Après l’attaque au cocktail molotov, l’angoisse des Roms à Bougainville

Reportage
le 18 Août 2016
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Dans la nuit de lundi à mardi, le squat installé boulevard Magallon (15e) a été la cible de violentes attaques. Alors que l'enquête avance, des riverains dénoncent le trouble causé par ce lieu indésirable. Les associations espèrent au contraire y voir un argument de plus pour encourager la stabilisation de ces populations.

Un bâtiment squatté dans le 15e arrondissement en 2016. (Image LC)

Un bâtiment squatté dans le 15e arrondissement en 2016. (Image LC)

Depuis le boulevard de Magallon (15e), c’est un simple portail vieilli entouré de palissades tout aussi banales. Les passants qui traversent la rue pour atteindre la station de métro Bougainville peuvent très bien ne pas remarquer qu’un squat où vivent près de 200 personnes s’est installé il y a déjà plusieurs mois dans l’ancien bâtiment industriel et sur le terrain vague qui y est accolé. D’autres ont remarqué les voitures de police qui font des rondes depuis mardi. Dans la nuit du 15 au 16 août, ce grand squat a été le théâtre de violents affrontements entre des Roms et des assaillants extérieurs.“5 ou 6 personnes sont arrivées avec des voitures”, explique un jeune homme habitant les lieux qui dit ne jamais les avoir rencontrées auparavant.

La suite, un peu floue en raison de son français approximatif, relate des provocations et très vite, ces individus qui sortent “un sabre, de gros tubes de fer”.“Ils se sont battus avec des habitants, ils ont tout fait, ils ont jeté de l’essence, mis le feu, lancé des bombes…”, relate-t-il encore effaré sans parvenir à s’expliquer les raisons de cette flambée de violences qui a fait au moins sept blessés, dont au moins deux étaient encore hospitalisés mercredi soir.  

“La porte est toujours ouverte ici, il n’y a jamais eu de soucis, on ne sait pas pourquoi on nous a fait ça”, s’indigne Mircia, qui habite dans le centre-ville mais vient régulièrement rendre visite à ses parents qui vivent ici.“Ils n’ont réfléchi à rien, il y a des bébés, des enfants qui vont à l’école, déplore-t-il. Les gens ont peur maintenant, ils sont tristes. Et la police m’a dit qu’il fallait faire attention parce que les attaquants risquent de revenir, ils m’ont dit “ce n’est pas fini””. Il répète plusieurs fois ces quatre mots effrayants. Derrière lui des éclats de mots en langue rom fusent, “ils se disputent parce qu’un des blessés a besoin d’un don de sang”, traduit-il.

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Le lieu squatté comprend un grand bâtiment industriel et des hangars, ainsi qu’un terrain vague. (image LC)

“On sent une grande fatigue”, note Laurie Bertrand, coordinatrice de la mission bidonvilles pour Médecins du monde. En arrivant mardi matin, elle a rencontré “des gens extrêmement choqués”, et souhaite mettre en place un suivi psychologique, en plus de l’accompagnement à la santé déjà proposé sur les lieux. L’humanitaire ne s’attendait pas à un tel scénario, mais, reconnaît-elle, “les squats restent des sites qui sont la proie de menaces régulières et qui sont d’une grande vulnérabilité. Il y a une crainte de la police. On essaye de leur faire comprendre que même s’ils occupent ce site illégalement, ils ont droit d’être protégés quand même.”

Trois personnes interpellées mais des circonstances toujours floues

Les premières avancées de l’enquête, communiquées par le parquet à l’AFP mardi, ont permis d’interpeller trois personnes. Mais elles ne permettaient pas encore de connaître le déroulé exact des faits. Deux affrontements auraient eu lieu selon le procureur de la République. Un premier autour de 22h lundi, “entre des individus appartenant à la communauté rom d’une part et des jeunes Maghrébins d’autre part”, lors duquel un Rom a été coupé au bras par un sabre japonais. C’est autour de minuit que les tirs de bouteilles, bombes artisanales et un cocktail molotov (qui n’aurait pas explosé) ont ensuite eu lieu. Enfin, toujours selon le parquet, plusieurs roms ont été blessés par “du tout petit plomb, vraisemblablement de la grenaille (…) Il semblerait que ce soit accidentel, ils auraient été blessés par un camarade qui manipulait une arme, un tout petit calibre”. Déferlement de haine gratuit ou différend avec un habitant ayant dégénéré, on l’ignore encore. 

