Avec les clefs de la villa Valmer, la mairie récupère des millions d’euros de travaux

Info Marsactu
le 9 Sep 2022
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Après avoir récupéré les clés auprès du locataire qui voulait en faire un hôtel de luxe, il revient à la mairie de sécuriser la villa Valmer. Mais pour remettre en état le bâtiment, la facture pourrait se situer entre sept et neuf millions d'euros.

Les travaux sur la villa sont interrompus depuis le printemps 2021. (Photo : SL)
Les travaux sur la villa sont interrompus depuis le printemps 2021. (Photo : SL)

Les travaux sur la villa sont interrompus depuis le printemps 2021. (Photo : SL)

Il est des petits gestes qui peuvent avoir de lourdes conséquences. Le premier septembre, le maire de Marseille a récupéré les clefs de la villa Valmer. En épilogue d’une saga qui dure depuis 2020, Benoît Payan a partagé sa satisfaction sur les réseaux sociaux. “Après des mois de procédures, la Ville de Marseille récupère enfin son joyau”, pouvait-on lire jeudi dernier sur le compte Twitter du maire. “Notre priorité, écrit-il encore, est d’assurer sa protection, de la remettre en état au plus vite pour la rendre aux Marseillaises et Marseillais.” Un happy end dont il se garde bien d’évaluer le coût.

Selon les informations recueillies par Marsactu, la mise en sécurité et la remise en état de la plus célèbre villa de la Corniche se situerait entre sept et neuf millions d’euros. Un montant que la Ville n’est pas sans connaître, puisque ce sont ses propres services qui l’ont évalué, il y a deux ans de ça. Retour sur une victoire symbolique à haut risque financier.

De sept à neuf millions d’euros

2018. Benoît Payan siège dans l’opposition quand la municipalité de Jean-Claude Gaudin décide de louer cette bâtisse du XIXe siècle qui lui appartient à un entrepreneur. Via ce prêt à longue durée, le promoteur envisage d’en faire un hôtel de luxe. L’élu d’opposition d’alors estime que l’opération revient à offrir au privé un bijou de famille et s’y oppose farouchement, avec d’autres élus. Mais le bail est signé et il faut attendre avril 2021 pour que Benoît Payan, désormais maire, monte en personne sur la butte où trône la villa pour faire stopper les travaux. Une annexe a été démolie, opération ne figurant pas sur le permis de construire. Des procédures administratives et judiciaires sont lancées. Après une période réglementaire, les services de la mairie finissent par rompre le bail pour faute. Et si le locataire conteste en justice cette décision, cela n’empêche pas le maire de récupérer les clefs, et avec, la responsabilité d’entretenir le bien. Un bien en très mauvais état.

Dans la saga de la villa Valmer, un épisode de l’été 2020 est resté méconnu. Il n’en est pas moins important dans le déroulé de l’intrigue. À l’époque, Michèle Rubirola est maire. Pierre Mozzicconacci, le bénéficiaire du bail, se souvient des discussions en cours. “Les services de la mairie sont venus pour expertiser le bâtiment. Ils cherchaient à évaluer le coût d’une mise en stand by du projet avec une rupture de bail pour intérêt général. Nous devions nous accorder sur une indemnisation, mais le prix pour la sécurisation du gros œuvre leur revenait trop cher”, assure l’entrepreneur à Marsactu.

Dégâts récents ou antérieurs ?

Une conclusion à laquelle la mairie de Marseille parvient après avoir diligenté une expertise. “Elle avait révélé que cette mise en sécurité représentait une somme estimée entre sept et neuf millions d’euros, le temps qu’un nouveau projet soit pleinement réalisé”, indique l’avocat de Pierre Mozzicconacci, dans un courrier envoyé à la Ville. Un montant que Marsactu a pu se faire confirmer par ailleurs. Selon nos informations, il comprendrait précisément “la mise en sécurité et la reconstruction des structures intérieures de la villa”. En effet, à l’époque, le locataire avait, glisse une source bien informée, déjà réalisé “des démolitions au niveau des planchers et autres maçonneries verticales”. Reste à savoir quelle part représentent ces “démolitions” dans la facture finale.

L’usure du temps ne suffit pas à expliquer l’état dans lequel nous avons récupéré la villa.

