Après les annonces de Macron, la filière cinéma remet ses projets sur avance rapide

Décryptage
le 27 Sep 2021
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Lors de sa visite début septembre, le président de la République a déclaré vouloir développer l'industrie du cinéma à Marseille. Des projets qui ont conforté une vieille demande des professionnels locaux. Mais derrière le fantasme hollywoodien, beaucoup de questions restent en suspend.

Stillwater, avec Matt Damon, a été l'un des tournages les plus marquants à Marseille en 2019. (Capture d'écran du film)

Stillwater, avec Matt Damon, a été l'un des tournages les plus marquants à Marseille en 2019. (Capture d'écran du film)

“Nous allons créer les grands studios de la Méditerranée qui permettront d’avoir l’infrastructure pour les tournages de grands films, de grandes séries. Il faut aussi avoir les techniciens et créateurs pour le faire et les écoles qui permettent de les former”. Le volet culturel des annonces faites par Emmanuel Macron à Marseille le 2 septembre dernier est un peu passé à la trappe de l’attention médiatique, mais il n’a pas échappé aux professionnels du cinéma marseillais. Eux demandent depuis des années une véritable structuration de leur filière.

Parmi les propositions évoquées ce jour-là pour faire de Marseille un véritable “hub”- ou carrefour – technique et créatif, le développement des tournages était central. La création d’une nouvelle base logistique d’accueil des tournages a ainsi été annoncée, ainsi que la modernisation du pôle média de la Belle-de-Mai, ou encore la création d’un bassin de tournage en mer. Était aussi mentionné le soutien à la formation et à la création, via l’implantation d’une école Cinéfabrique et la création d’une antenne marseillaise de la Cinémathèque française. Mais tout ceci ne sort pas de nulle part.

Pratiquement tous les projets évoqués étaient déjà mentionnés en septembre 2018, dans une étude commandée par la CCI, la Ville de Marseille et la métropole. À l’époque, le développement des différents pôles de logistique, de studios et de création était prévu pour 2020.

Les plateformes de vidéo à la demande, déclic pour Marseille

L’ambition de développer ici le 2e pôle de cinéma national après Paris s’inscrit dans un contexte favorable, qualifié par l’Élysée de “tournant historique” : le décret sur les services de médias audiovisuels à la demande (SMAD) du 21 juin 2021 oblige désormais les plateformes à investir 20% de leur chiffre d’affaires dans le financement de la production audiovisuelle en Europe. “Il nous faut répondre à cette opportunité via un écosystème et des compétences adaptées”, estime-t-on à l’Élysée, où les services expliquent avoir travaillé sur le projet marseillais durant tout l’été, avec la région, la Ville, le CNC et des professionnels connaissant le territoire.

Marseille accueille aujourd’hui près de 450 tournages par an.

Si c’est Marseille qui a été choisie pour cette montée en puissance, c’est avant tout pour le fort potentiel qu’elle représente. Lumière, décors extérieurs, proximité du TGV, techniciens qualifiés et identité locale font de la ville la deuxième en France en nombre de jours de tournage par an. La ville accueille ainsi autour de 450 tournages chaque année, contre 300 en 2013. Tout près, à Martigues, Provence Studios met ses 26000 m² de locaux à disposition de productions internationales.

83 millions d’euros de retombées économiques locales en 2019

À chaque venue d’un tournage sur le territoire, les retombées économiques directes sont non négligeables : emploi de techniciens locaux, mais aussi dépenses d’hôtellerie, de restauration, de costumes… La Ville de Marseille estime qu’en 2019 les 1260 journées de tournage ont mobilisé 29 000 salariés, hors intermittents. 83 millions d’euros de retombées économiques auraient été générées localement cette année-là, dont un tiers dédié à l’emploi. Selon la chambre de commerce et d’industrie (CCI), ce serait possiblement le double en termes de retombées indirectes liées au tourisme et à l’image, grâce à Plus belle la vie et Camping Paradis notamment.

