Ascométal : un seul repreneur sur quatre souhaiterait garder le site de Fos

Actualité
Violette Artaud
10 Jan 2018 0

L'avenir du sidérurgiste français Ascométal, placé en redressement judiciaire en novembre, est en suspens. Le tribunal de grande instance de Strasbourg doit examiner ce mercredi les quatre offres de potentiels repreneurs avant une décision finale le 20 janvier. Un seul entend conserver le site de Fos-sur-Mer, qui emploie 350 personnes.

Capture écran Google map du site Ascométal de Fos-sur-Mer.

Ascométal se retrouve une fois de plus face à une situation décisive, et les 350 salariés qu’elle emploie à Fos-sur-Mer avec elle. Ce mercredi 10 janvier, les repreneurs potentiels sont auditionnés pour la première fois par la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg avant une décision annoncée pour le 20 janvier. Et une seule des quatre offres en présence souhaite reprendre l’usine provençale.

Créée en 1980, la société spécialisée dans les aciers spéciaux fait travailler 1350 personnes en France. En plus de 30 ans, l’entreprise, rachetée à maintes reprises, n’a jamais trouvé repreneur à son pied. Mis en redressement judiciaire en novembre dernier, Ascométal se retrouve une fois de plus dans l’obligation de trouver un nouvel actionnaire.

Un milliardaire anglo-indien favori

Parmi les quatre offres de reprises, une seule a le mérite d’être quasi-globale, ou, dit autrement, d’entendre garder les cinq principaux sites que comprend Ascométal. Dans les autres, Fos-sur-Mer est laissé de côté.  Il s’agit de l’offre du groupe Liberty House, qui appartient à un homme d’affaire anglo-indien. Peu connu en France, Sanjeev Gupta a la réputation d’être une sorte de sauveur des sites sidérurgiques en crise, comme le qualifie Les Echos dans un long portrait. Le milliardaire est notamment connu pour gérer ses affaires grâce à d’importants fonds propres.

L’offre de Liberty House, qui prévoit donc selon le quotidien économique de garder 1150 salariés sur 1400, est assortie d’un chèque de 100 millions d’euros et bénéficie de la position de favori aux yeux de la direction d’Ascométal. « J’ai eu des discussions avec le PDG et il semblerait qu’il considère que l’offre de Liberty House soit la plus acceptable car l’installation de Fos serait reprise », a confié René Raimondi, le maire de la commune qui se dit par ailleurs peu inquiet pour l’avenir d’Ascométal. « Les résultats pour 2017 restent très positifs. Il est plus facile de vendre une entreprise en bonne santé », poursuit-il. Pour autant, l’offre de l’Anglo-Indien est loin d’être parfaite et des doutes subsistent sur le fait que Sanjeev Gupta puisse faire mieux que ce ses prédécesseurs ou encore sur l’absence de visibilité sur les comptes, ces derniers étant alimentés par sa fortune familiale.

Incohérence et lettre d’intention

Les trois autres candidats – dont un, l’italien Beltrame, n’a déposé qu’une lettre d’intention mais toujours pas de candidature en bonne et due forme – entendent tous fermer le site de Fos-sur-Mer. L’espagnol Sidénor, également spécialisé dans les aciers spéciaux, envisagerait de garder l’usine métallurgique de Fos si et seulement si un autre repreneur s’allie à son offre, ce qui peut arriver dans ce genre de procédure. Reste l’allemand Schmolz + Bickenbach qui, de son côté, avait annoncé vouloir fermer Fos mais garder Dunkerque. L’Allemand basé en Suisse s’engagerait cependant à garantir des commandes au site de Fos pendant un certain temps. Sauf qu’il y a selon les syndicats une incohérence dans l’offre : le site de Dunkerque dépend pour des raisons de production de l’usine de métallurgie du sud de la France.

Depuis ce lundi 8 janvier, toutes les offres sont passées entre les mains de la direction et des syndicats. Selon ces derniers, aucune des propositions actuelles ne prévoit de conserver le service « fils » de Fos-sur-Mer – qui produit notamment du fil pour ressorts –, celle de Liberty House comprise. Ce service représente environ un tiers des postes de ce site.

« L’État doit jouer son rôle »

Inquiet de la situation d’un géant de l’industrie française et de l’avenir des plus incertains pour les salariés d’Ascométal Fos, Pierre Dharréville, député communiste de la 13e circonscription des Bouches-du-Rhône, s’est rendu ce mardi, accompagné de syndicalistes, au ministère de l’Économie. La délégation a ainsi été reçue par le délégué interministériel aux restructurations d’entreprises Jean-Pierre Floris, le nouveau « monsieur industrie » du gouvernement, chargé de régler le dossier Ascométal.

« Nous avons demandé à l’État de jouer pleinement son rôle et pas seulement celui d’arbitre, explique Pierre Dharréville à MarsactuIl doit exercer la responsabilité de sa politique industrielle en étant partie prenante dans cette affaire. De l’argent public a été investi, il faut maintenant que l’État pèse sur les orientations de ces offres. » En retour, le ministère aurait assuré être en contact régulier avec les repreneurs. Pour le député, seule une offre qui englobe la totalité des sites doit être envisageable. « Dans ce sens, l’offre de Liberty House apparaît comme la meilleure, mais les offres peuvent encore évoluer », a-t-il ajouté.

Les candidats ont désormais jusqu’au 19 janvier pour revoir leur copie, soit la veille de l’audience finale au tribunal de grande instance de Strasbourg qui devra juger de la qualité de l’offre en terme d’emplois et de viabilité économique. Entre temps, il n’est pas impossible de voir apparaître de nouvelles offres.

En 2014, Arnaud Montebourg, alors ministre de l’économie, avait appuyé une offre qui mettait en avant l’emploi mais ne comprenait finalement pas de véritable plan à long terme. Mauvaise pioche, et pas la première. « Depuis 14 ans que je suis maire, c’est la quatrième ou la cinquième fois que je vois ce scénario. C’est comme un jeu de Monopoly, sauf que derrière, il y a des hommes et des femmes qui travaillent », conclut le maire de Fos-sur-Mer. Une fois de plus, les dés vont devoir être relancés et l’avenir d’Ascométal et de ses salariés se retrouve à nouveau suspendu à un fil.

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