Pris entre les tirs des trafiquants, les parents du Racati ont peur pour leurs enfants

Actualité
le 24 Avr 2019
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Situées au fond du quartier du Racati, les deux écoles Saint-Charles sont prises au piège de fortes tensions liées aux trafics de stupéfiants. Les parents d'élèves demandent à la Ville et au préfet de sécuriser les lieux.

Ce mardi matin, une quarantaine de parents d’élèves des écoles maternelle et primaire Saint-Charles manifestaient devant leurs établissements. En cette rentrée des vacances de Pâques, quelques jours après un nouveau meurtre dans la cité du Racati (3e arrondissement), l’association de parents d’élèves des « Minots de Saint-Charles » tenait à exprimer son « exaspération » et son « profond sentiment d’abandon« . Situés en bordure immédiate du centre-ville, entre la gare Saint-Charles et l’autoroute, les deux établissement mitoyens se trouvent dans un cul-de-sac, juste derrière la faculté Saint-Charles. Tous les matins, les 250 élèves doivent obligatoirement traverser le quartier, longeant des immeubles où les trafiquants font la loi.

Vendredi 12 avril, un jeune homme a été tué par balle, à quelques mètres des deux écoles. « Il y avait eu plusieurs avertissements, raconte une habitante du quartier. La veille au soir, on a entendu des coups de feu. Puis le vendredi à 13 heures, 15 heures et 17 heures. » Elle assure que la police a été avertie plusieurs fois de ces échanges de tirs, très certainement entre trafiquants rivaux.

« Ici on est au cœur d’une guerre de territoires. Les policiers savent très bien qui est impliqué », assure Hinda Bennour, secrétaire des Minots de Saint-Charles. Comme elle, plusieurs mères de famille dont les enfants sont scolarisés dans les écoles Saint-Charles critiquent vivement le délais d’intervention des forces de l’ordre. Pour éviter les représailles, elles préfèrent garder l’anonymat. « Ils ont mis 45 minutes pour arriver sur place. » La Direction départementale de la sécurité publique (DDSP) assure quant à elle qu’un dispositif spécifique est prévu en cas d’échanges de tirs. « Nous intervenons rapidement, il n’y a pas de délai dans ce genre de cas. »

La violence omniprésente

Deux personnes ont été tuées et deux autres blessées par arme à feu dans cette même cité, depuis janvier 2018. Les parents sont inquiets pour leurs enfants. « On a peur qu’ils soient pris en otage, qu’ils prennent une balle perdue », raconte une jeune maman. « Beaucoup de parents refusent de laisser leurs enfants partir seuls à l’école ou à la boulangerie. Ils ont trop peur », précise un membre des Minots de Saint-Charles. « Malgré tout, nos enfants sont exposés à des images de ces trafiquants. La semaine dernière, sur Snapchat, ils ont vu le corps du jeune homme dans son sang », se désespère Hinda Bennour. Les mères craignent qu’en grandissant dans ce climat de violence permanente, leurs enfants s’y habituent.

« Dans une zone de non-droit »

Depuis 2014, l’association sollicite la préfecture, en vain. « On se sent délaissés, on a l’impression de ne pas faire partie de la ville, de ne pas être des citoyens, d’être dans une zone de non-droit. » Entre les tours, pas de parc, ni d’espaces verts. « Les jeunes qui s’ennuient sont séduits par l’argent que leur proposent les trafiquants », reconnaît une habituée du quartier. Protéger les écoles Saint-Charles est une priorité pour les parents d’élèves. Fatiguées, découragées, les mères des Minots de Saint-Charles ne savent plus comment alerter les autorités. « Des actions, on en fera, promet Hinda Bennour. Mais il faut que ce soit fort, pertinent. On ne sait pas comment, mais on ne lâchera rien. »

Faute de centre social, l’association des parents d’élèves recueille les doléances des riverains. Les mamans sont souvent débordées par les demandes, qui dépassent leurs compétences. « On veut que la Ville prenne conscience de nos difficultés, de notre existence, et qu’elle mette en place des mesures concrètes et pérennes. » Elles saluent la mise en place d’un médiateur, fin août, à la suite d’un meurtre. Mais il n’est resté que 15 jours au sein du Racati, se souviennent-elles.

« Nous ne sommes pas des citoyens de seconde zone », s’indigne une des membres actives de l’association. Les Minots de Saint-Charles demandent à la préfecture de police de sécuriser le quartier, et surtout les abords des écoles. Elles refusent que la violence et la drogue aient raison de l’éducation de leurs enfants. « Parce que la seule chose qui peut préserver nos enfants de tout ça, c’est l’école. »

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