Mathilde Chaboche, élue à l’urbanisme

Contactée, l’élue à l’urbanisme de la Ville de Marseille ne confirme pas le montant total de la facture, mais ne l’infirme pas non plus. “Le cahier des charges précis des travaux est en cours. Cette expertise a été menée avant les principales dégradations subies par le site : cela peut être plus. Comme cela peut être moins, car les travaux réalisés dans un premier temps ne viseront pas une ouverture du site”, répond Mathilde Chaboche, très évasive. “Nous venons tout juste de récupérer les clefs mais l’usure du temps ne suffit pas à expliquer l’état dans lequel nous avons récupéré la villa”, insiste-t-elle.

“Équilibre précaire”

De son côté, l’ancien locataire nie en bloc avoir commis des dégradations importantes sur le site. “Il n’y a pas de dégâts dans la villa Valmer mais une réalité de la villa Valmer. Nous avons décroûté un dixième des planchers mais en ce qui concerne la toiture et la charpente, l’état s’est dégradé sur plusieurs années. Ce n’est pas pour rien si Gaudin voulait s’en débarrasser”, s’agace Pierre Mozzicconacci qui cite une autre expertise, plus récente celle-ci.

En 2021, une expertise pointait les lourdes faiblesses de la charpente du bâtiment.

“Poteau très dégradé avec présence de pourriture”, “fissuration horizontale nette”, “trou présent dans le mur en pierre de façade”, “appui précaire et traces d’humidité”…  Les termes employés dans le diagnostic de la charpente diligenté par le locataire en juillet 2021 et que Marsactu a pu consulter n’ont rien de rassurant. Ils témoignent d’un désordre global relatif à “une charpente ancienne”. “On ne peut être assuré que les assemblages repérés comme défaillants continuent à assurer un rôle stabilisateur, conclut le bureau d’étude en ingénierie bois, photos à l’appui. En cas de rupture d’une de ces liaisons, l’équilibre précaire précédent ne pourrait plus être garanti.” Au moment de ce constat, Pierre Mozziconnacci est locataire depuis plus de deux ans.

Le consultant en charpente recommande donc expressément de réaliser des travaux de confortement qu’il évalue entre 100 000 et 150 000 euros. Mais cela ne comprend donc que la charpente. Le reste de la facture reviendra-t-il à la charge de l’ancien locataire ?

Un expert devra prochainement trancher ce débat dans le cadre de la procédure judiciaire dans laquelle le locataire conteste la rupture du bail. Il lui reviendra donc de définir les éventuels dégâts commis par l’hôtelier et ceux causés par l’usure du temps. Mais aussi de chiffrer les potentielles indemnités que la mairie devra verser pour avoir rompu le bail. Quel que soit le montant final, la municipalité a aujourd’hui la charge de sécuriser et conforter le site en urgence. D’autant qu’aucun autre projet ne pourra être mis en œuvre tant que les procédures judiciaires en cours dans cette affaire ne seront pas purgées. Après les clefs, l’addition, s’il vous plait ?

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Commentaires

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  1. christian Nochumson christian Nochumson

    La Villa Valmer se trouve donc dans un état trés dégradée à cause l’impéritie de l’ancienne municipalité et des travaux du locataire/promoteur et c’est la municipalité de B.Payan que Marsactu met sous les projecteurs. Un seul mot:Bravo.

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    • Assedix Assedix

      Oui, je m’étonne aussi que Marsactu feuilletonne sur cette affaire et qu’après les risques liés à la procédure, ils reviennent à la charge avec le coût des travaux…

      Je trouve le point de vue sur cette affaire de plus en plus éloigné de la morale de base. Du genre: “Oh ça coûte des sous, finalement il aurait peut-être mieux valu laisser faire…”

      Pourtant, si la bâtisse est aussi dégradée que le laisse penser l’article, alors l’intention du promoteur de la démolir pour la rénover au lieu de la restaurer conformément à son PC fait d’autant moins de doute.

