Avec deux salariés en détention, le maire de Martigues pris dans la tempête Semivim

Actualité
le 11 Déc 2021
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La directrice du patrimoine de la Semivim, bailleur social de Martigues, et son compagnon et collègue ont été placés en détention jeudi, soupçonnés de "corruption passive, favoritisme et prise illégale d'intérêts". Le maire, qui invoquait jusqu'ici la "présomption d'innocence" pour ces deux salariés, a dû faire face à un conseil municipal sous haute tension vendredi.

L'affaire de la Semivim agite régulièrement les conseils municipaux depuis la mi-décembre 2021. (Photo LC)

L'affaire de la Semivim agite régulièrement les conseils municipaux depuis la mi-décembre 2021. (Photo LC)

Par deux fois, Gaby Charroux aura été hué ce vendredi soir de conseil municipal à Martigues. Par deux fois, des soutiens venus serrer les rangs autour du maire PCF auront tenté de camoufler les “boouh”. Sans y parvenir. Dans le public venu en nombre, l’unanimité n’est plus là, du tout. La salle est pleine à craquer et certains sont assis à même la moquette pour assister à un grand déballage qui, finalement, n’aura pas lieu. Moins de deux heures avant le démarrage de la séance, un communiqué du parquet de Marseille était pourtant venu fracasser la petite musique tenue par la municipalité depuis plusieurs semaines, claironnant que les révélations de la presse restaient des allégations. Les perquisitions de mardi réalisées au siège du bailleur social de la Ville, la Semivim, puis les annonces de la procureure, ont fait basculer l’atmosphère d’un coup, sans possibilité de retour.

La directrice du patrimoine et son compagnon sont accusés d’avoir “favorisé l’octroi de marchés publics” en échange de versements et autre cadeaux de la part d’entrepreneurs.

Dans son communiqué, Dominique Laurens, à la tête du parquet marseillais, détaille en longueur la nature des investigations menées depuis le mois d’avril au sujet de soupçons de corruption chez le bailleur. Elle annonce aussi le placement en détention provisoire ce jeudi de deux salariés de la Semivim, la directrice du patrimoine et son compagnon. Ils sont suspectés d’avoir été rémunérés “par divers moyens (versements de sommes de l’ordre de plusieurs centaines de milliers d’euros, paiement de voyages à l’étranger ou encore de matériaux de construction) en contrepartie de l’octroi de marchés publics”. Cela a mené à leurs mises en examen pour “corruption passive, favoritisme et prise illégale d’intérêts”, ainsi que “trafic d’influence” pour le compagnon. Lui et la directrice du patrimoine dormaient vendredi soir en prison. Trois entrepreneurs sont, eux, mis en examen et placés sous contrôle judiciaire pour “corruption active, trafic d’influence actif, recel de favoritisme et recel de prise illégale d’intérêts et placés sous contrôle judiciaire”.

Préalable à l’information judiciaire, l’enquête préliminaire, ouverte “à la suite d’informations recueillies dans le cadre d’une autre procédure”, comme l’indiquait Blast dans ses premières révélations, aura permis “au travers notamment d’interceptions téléphoniques et d’investigations financières, de confirmer les éléments déjà recueillis”, indique encore la procureure.

Les deux salariés mis à pied

Devant l’assemblée en attente d’une réponse, d’un commentaire, le maire de Martigues, qui est aussi président de la Semivim, a choisi de lire ce communiqué du parquet en intégralité à l’ouverture du conseil municipal. Façon de montrer qu’il ne souhaite rien passer sous silence. Mais aussi de ne pas utiliser ses propres mots pour qualifier l’ampleur de la situation. Beaucoup ici ont croisé, voire travaillé avec les deux personnes placées la veille en détention. “Pour moi, pour nous, c’est un grand soulagement”, assure Gaby Charroux, qui semble voir dans l’action de la justice une prise de relai salutaire. La Semivim s’est portée partie civile. Quant aux deux salariés incriminés, ils ont été destinataires le 8 décembre de lettres les dispensant de se présenter au travail. Ils ne les auront certainement pas reçues en détention. Une procédure en vue d’un licenciement est lancée, pour “atteinte à l’image du bailleur” et “désorganisation de l’activité”. La mesure était réclamée avec insistance par les élus EELV de la majorité.

