Après le drame de la rue d’Aubagne, les Assises de l’habitat se referment en catimini

Actualité
Benoît Gilles
26 Mar 2019 7

Ce mardi s'ouvre la phase plénière des Assises citoyennes du logement, promises par la présidente de la métropole après le drame de la rue d'Aubagne. Quatre petites heures de débat pour clôturer une phase de concertation menée en toute discrétion, alors que les enjeux sont immenses.

Martine Vassal a présenté quelques jours après le drame de la rue d'Aubagne une stratégie pour lutter contre l'habitat indigne. (Image BG)

Martine Vassal a présenté quelques jours après le drame de la rue d'Aubagne une stratégie pour lutter contre l'habitat indigne. (Image BG)

Cela devait être un point d’orgue. Avec, comme le veut l’expression, un peu de bruit de débat autour de l’habitat et du logement, thématique devenue politiquement brûlante depuis novembre. Et puis rien. La phase plénière des Assises de l’habitat, a lieu ce mardi dans un silence institutionnel vertigineux, et fera aussi office de conclusion. Pourtant, en novembre dernier, quelques jours après le drame de la rue d’Aubagne (lire notre article), ces Assises étaient présentées comme le moment clef d’une prise en compte plus large de l’avis des habitants.

Pas d’affiche, ni de communiqué en direction du grand public, ni même de la presse qui a tout juste reçu une invitation tardive lundi soir pour assister à la séance de “clôture de la consultation citoyenne” au Pharo. Le site internet lancé en février pour alimenter les assises en amont de la phase plénière ne montre qu’un laconique message à la rubrique “à suivre”: “Présentation de la synthèse des contributions lors des Assises citoyennes de l’habitat d’Aix-Marseille-Provence”. Un direct vidéo est bien prévu à partir de 9 heures depuis le site. En revanche, aucun formulaire d’inscription, ni même une adresse où se rendre.

“Une mise en scène bancale”

Même discrétion pour le service presse de la métropole Aix-Marseille Provence qui organise lesdites assises. Pas de communication en amont, ni d’entretien prévu avec Jacques Ansquer, l’ancien président de la banque alimentaire, “personnalité libre” bombardée à la tête des Assises qui ne répond pas aux demandes. “Rien n’est prévu avant mardi”, répond-on.

En amont, le directeur adjoint de la métropole en charge du projet, Vincent Fouchier, ainsi que Jacques Ansquer, ont bien reçu en tête à tête des responsables associatifs et représentants de collectifs. “Nous les avons vus une heure et demie, explique Patrick Lacoste, pour l’association Un centre ville pour tous. C’est là qu’ils nous ont dit que la plénière durerait une demi-journée au lieu d’une journée pleine. Cela dit l’indigence du propos. Comment faire entrer les contributions de chacun dans aussi peu de temps ? Pour nous, c’est de la communication, alors qu’il y a tant à faire“. L’association a donc tiré au sort quel serait son représentant et a publié un communiqué de presse dénonçant “une mise en scène bancale”.

La métropole a fait le choix de l’évènementiel et d’individualiser les contributions par une simple consultation via une plateforme numérique. Le résultat est brutal : à peine 117 participants.

Divisé en contributions, messages et participants, le site mis en place par la métropole a effectivement permis de recevoir des messages directs d’associations ou de citoyens sur quatre thématiques fixées. À cela s’est ajouté un questionnaire envoyé par la Caisse d’allocations familiales aux bénéficiaires des aides au logement dans le département “et une enquête qualitative approfondie” basée sur une série d’entretiens. “Ils nous ont dit avoir eu plus de 5000 réponses via la CAF, reprend Patrick Lacoste. C’est très bien mais comment cela a été traité ? Et quel temps pour le restituer ? Entre le discours des politiques, la synthèse, il ne restera rien pour les propositions de la salle”.