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    • Alain M Alain M

      Rien n’est sans doute faux dans cet article si ce n’est le point de vue. Placer le sujet sous l’angle des seules conséquences financières – qui ne sont pas à négliger pour autant – est incroyablement réducteur. Comme si les choix de politique publique devaient être arbitrés par un expert-comptable. Une municipalité, même soucieuse des finances publiques , n’est pas là pour se plier aux lois du marché, mais doit soutenir des choix qui vont dans le sens de l’intérêt général et non pas de ceux d’une minorité qui peut soustraire le bien du domaine public pour le mettre à disposition des menus plaisirs d’une riche clientèle qui peut s’offrir de dormir dans un Palace. Qui peut ignorer la violence symbolique que représente la privatisation de cet espace public et sa mise à disposition des oligarques de passage.? Allez zou! soyons excessif et poussons la logique jusqu’au bout: si la rentabilité économique doit être la reine je propose qu’on transforme la Villa Valmer en un bordel de luxe où nous pourrions prostituer de jeunes et jolies marseillaises, et de jeunes et jolis marseillais pour le plus grand bien des finances publiques.
      Plus sérieusement, si l’on suivait la logique de l’article, aucune politique publique ne serait possible. L’école publique? un gouffre , pas rentable…l’hôpital public? pire….l’assurance chômage? un pognon de dingue!…les bibliothèques municipales? .pfffuuu..etc…Tout voir sous l’angle du commerce et des finances, ne pas faire la distinction entre l’espace public et le marché porte un nom : le néolibéralisme . C’est une histoire ancienne et qui peut mal finir, à coups de fouet. Rappelez-vous, dans la Jérusalem antique, une tribu avait conçu de faire commerce de tout et partout. Le fric, faire du fric, y compris avec des choses sacrées et dans tous les lieux, y compris le Temple, la maison du Père. Un énergumène a mal vécu ce mélange des genres et en est devenu tout jaune de colère pour finir par renverser les tables et foutre tout ce petit monde dehors à coups de fouet bien claquants. Ça fait rêver , non?

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  2. marianne13 marianne13

    Que Marsactu ne soit pas un organe de propagande me rassure. Je n’ai pas toujours partagé le point de vue des journalistes ici mais il m’a toujours intéressée car argumenté et factuel. C’est ce que j’attends d’un journal … Merci Marsactu !

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  3. Peuchere Peuchere

    A mon niveau je participe avec les 17,5% d’augmentation de ma taxe foncière. C’est peut etre pour ca qu’ils l’ont augmenté …….

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  4. Haçaira Haçaira

    Naïveté ? Si ce bâtiment est classé monument historique, n’y-a-t’il pas une aide de l’état ?

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Oui bien sûr

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  5. Jb de Cérou Jb de Cérou

    Villa Valmer , Château Pastré et bien d’ autres belles demeures propriétés de la Ville sont en panne d’argent comme de projet. Il faudrait trouver des formules ( évènementielles ou autres, séminaires, mariages… ) pour que la Ville puisse ,sans privatisation de long terme, gagner un peu d argent pour entretenir ces patrimoines et le reste du temps, les vouer à une ou plusieurs activités d’intérêt

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  6. Tarama Tarama

    Le groupe Culturespaces enchaîne des expo de niveau mondial à l’hôtel de Caumont à Aix-en-Provence, auquel
    une Villa Valmer rénovée n’aurait rien à envier.

    Alors, certes, c’est du privé et de la délégation de service public, mais ça peut être de (grande) qualité et bien mieux qu’un énième hôtel 5 étoiles.

    La Magalone, au pied du Corbusier, est un autre bijou municipal en péril, aux façades pourries, où les belles tapisseries pourrissent sur place et les murs tombent en lambeaux, sous les infiltrations d’eau.
    (Le bâtiment est utilisé par la Cité de la musique et reçoit un public nombreux).

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    • Electeur du 8e © Electeur du 8e ©

      Il faudrait pour cela avoir ici une ambition culturelle à la hauteur de la “deuxième ville de France” (sic). Naguère, le Musée d’art contemporain de Marseille aussi était capable d’organiser des expositions de haut niveau : tout cela a disparu avec un maire qui réduisait la culture au marché aux santons et au folklore provençal.

      Je ne serais pas gêné par une DSP si elle permettait de créer des lieux inspirés comme Caumont à Aix.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      La dsp comme remède miracle est une vue de l’esprit.
      Le Silo est en dsp. Résultat : programmation pas toujours de bien haut niveau.
      Culturespace a investit l’hôtel de Chaumont, mais nous sommes à Aix, et en plus à deux pas, au sens propre, du musée Granet. Une concentration de lieux prestigieux d’exposition, dans une ville au patrimoine historique exceptionnel, qui a mise son image sur la culture, évidemment c’est tout benef pour Culturespace.
      Valmer c’est loin de tout. Deux misérables bus vous y amènent. Et le lieu est isolé au milieu d’h notations privées. Proposées Valmer à Culturespace, vous vous ferez sortir à coup de pieds aux fesses.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Ne plus commenter depuis l’iPhone avec ma vue qui baisse.
      Hôtel de Caumont
      Qui a misé son image
      Au milieu d’habitations privées
      Proposer Valmer

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  7. Patafanari Patafanari

    Un référendum d’initiative populaire pour obliger le Maire Payan à habiter les lieux. Il paraît qu’il a passé les premières semaines de son mandat à repenser le décor de son bureau de la Mairie. Une mission à la mesure de ses compétences. Étonnez moi, Benoît !