Il n’y a même pas un mois, lors du conseil municipal du 17 novembre, plusieurs élus étaient montés au créneau avec ardeur pour demander le respect de la présomption d’innocence et dénoncer les attaques contre le travail des salariés dans leur globalité. Pour assurer leur solidarité avec le maire, aussi. Aujourd’hui, ils sont plusieurs à regarder fixement leur pupitre. D’autres passeront l’intégralité du conseil la tête posée sur leurs deux mains. Plus d’une dizaine de membres de la majorité sont absents. “Six cas de Covid”, répond le maire. Peut-être, mais aussi une démission officialisée et un représentant de la France insoumise qui manque finalement à l’appel. Peut-être parce qu’un communiqué du PCF local a dénoncé les “convergences contre nature dans le milieu politique martégal, des Insoumis au Rassemblement national” visant selon eux à attaquer la mairie via le dossier de la Semivim.

Suspension de séance et micro coupé

Après la déclaration du maire, pas de débat autorisé. L’opposition, par la voix du LR Jean-Luc Di Maria, tente un passage en force. “Je souhaiterais parler et je pense que je ne suis pas le seul”, démarre-t-il. Mais le maire le prend de vitesse et annonce une suspension de séance, le temps que son opposant “se calme”, dit-il. Dans une démonstration un brin décalée, Gaby Charroux quitte donc la salle d’un pas lent, suivi par la dizaine d’élus de la majorité présents, certains traînant un peu la patte. Premières huées du public.

Après avoir évoqué le sujet de la Semivim, Gaby Charroux a suspendu la séance et quitter la salle quelques instants avec ses élus. (Photo : LC)

La seconde salve vient quand, quelques minutes plus tard, revenu au pupitre, il coupe purement et simplement le micro de l’opposant qui tentait de revenir sur le sujet Semivim en s’appuyant sur la première délibération à l’ordre du jour. Les passes d’armes entre les deux hommes sont récurrentes, mais entendre la salle s’indigner bruyamment contre le geste du maire est une nouveauté. L’heure de conseil restante donnera d’autres occasions à l’opposition de tenter d’ouvrir le débat Semivim, sans finalement parvenir à faire craquer Gaby Charroux.

Les questions de l’opposition restent sans réponse

À la sortie, l’opposition ronge son frein et livre les attaques qu’elle aurait voulu formuler au micro. “Un conseil municipal, ce n’est pas ça. Ce sont les citoyens qui sont victimes, nous sommes face à une gestion vieillissante”, accuse le centriste Thierry Boissin, qui aurait souhaité aborder la question des “salariés en souffrance”. “C’est une véritable dictature”, s’emporte Jean-Luc Di Maria, qui s’interroge aussi : “Le personnel, on le laisse comme ça ? Avec la même direction et pas de sanctions ? Est-ce qu’ils vont pouvoir venir travailler lundi sereinement ? La justice, elle, elle va prendre du temps !”. 

“Les communistes se retranchent, analyse pour sa part le RN Emmanuel Fouquart. La directrice du patrimoine a fait sa campagne, elle fait partie du bureau local du PC ! Il a tout le temps couvert la directrice et aujourd’hui il dit «j’ai agi»”. Une accusation dont Gaby Charroux aura du mal à se dépêtrer durant la longue enquête qui s’annonce.

Ils m’ont planté des couteaux dans le dos tout en me disant que tout allait bien.

