Aux Oliviers, la Ville fait fermer une salle de prière musulmane installée sans autorisation

Actualité
Violette Artaud
7 Fév 2019 0

Ce mercredi matin une salle de prière de la cité des Oliviers A, dans le 13e arrondissement a été évacuée avec le concours de la force publique. L'épilogue d'un long bras de fer judiciaire avec la Ville et le bailleur social. Les gestionnaires de la mosquée demandent une solution de repli.

“Et maintenant, où on va aller ?” Ali Taguig est inquiet. Tôt, ce mercredi matin, il a reçu la visite de CRS qui ont procédé à l’expulsion de la mosquée des Oliviers (13e) que gère, depuis plus de dix ans, l’association dont il est président. “Lundi, la police est venue prévenir et ce matin, ils sont revenus pour la remise des clefs et pour souder les portes”, poursuit-il.

“L’association occupait sans droit ni titre un local appartenant à la Ville de Marseille, confirme-t-on du côté de la préfecture. La cour d’appel d’Aix-en-Provence faisait droit à la demande de la municipalité et ordonnait l’expulsion de l’association, au besoin avec le concours de la force publique.” Ce qui a donc été fait, après une première tentative avec huissier le 31 décembre. Une fermeture dont s’est félicité le sénateur Rassemblement national Stéphane Ravier qui a fait de ce lieu de culte une cible politique depuis l’accession de son parti à la mairie d’arrondissements.

“C’est injuste ! Nous avons récupéré la salle il y a presque 18 ans et avons dépensé 80 000 euros pour la remettre en conformité, conteste Ali Taguig qui ne nie pas en revanche ne pas avoir de bail. Depuis que j’ai repris le flambeau, il y a deux ans, le dialogue avec la mairie est complètement rompu.” Et l’imam d’énumérer ses multiples demandes pour obtenir un bail. “Nous avons essayé de dialoguer, mais nous n’avons eu aucune réponse. J’ai envoyé des lettres recommandées, demandé des rendez-vous avec le responsable des cultes à la mairie. À chaque fois, on m’a dit qu’il n’était pas là”, s’agace Ali Taguig. La veille de l’évacuation, l’association gestionnaire de cette salle de prières lançait un appel à manifester pour protester contre l’opération.

“Expulsion dans le calme”

“Je l’ai appelé pour le remercier d’avoir géré l’expulsion et dans le calme, explique pour sa part Patrick Padovani, président d’Habitat Marseille Provence, le bailleur social des Oliviers. Depuis le 22 novembre une décision de justice autorise cette expulsion. Nous la mettons en œuvre. Notre volonté est d’aérer la cité en proposant un autre type d’animation sociale à cet endroit. La salle de prière est installée dans une ancienne galerie commerciale aujourd’hui à l’état d’abandon. Notre démarche vise à proposer nouveau projet pour les habitants“.

“La justice a donné raison à l’association en première instance. Il n’y a pas de préjudice. La mairie bénéficie de ce local, dont HMP [Habitat Marseille Provence, ndlr] est propriétaire, à titre gracieux depuis 1997. En 2003, la salle a pris feu et l’association l’a remise en état à ses propres frais, défend Antoine Cortes, avocat de l’association. Certains travaux ont même été faits à la demande de la mairie, celle-là même qui nous assigne en justice. Si vous trouvez des squatteurs qui font ça, prévenez-moi !” Pour lui, la décision de la cour d’appel est “hautement critiquable autant sur le plan judiciaire que sur le plan social”.

Une vue de la galerie marchande utilisée le vendredi pour la grande prière.

“Dans une cité où l’on a fait fermer la boulangerie, le centre social, et où il n’y a plus rien, on ferme la mosquée qui accueillait les personnes en détresse, distribuait des repas”, reprend l’avocat. Une pétition lancée par l’association pour protester contre l’expulsion et plus généralement, pour demander un local pérenne recueille à ce jour près de 1500 signatures. “HMP veut récupérer son bien, donc acte. Mais que la Ville nous donne une solution de repli. Nous ne contestons pas le fait de partir, mais celui de pas avoir droit à un local, conclut Antoine Cortes qui réfléchit à engager une procédure sur le fond. Mais les délais sont longs et pendant ce temps-là, l’association n’est plus domiciliée.” 

Dans un article de La Provence datant de 2015, la mosquée des Oliviers est présentée comme “l’une de ces salles de prière que la préfecture des Bouches-du-Rhône surveille de près depuis les attentats de Paris.” Pour Ali Taguig, la question de la radicalisation entre, à tort, en compte dans l’attitude la mairie.

Solution de repli

Un point que balaie Patrick Padovani. Pour lui, la question religieuse n’entre en aucun cas dans la décision d’expulsion. “Nous avons tenté d’engager un dialogue depuis 2007, date à laquelle une association cultuelle a pris la suite de la salle de boxe. Mais les précédents gestionnaires n’étaient pas prêts à dialoguer avec des représentants publics quels qu’ils soient. Désormais cela semble différent et nous sommes ouverts à la discussion.”

L’adjoint au maire cite volontiers les cas des mosquées des Cèdres et de la Busserine où des lieux de culte sont en construction. “Ils sont accessibles aux plus jeunes en attendant mais je comprends que pour les personnes âgées, il faille un lieu de culte de proximité et nous sommes prêts à envisager une solution notamment avec Marseille rénovation urbaine en vendant un terrain à l’association comme nous l’avons fait aux Cèdres.”

Au-delà de la question de la salle de prière, c’est la persistance de cette ancienne galerie commerciale vétuste qui pose problème au bailleur. Le même type d’équipement présent à Malpassé, à Frais-Vallon, témoigne d’un projet urbain de maintien de commerces de proximité qui n’est plus d’actualité. D’autre part, un point de vente de drogue occupe de longue date l’un des flancs de la galerie marchande. Le bailleur espère qu’après la mosquée, le point de deal lui aussi disparaisse avec les vestiges de la galerie.

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