“Pour la dernière série que j’ai produite, 90% des dépenses et des techniciens sont à Marseille. Les productions veulent recruter sur place, pour éviter d’avoir à payer des frais de déplacement”, illustre Sabrina Roubache. La productrice et fondatrice de Gurkin Invest Film – par ailleurs conseillère régionale et élue à la CCI – a comptabilisé près de 43 métiers différents parmi les personnes recrutées lors des tournages : des techniciens qualifiés, mais aussi des plombiers et des électriciens.

À Martigues, Olivier Marchetti, le patron de Provence Studios, rejoint ce constat : “Le tournage d’une série comme Serpent Queen dans nos locaux, c’est l’emploi direct de 450 techniciens locaux, mais aussi 3000 figurants et deux millions de dépenses d’hôtellerie sur Martigues”.

“Je suis obligé de refuser des productions”

Mais les professionnels du cinéma ne veulent pas se reposer sur ce succès apparent de leur territoire. Car depuis plusieurs années, les chiffres de tournage stagnent, concurrencés par la région Occitanie, pendant que les studios peinent à accueillir la totalité des demandes des producteurs. “Notre taux d’occupation est de 90%, je suis obligé de refuser des productions”, regrette Olivier Marchetti. En crise de croissance, la filière dit avoir un besoin urgent d’améliorer l’accueil des tournages, y compris sur Marseille. La caserne d’Aurelle qui en accueillait doit devenir un collège et les lieux viennent à manquer. “Je dois louer des boxes parce que je ne sais pas où mettre mon matériel de tournage !”, s’emporte Sabrina Roubache. L’Elysée confirme de son côté “des sous-équipements, loin des standards internationaux” en ce qui concerne le pôle média de la Belle-de-Mai.

Reste à savoir si ces infrastructures doivent être développées uniquement à Marseille ou à une échelle plus large. Pour la productrice, c’est la future base logistique marseillaise qui doit être “la pierre angulaire” de la proposition de bureaux, de décors extérieurs et de lieu de stockage. “Quand Emmanuel Macron parle des studios de la Méditerranée, il parle de Marseille. La deuxième terre de tournages, elle est ici, pas à Martigues. Il faut travailler ensemble, mais c’est Marseille qui porte. Et on ne doit pas se contenter de petits lieux”, martèle Sabrina Roubache.

Du côté de Martigues, Olivier Marchetti imagine davantage un projet à l’échelle métropolitaine, voire régionale. Ses studios envisagent depuis longtemps des rapprochements avec ceux de Montpellier et de Nice. “Il ne faudrait pas que tout le monde se mette à faire des studios partout. Ce serait dommage de consommer du foncier à Marseille alors qu’ici, nous avons beaucoup de place”, glisse le chef d’entreprise. Il n’est pas sans inquiétude face à l’accélération qu’on lui demande d’enclencher : “Ce n’est pas un effet d’annonce. Il va falloir se multiplier !”.

L’idée n’est pas de faire des studios géants à Marseille, des bâtiment-totems, alors qu’il y a de l’espace à Martigues.

Laurent Lhadirt, adjoint au développement économique

La réflexion autour d’une complémentarité entre différents sites, qualifiée d’“arc méditerranéen” ou encore de “Silicon Valley de l’audiovisuel” par l’Élysée, est jugée “essentielle” par Laurent Lhardit, adjoint au maire chargé du dynamisme économique. “L’idée n’est pas de faire des studios géants à Marseille, des bâtiment-totems, alors qu’il y a de l’espace à Martigues. Mais plutôt de développer plusieurs points dans la ville”. Exit donc pour l’instant le projet d’une grande cité du cinéma, envisagée un temps dans les anciens abattoirs du quartier Saint-Louis.

La formation comme opportunité pour les Marseillais

Mais au-delà de la construction de ces plateformes techniques, les professionnels réclament depuis des années une véritable structuration de la totalité de la filière. Se focaliser sur les tournages risquerait selon eux de ne bénéficier qu’à une partie de l’industrie : les acteurs, les techniciens, les studios et la post-production. Laissant alors de côté toute la machine créative : les auteurs, les exploitants, les festivals ou encore une partie des producteurs.