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    • polipola polipola

      mais quelle hauteur d’esprit ! j’en tombe à la renverse.

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  8. Pelren Pelren

    Engager autant d’argent dans une opération dont on ne comprend pas bien la finalité sinon ” rendre la villa Valmer aux marseillais”, c’est faire peu de cas du déficit abyssal des finances de la ville.
    Certes, le maire actuel n’y est pas pour grand chose, mais une telle opération, aussi coûteuse que sans objet bien précis, ne va pas contribuer à l’atténuer.
    Et quand on voit le taux d’augmentation des taxes foncières… qui étaient jusqu’à présent les plus élevées de France, pour un service rendu au public que je préfère ne pas qualifier, il y a de quoi s’interroger (fortement) !
    Ne faudrait-il pas un peu jeter un oeil sur les bases de calcul de cet impôt qui n’ont été revues que très marginalement depuis 1975 !!!
    Mais cela, qui effectivement pourrait rapporter gros, ce n’est pas politiquement très porteur…

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    • Assedix Assedix

      Pour la réforme de la taxe foncière, c’est surtout très compliqué à mettre en place. Mais c’est prévu pour 2026.

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  9. Alceste. Alceste.

    Rien n’est compliqué en matière de fiscalité,ce n’est qu’une question de volonté politique.
    Tout le reste n’est que baratin.

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    • Assedix Assedix

      Bien entendu, pour une pointure comme vous les mécanismes de lissage et de planchonnement sont probablement un jeu d’enfant et vous auriez sans doute la solution demain. Mais pour les cadres débauchés par Bercy depuis plusieurs années, il semblerait que cela prenne un peu plus de temps…
      Pourtant le calendrier n’a pas évolué depuis le vote de la loi de finances pour 2020.
      Pour l’instant, l’outil de collecte des données commence à être déployé. En 2023, collecte des données. Les années suivantes analyse des données, mise en place des mécanismes atténuateurs et 2026, taxe foncière nouvelle formule.

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    • Assedix Assedix

      (PS: désolé pour le ton un peu sec. J’ai passé trop de temps sur Twitter) 🙂

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  10. Alceste. Alceste.

    Assedix , je vais répéter,c’est une volonté politique de faire ou de ne pas faire, la technique n’est rien.2022-1975 = 37.
    Ne me dites pas que cette révision n’aurait pas pû être faite en 37 années?.

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    • Assedix Assedix

      Et je vais à nouveau vous répondre:

      1) la révision n’avait pas lieu d’être avant que le mode de calcul actuel ne devienne obsolète (ce qui est le cas depuis un certain temps, je vous l’accorde)

      2) l’actualisation en temps réel (= tous les ans) de toutes les valeurs locatives était absolument IMPOSSIBLE (et impensable) avant la dématérialisation totale (qui est encore en phase de déploiement).

      Par ailleurs, la taxe foncière est universellement reconnue comme un impôt injuste et complètement obsolète dans son mode de calcul. Vous pensez vraiment que Hollande aurait laissé tout le crédit de sa réforme à son successeur s’il avait pu faire autrement ?

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Brallaisse, je ne vous prendrai pas en tant que conseiller fiscal. 2022-1975 = 47

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  11. Alceste. Alceste.

    Je ne pense rien , je pense simplement que les électeurs qui ont bien voté sous l’ère Defferre et Gaudin payent moins cher que ceux qui ont mal voté . Que mon foyer fiscal paye autant que des amis qui habitent le parc Talabot ou Malmousque pour le même type de logement ( je suis dans le 4/5). Mais si cela vous semble normal ?
    La valeur locative n’a pas besoin d’être évaluée chaque année, toutes les 3 ou 5 années serait suffisant.En 2026 nous serons à 41 années de non réévaluation,les plaisanteries les plus courtes sont les meilleures.
    Concernant Flanby, laissez le côté,une véritable déception ambulantes montée sur pattes.Il a fini de me dégoûter du socialisme bobo parisien

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