“Nous n’avons eu aucun retour”

Du côté du collectif du 5 novembre, personne ne fera officiellement le déplacement. La même demande d’entretien leur a été formulée “mais nous avons fait de la mise en place d’une charte du relogement un préalable à toute sollicitation, explique Marie Batoux, l’une des porte-paroles du collectif. À partir de là, nous n’avons eu aucun retour“. Depuis des mois, les membres du collectif se battent pour que soit signée une charte du relogement qui offre aux personnes délogées les mêmes droits. “Nous n’avons pas compris la méthode, constate cette habitante de Noailles, élue France insoumise dans les 2e et 3e arrondissements. Après ce qui s’est passé en novembre, parler de logement et d’habitat oblige forcément à se poser la question de la méthode de concertation démocratique et donc de la place des habitants. Aujourd’hui, tout se passe pour que celle-ci soit minorée au profit d’une parole technocratique“.

Le délégué régional de la fondation Abbé Pierre, Florent Houdmon a quant à lui renoncé à déposer sa contribution écrite sur la plateforme “usine à gaz”. il espère pouvoir la décliner à l’oral ce mardi “si j’ai le temps”, souffle-t-il. Lui aussi a passé deux heures avec les deux principaux acteurs des assises et sa contribution est à la hauteur des enjeux, touffue, technique, riche.

“Avant la mise en place du moindre outil, il faut se poser la question préalable de la lutte contre l’habitat indigne et des causes profondes qui permettent son développement, explique-t-il. S’il existe un marché locatif dégradé dont les plus pauvres sont captifs c’est parce qu’il n’y a pas d’encadrement des loyers. Il n’y a pas non plus une offre de logements sociaux à la mesure des besoins”.

Le PLH, document clé, en ligne de mire

Cet effort en logements sociaux doit notamment être inscrit dans les documents stratégiques : le plan local d’urbanisme intercommunal, via les réservations foncières ou l’obligation d’un pourcentage de logements par opération (lire notre décryptage) et le programme local de l’habitat (PLH) en cours d’élaboration. Prévu pour être voté ce jeudi, lors du conseil métropolitain, ce document essentiel ne passera devant le conseil qu’en mai pour permettre justement d’être amendé par les contributions des assises. “Et ce n’est qu’une partie du processus de concertation, le PLH ne sera adopté qu’en fin d’année”, prévient Arlette Fructus, la vice-présidente de la métropole qui le pilote, en gage d’ouverture aux contributions.

Mais pour Florent Houdmon, même si le texte de ce nouveau PLH présente des avancées certaines, “le compte n’y est pas”. “Le document se donne jusqu’en 2025 pour atteindre 80 % des objectifs de la loi SRU d’au moins 25 % de logements sociaux. Mais à cette date, on devrait être à 100 %”, s’insurge-t-il.

Synthèse du futur programme local de l’habitat, présenté en février (à lire en intégralité en fin d’article).

Arlette Fructus reconnaît le décalage mais revendique une approche pragmatique. “Je refuse d’être dans l’incantation. Cet objectif de 80 % part de la réalité des territoires, des constructions déjà programmées. C’est important de s’appuyer sur du concret”. Pour l’heure, le document présenté aux associations ne laisse apparaître aucun objectif, ville par ville ou par arrondissement. Un oubli qui laisse craindre un maintien des déséquilibres existants notamment avec les communes où le logement social ne dépasse pas quelques pour-cents.

“La déclinaison ville par ville est prévue, elle se fera dans le cadre de la phase concertative  qui s’ouvre”, affirme Arlette Fructus qui défend par ailleurs sa volonté de construire les 5300 logements sociaux de plus par an “en se basant sur le bâti existant”. En revanche, le document lui-même ne pourra pas servir de base au débat des Assises. Si une version succincte, que nous publions ci-dessous, a déjà été présentée aux personnalités qualifiées, il faudra attendre mai pour avoir une version plus élaborée, soumise au vote des élus, loin des principaux intéressés.

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