Gaby Charroux au sujet des deux salariés

Interrogé par Marsactu après le conseil, le maire affiche à nouveau sa “sérénité” et son “soulagement”. Il réitère n’avoir jamais par le passé reçu “aucune preuve, aucun élément”, attestant de problèmes à la Semivim, tant sur les questions de harcèlement au travail que sur les soupçons de corruption. “Des aboyeurs il y en avait beaucoup ! On a tenté d’avoir des éléments, on a fait des interpellations sommatives, mais rien !”, se défend-il. Le PDG du bailleur estime que l’affaire est “au-delà de la Semivim”, puisque trois entrepreneurs ont été mis en examen en même temps que le couple. Couple qu’il accuse tout de même au passage de lui avoir planté “des couteaux dans le dos tout en [lui] disant que tout allait bien”. 

“J’ai fait mon devoir”, assure Gaby Charroux qui reconnaît que son équipe municipale est aujourd’hui “perturbée, qui ne le serait pas ?”. Alors que la tempête ne fait que commencer, le maire lance pourtant sur un ton enthousiaste : “mais je vous rassure, à Martigues, les cocos se portent bien !”. À voir dans quel état la majorité “plurielle” qui lui est chère sortira de cette épreuve, au fil de révélations qui pourraient se poursuivre devant les enquêteurs et par presse interposée. À défaut d’avoir lieu au conseil municipal.

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Commentaires

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  1. Dark Vador Dark Vador

    On était (hélas) habitué au “tout fout le camp” à gauche, surtout les socialistes. Il n’y avait que les derniers “Mohicans”, les “cocos”, qui donnaient l’impression de tenir le coup… Mêmes eux foutent tout en l’air… La droite (et ses extrêmes) a de beaux jours devant elle…

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  2. Patafanari Patafanari

    Staline reviens! Ils sont devenus mous.

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  3. Pierre12 Pierre12

    En lisant l’article (bien sympathique), à première vue, on peut penser que Monsieur le Maire peut ne pas nécessairement être tenu responsable de la malhonnêteté de l’une des directrices de la sem dont il est président ; qu’il a pu être trahi, ou encore qu’il n’avait jamais été alerté au préalable.

    Lorsqu’on prend connaissance de l’article de blast (beaucoup plus précis sur les faits reprochés), on se demande si cette histoire n’est pas tirée d’un mauvais film.
    Grand grand banditisme, trafic international de cocaine, salariée frappée, harcèlement, corruption active, passive, associations à but totalement lucratif, ne manquait plus que le meurtre…qui risquait de ne pas tarder aux vues du pedigree du monsieur…par une très très proche et son compagnon, qui faisaient campagne pour lui, et qui probablement devaient venir dîner le soir à la maison.

    Et Monsieur le Maire qui s’en explique du bout des lèvres, qui ne laisse même pas l’opposition s’exprimer pendant le conseil municipal. Même pas un brin de mea culpa, droit dans ses bottes, je crains dégun.

    L’ex directrice devait jurer la main sur le cœur, qu’elle travaillait et militait tous les jours pour les plus pauvres.

    Plus personne ne s’étonnera que les valeurs de gauche ne dépassent pas 20 % dans les sondages pour les présidentielles.

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    • Brallaisse Brallaisse

      En lisant votre intervention jusqu’à la fin ,je pensais que vous parliez de Tian,Ravier,Boyer, Gaudin,et de tous les présidents d’offices HLM marseillais nommés par une présidente responsable de rien et qui sont pris dans des procédures diverses , notamment dans la rue d’Aubagne,fausses procurations, abus et détournements de fonds publics,emplois fictifs.
      Alors oui, vous avez raison il y a quelques pourris à gauche,mais la droite locale, conservatrice, catholique n’est pas en reste et rien d’étonnant à ce que les extrêmes soient les premiers dans la région face à une droite qui ne travaille que pour les plus nantis.
      Allez vous pouvez aller vous faire confesser pour ressortir comme un sous neuf, comme me disait mon curé au cateche et recommencer et à vous enfoncer dans votre aveuglement de jambon marseillais.