“Je n’ai rien vu mais j’ai tout entendu. Les enfants qui criaient, des hurlements atroces. Puis les femmes, et des coups de fusils, des bruits d’explosion. Les pompiers, les ambulances. Si vous aviez entendu comme ils hurlaient.” Maryse (le prénom a été modifié à sa demande) vit au rez-de-chaussée d’un des immeubles proche du squat. Une maisonnette lui coupe la vue sur le terrain vague squatté, mais depuis sa fenêtre, elle a suivi à l’oreille les événements, avec effroi. La police est d’ailleurs passée ce matin chez elle pour recueillir son témoignage.

De l’eau en plus au moulin des riverains

L’octogénaire vit ici depuis 35 ans, et occupe un petit deux-pièces sombre, à la décoration un peu de bric et de broc. Comme d’autres riverains, elle voit d’un mauvais œil ces voisins atypiques qu’elle a remarqués il y a moins de 6 mois, et les événements du début de semaine ne vont pas la faire changer d’avis. “On a eu du bruit, quand ils font la fête, ça dure toute la journée. Et puis ils travaillent la ferraille, ça fait un bruit pas possible. Ça sent le gaz, le caoutchouc brûlé, il y a de la poussière aussi”, se plaint-elle.“J’appelle la police tout le temps. J’aimerais qu’ils les évacuent, que ça se calme”, souhaite Maryse, fulminant contre le maire “qui ne fait rien”.

Dans l’entreprise voisine du terrain vague qui fabrique des enseignes, le discours est le même. L’employée qui nous reçoit était justement en train d’envoyer une relance de mails à la préfecture et au procureur de la République pour demander l’expulsion des Roms. “On a appris ce matin qu’ils y avait eu des problèmes, quand la police est venue. Peut-être que ça va nous aider dans notre démarche ?”, s’interroge-t-elle. Dans les courriers envoyés aux autorités, des photos du terrain prises en hauteur montrent l’évolution de la présence de détritus et de bouteilles de gaz, qu’elle estime “à moitié vides”, contre les murs de l’entreprise. “Ils ne nous embêtent pas, reconnaît-elle, on ne dort pas ici. Les expulser, c’est déplacer le problème, mais si ces bouteilles de gaz explosent, on n’a plus de travail”. Autre souci, “quand il y a des clients qui viennent d’ailleurs, ce n’est pas idéal. Mais bon, c’est Marseille qui n’est pas très présentable”.

Pérenniser le squat ?

À l’opposé, les associations verraient bien ce lieu être pérennisé. Le terrain appartient à la mairie et il doit accueillir, à terme, la future unité d’hébergement d’urgence (UHU), sans qu’aucun calendrier ne soit encore fixé. Comprenant à la fois des bâtiments et des terrains extérieurs, il permettrait de mettre en place des projets d’insertion de transition, explique Laurie Bertrand. “On a le projet avec d’autres associations d’en faire un lieu de stabilisation, où travailler avec les populations sur l’insertion avant de pouvoir leur fournir un vrai logement. On espère que les événements récents vont pousser la préfecture à accélérer. Mais cela demande une politique à l’échelle du territoire, il ne peut pas y avoir qu’un site stable.”  

En attendant, les associations guettent les réactions du monde politique qu’elles aillent dans leur sens ou pas. Et il y en a pour le moment très peu. Dans un communiqué, la fondation Abbé-Pierre appelle les élus “à la responsabilité” et met en garde “tous ceux qui seraient tentés d’attiser les haines.”   

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Commentaires

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  1. Treblig Treblig

    Pauvres VOISINS ! Dépressions programmées ! Les bénévoles et autres personnes bien pensantes ne prennent pas en compte TOUTES les nuisances engendrées par ce communautarisme!

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    • Electeur du 8e Electeur du 8e

      Tiens, déjà le mot “bien-pensant”, aussi fourre-tout que vide de sens, qui, comme le mot “bobo”, sert surtout à qualifier ceux qui ne pensent ou ne vivent pas comme moi…

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    • JL41 JL41

      Après les raffinement sémantiques que tu as détaillés à propos de la vidéosurveillance, tu pourrais faire le même travail à propos des bien pensants ou des bobos. Pour les bien pensants des milieux de gauche, ça veut dire quelque chose. Cela croise aussi ce que la notion de bobo peut recouvrir.

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  2. Treblig Treblig

    Electeur du 8ème, Je vous suggère de passer une semaine à côté de quelques Familles …
    Connaitre les nuisances sonores jour et nuit, le stockage de ferrailles ….
    Cela ne veux pas dire que je cautionne ces agressions ni le non respect de ces personnes .

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