ville peinent à attirer le moindre commerce…

    Vivement 2020 que cette équipe de bras cassés dégage!

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  6. Input-Output Input-Output

    Suggestion au webmaster de Marsactu : Ne serait-il pas intéressant de mettre un compteur de pouce levés/pouces baissés par commentaire ? Cela pourrait permettre de classer automatiquement les commentaires en fonction de leur popularité tout en permettant un début de « votation citoyenne »…

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    • Tarama Tarama

      Non. On n’est pas sur facebook ou sur la provence, et c’est très bien.

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  7. Tarama Tarama

    « Y’a pas besoin mais on va le faire ». Ils nous prennent vraiment pour des imbéciles.
    Comme si le bassin du CMV ne pouvait pas accueillir des bateaux de 8 mètres…

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  8. carole joseph carole joseph

    Ça me rapelle une mauvaise série Netflix sur Marseille…. 😕

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  9. Germanicus33 Germanicus33

    Encore une mauvaise idée…
    La municipalité ne sait plus quoi faire pour faire croire qu’elle fait du concret !
    Elle devrait laisser la Fédération de Voile choisir ce qui est le plus adapté !

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