Au Vélodrome, l’OM jouera vraiment à domicile

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Julien Vinzent_
13 Juil 2018 7

Ce jeudi, l'Olympique de Marseille et Arema, le partenaire privé en charge du Vélodrome signaient à l'hôtel de Ville un protocole d'accord visant à transférer la gestion commerciale du stade au club. Cette signature symbolique clôt une période de tension entre les trois partenaires. Et laisse encore quelques zones d'ombre.

Bruno Botella d'Arema, Jean-Claude Gaudin et Jacques-Henri Eyraud, président de l'OM.

Bruno Botella d'Arema, Jean-Claude Gaudin et Jacques-Henri Eyraud, président de l'OM.

Ils vécurent heureux et gagnèrent beaucoup de titres ? Le maire de Marseille était ravi ce jeudi de célébrer dans la salle des mariages de l’hôtel de Ville un accord entre l’OM et Arema pour la gestion du stade Vélodrome. Désormais, tout ce qui se passera dans l’enceinte sera organisé par le club, que cela soit du football, du rugby, des concerts ou “une visite du pape”, comme l’espère le maire.

Appelé de ses vœux par le nouveau propriétaire du club Frank McCourt, ce rapprochement n’avait pourtant pas démarré sous les meilleures auspices. Ces dernières semaines, le ton était monté par presse interposée (lire notre article), Arema annonçant même pendant un temps la suspension des négociations. Mais au final, assure Jean-Claude Gaudin, tout le monde est gagnant dans ce ménage à trois.

1. Pour la Ville, des recettes toujours garanties par Arema

Si la signature du jour se fait sous l’égide de la Ville, celle-ci n’est formellement pas partie prenante dans l’affaire. “Moi je ne connais qu’Arema”, résume Roland Blum, l’adjoint aux finances. L’entreprise, propriété majoritaire d’un fonds d’investissements associé à Bouygues, reste “titulaire du contrat de partenariat public-privé” signé en 2010 pour la construction et l’exploitation du stade, confirme Bruno Botella, son président. C’est donc toujours Arema qui versera chaque année les 13 millions d’euros de recettes commerciales garanties à la collectivité. Laquelle compte dessus pour alléger la facture de base du stade (investissement initial, financement et entretien) de 25 millions d’euros par an.

Quant aux conditions du protocole d’accord entre Arema et l’OM, on n’en saura pas beaucoup plus. Tout d’abord parce que cela regarde deux entreprises privées peu enclines à communiquer sur ce contrat. Ensuite parce que ce ne sont que des fiançailles. “C’est la première étape d’un processus qui va se poursuivre pendant quelques semaines, peut-être quelques mois, annonce Jacques-Henri Eyraud, président de l’OM. L’objectif est de boucler l’ensemble de la documentation avant la fin de l’année.”

Seul l’esprit est connu : Arema sous-traitera l’exploitation commerciale à l’OM, qui en retour versera “un montant pour cette délégation”, selon Jacques-Henri Eyraud. Lequel “n’espère pas payer 13 millions à Arema”, soit le montant garanti en retour à la Ville. Comment le titulaire du PPP fera-t-il la jointure ? “Ça tient”, assure Bruno Botella, sans s’avancer davantage. Une chose est sûre : pour lui c’est “une façon de s’enlever un risque de programmation”, puisque ce sera à l’OM de faire fructifier le stade.

2. Un nouveau modèle économique pour l’OM

Côté club, le refrain est connu : il s’agit d’offrir un outil au service de “l’OM expérience”, en maîtrisant directement le cadre de cette expérience. “Aucun club du top 15 européen n’est pas soit propriétaire de son stade, soit gestionnaire”, assure le président du club. “Piloter le développement commercial du stade”, c’est ce que doit permettre ce protocole et les discussions qui débutent avec Arema.

Pour cela, le club veut développer les places à prestations, avec de nouvelles offres VIP à destination des entreprises, au plus près du terrain et des joueurs. “Le modèle économique d’un stade moderne est d’être multi-fonctions”. Cela veut dire développer ce que fait déjà Arema : des séminaires pour les entreprises, des conventions, mais aussi des concerts, des matches de prestige, “voire même des tournois contre les plus grandes équipes du monde même à titre de match amical” le tout pour “assurer seul la génération du chiffre d’affaires du stade”.

“Être présent 365 jours par an autour d’un actif symbolique comme le stade”, cela veut dire associer la visite du stade à celle d’un musée “que nous n’appellerons probablement pas ainsi” et proposer une “expérience OM” sur le modèle du Camp Nou, le stade de Barcelone. “Nous y mettrons 3 millions d’euros”, ajoute le maire. Une somme prévue dans le cadre de la négociation du loyer du club l’an dernier. Pour assurer cette gestion, le club entend créer une société ad hoc qui reprendra une partie des salariés actuels d’Arema, en charge de la programmation. C’est d’ailleurs toujours Arema qui assurera la programmation 2019, “si l’OM prend possession du stade au 1er janvier, il faut bien que nous la préparions maintenant avec le club”, précise Bruno Botella.

3. Des travaux aux frais de la Ville

Le son, la lumière, la peinture, les sièges et bien sûr la pelouse : que n’a-t-on pas entendu comme critiques et d’espoir de Jacques-Henri Eyraud sur les équipements du stade. Mais jusqu’à présent, il n’était pas question “d’investir dans des améliorations qui coûteront plusieurs millions d’euros si nous ne sommes pas responsables des équipements”, comme il l’expliquait à La Provence.

Avec cette nouvelle donne, “l’OM va pouvoir faire les travaux auxquels il tenait tant”, confirme Bruno Botella. Le tout aux frais de la Ville de Marseille. Si la commande sera passée par l’OM, c’est en effet Arema qui l’exécutera, dans le cadre du PPP. “Ces travaux seront intégrés dans le budget “gros entretien et renouvellement”, pour lequel la Ville verse chaque année une redevance“, éclaire le patron d’Arema. La facture est chiffrée à 7 millions d’euros par Jacques-Henri Eyraud, selon La Provence. Jean-Claude Gaudin, qui ne manque pas une occasion de rappeler que le stade appartient toujours la Ville, sera donc l’heureux propriétaire d’un éclairage LED flambant neuf.

4. Et demain l’OM à Chanot ?

Ce dimanche, le parc des expositions marseillais sera le cadre d’une fan zone pour la finale du mondial russe. À la rentrée, l’OM est partenaire de la Safim pour la foire 2018 que cette filiale de Veolia organise. Et demain ? Depuis l’annonce d’une relance de la délégation de service public du parc des expositions, tout le monde évoque un rapprochement possible entre l’OM de Frank MC Court et la société dirigée par Loïc Fauchon pour répondre conjointement à cet appel à projets.

“Ce n’est pas le sujet du jour”, botte en touche Jacques-Henri Eyraud mais il souligne la façon dont le Barça est impliqué “dans la vie du quartier du stade”. De là à imaginer l’OM sauter le pas s’impliquer dans la gestion d’un parc des expositions et d’une salle de concert comparable à celle du Dôme, il y a un grand pas. “Cela dépend de la rédaction du cahier des charges”, glisse-t-on dans l’entourage du maire.

Selon les révélations de Capital, le président de la Safim, Loïc Fauchon, réputé proche du maire, vient d’entrer au conseil d’administration de l’association OM, elle-même présidée par Jean-Pierre Chanal, directeur général des services adjoint à la Ville et ancien directeur de la communication de la société des eaux de Marseille quand Fauchon en était le patron. Les voilà tous dans la même maison OM, à des étages différents.

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