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    • ruedelapaixmarcelpaul ruedelapaixmarcelpaul

      Cher Braillaisse, Pierrot trouve enfin de quoi se délecter, ne lui privons pas ce plaisir. I faut qu’il oublie un peu que la moitié de l’électorat de sa championne est prêt à voter Zemmour, ce même électorat qui ne lui pardonne pas en juin 2020 de ne pas avoir réalisé l’union des droites avec Stéphane Ravier. Il faut qu’il oublie que son autre championne, Valérie Pécresse, plafonne au mieux à 17% dans les sondages qui lui sont le plus favorables, laissant sa place au 2nd tour plus qu’improbable.
      Et surtout il faut qu’il oublie les commandites des hommes de main de sa championne et de ses acolytes : gros bras venant intimider le Pdt du bureau de vote (je l’ai vécu au 2nd tour des municipales et aux deux tours des régionales / départementales), tabassage de colleurs d’affiche des camps adverses, racolage devant les bureaux de vote, plus tout ce que vous avez décrit dans votre commentaire.

      Avant droite et gauche locales se tenaient la barbichette : tu ne dénonces pas mes méthodes mafieuses, je ne dénonce pas tes méthodes mafieuses. Avec la chute de la maison Guérini et de toutes ses dépendances (Zeribi, Andrieux, Jibrayel, etc) la droite se retrouve à nu les doigts dans le pot de confiture. Alors pour une fois qu’un élu de gauche se fait pincer… il attendait ça depuis 2015, c’est quasiment un petit festival. Il a même du se peigner pour l’occasion.

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  4. 13agacé 13agacé

    L’incurie, l’aveuglement et le clientélisme érigé en système n’ont malheureusement et tristement pas de frontières politiques, qu’il soit de droite ou de gauche. Tout cela alimente la montée des extrêmes, le désintérêt et la défiance de nos concitoyens, et dans ce dernier cas, comment leur donner tort quand ils ne croient plus en la politique. La tâche est vaste dans notre département pour remettre de l’ordre et nettoyer cette façon de faire de la politique. Que ce soit à droite ou à gauche, nul ne peut se prévaloir d’une quelconque leçon de moralité quand on nourrit un tel système ou que l’on ferme les yeux pour ne pas éclabousser ses amis ou ceux qui vous aident. Le ménage n’est pas achevé, à Martigues (où il serait désormais utile de s’interroger sur la façon dont les marchés ont été attribués, sur qui participait à la commission d’appel d’offres qui existe comme partout ailleurs, et sur la gestion des satellites de la ville ou de l’illustre FCM) comme ailleurs. Les moyens de notre Justice ne sont malheureusement pas à la hauteur de l’ampleur de la tâche du nettoyage à mener, dans les villes de gauche ou de droite, sans étiquettes, au sein du département , de la Métropole ou de la région, des bailleurs ou des satellites des collectivités … ANTICOR, le PNF et les services judiciaires et fiscaux en général ont dû pain sur la planche, une sorte de source intarissable

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  5. julijo julijo

    oui, comme je disais par ailleurs, il y a 48h, on va avoir du mal à trouver une institution en charge du logement social, honnête, sincère, transparente, qui fait réellement son boulot . à croire que cette activité si nécessaire crée de la malhonnêteté.
    oui, le clientélisme, oui l’incurie, oui l’absence de contrôles…. Sûr aussi que quelque soit la position politique des responsables de ces organismes, ils franchissent quasiment tous la barrière à un moment donné.
    c’est tout le système qui est à revoir ; travail de longue haleine, certes, et il faudra quelques années pour assainir le secteur.
    et si il n’y avait que celui-là !
    nous vivons une époque formidable, parce que quand même, ces…malversations ?…. sont ancrées dans l’histoire et qu’il y a 10 ans, 20 ans…on en ignorait tout et tout cela existait déjà.

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    • Brallaisse Brallaisse

      D’où ces générations de fils ,de filles, de neveux et nièces, cousins ou cousines de politiques qui se goinfrent allègrement.
      La soupe est bonne mon Commandant !

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