Pour les professionnels, c’est aussi la capacité de création sur le territoire qu’il faut soutenir, via la formation, alors que le territoire manque encore de techniciens qualifiés. La proposition de créer à Marseille une extension de l’école Cinéfabrique de Lyon vise à y remédier. “Avec ce développement du cinéma, il faudra du monde en face, et c’est maintenant qu’il faut l’anticiper, soulève Ericka Wicke de Haecke, coprésidente de l’association des techniciens du Sud-Est (ARTS). Et c’est aussi l’occasion d’ouvrir cette filière à tous, de montrer qu’elle n’est pas inaccessible”. Une démarche de reconversion d’ouvriers est par exemple engagée par Martigues avec Pôle Emploi. Pour Laurent Lhardit, c’est effectivement sur cette partie technique qu’il existe une palette de métiers très intéressante pour Marseille. “Il ne faudrait pas que ce soit uniquement des travailleurs extérieurs au territoire qui débarquent. Il faut aussi diriger les Marseillais vers ces formations, qui peuvent être très courtes”, insiste l’adjoint.

Une “patte marseillaise” ?

Mais derrière ces retombées pour l’emploi local, se dessine aussi le risque de se contenter d’attirer de grosses productions internationales pendant un temps limité. Pour le scénariste et auteur Phillipe Pujol, “il ne faudrait pas créer un Eldorado pour les grosses boîtes parisiennes pendant quinze ans sans que les locaux y trouvent leur compte”. La création locale est ainsi un facteur de développement économique suivi avec attention par la région, via son fonds d’aide à la production. Selon le pays de Martigues, les 150 000 euros investis en 2020 via ce fonds auraient généré 780 000 euros de retombées sur le territoire. Pour que le pari du président se convertisse en réalité sonnante et trébuchante, budget public et opérateurs privés sont maintenant invités à accélérer le mouvement. Ils espèrent cette fois ne plus se faire de films.

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Commentaires

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  1. Brallaisse Brallaisse

    Ça,pour le cinéma nous sommes bons à Marseille,c’est même notre spécialité avec les règlements de comptes,sujet cinématographique s’il en est,la drogue,itou,la corruption,Netflix s’y est même penché dessus.
    En revanche ce qui serait bien , domaine tiré au hasard ,que l’Etat se penche sur la valorisation de la répartition navale auprès des jeunes locaux plutôt que d’aller chercher ailleurs des ouvriers et faire jouer uniquement un rôle de figurants à nos minots.

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    • AlabArque AlabArque

      Lapsus digiti (répartition) ‘réparation navale’ peut-être ?

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  2. M.G M.G

    Le cinéma et Marseillaise est un sujet récurent et vieux comme la ville. Des écoles, il y en a, des studios aussi, il en y a même qui ont été construit et non utilisé, comme le studio de motion capture. Une cinémathèque: c’était les 12 millions dépensés dans la Buzine en 2010…je stoppe la liste des hérésies municipales et autres… donc même idée même remède pour les mêmes échecs. Mais cela fait tourner l’argent, seule chose positive.

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  3. BRASILIA8 BRASILIA8

    Ce qui me sidère à chaque fois c’est le montant estimé des retombées, pardon du ruissellement. Par contre on oublie d’en faire le bilan : 20 ans pour éponger les dettes des JO d’Albertville, 10 ans à payer pour le stade, liste non limitative .
    De plus toutes les Régions se lancent dans ces projets, il n’y a qu’a regarder les séries tv, pour leur auto promotion avec de l’argent public et maintenant elles vont se faire de la concurrence pour attirer les productions.
    Vive le monde d’après où l’on investi dans une pseudo culture qui relève plus de la publicité que dans l’éducation.

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  4. jasmin jasmin

    S’il y a un manque de lieu de stockage du matériel cinématographique ou de lieu de tournage sur Marseille (ce qui n’est pas le cas quand on lit plus haut M.G), est ce qu’on ne pourrait pas démolir tous les bâtiments dangereux a risque de s’écrouler et les transformer en studio de cinema et stockage? Ils sont tous dans les memes rues et memes quartiers.

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    • Brallaisse Brallaisse

      Oui mais il n’y aurait plus rien à filmer, CQFD.

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