Soupçon d’agression sexuelle sur mineure : le centre éducatif fermé s’arrête pour six mois

Info Marsactu
le 26 Nov 2020
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Le centre éducatif fermé situé aux Chutes-Lavie a fermé ses portes ce mercredi 25 novembre pour six mois. Une décision exceptionnelle du préfet qui fait suite à la plainte d'une mineure pour des violences sexuelles dans l'enceinte d'un établissement sous tutelle du ministère de la Justice.

L'enjeu

Les centres éducatifs fermés sont pensés pour accueillir des mineurs placés là par une décision de justice. Ils y sont encadrés par des éducateurs spécialisés.

Le contexte

Géré par l'association Nouvel horizon, ce centre est depuis plusieurs mois en proie à de nombreuses dérives de gestion sur lesquelles enquête la justice.

“C’est une mesure protectrice pour les mineurs”, explique Franck Arnal. Le directeur interrégional de la protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) pèse ses mots : “On veut éviter le sur-accident”. Depuis le mercredi 25 novembre, le centre éducatif fermé (CEF) des Chutes-Lavie (13e arrondissement) n’accueille plus de mineurs, et ce, pour une durée de six mois. L’arrêté de “cessation temporaire d’activité” pris par le préfet intervient quelques jours après le dépôt de plainte pour agression sexuelle d’une mineure de l’établissement et l’ouverture d’une enquête par la justice. Le centre géré par l’association Nouvel horizon, en proie à de nombreux problèmes de gestion, fait toujours l’objet d’une autre enquête préliminaire pour mauvais traitements et malversations financières.

La jeune femme dit avoir été victime à plusieurs reprises les vendredi et samedi 13 et 14 novembre, de violences sexuelles commises par d’autres mineurs du centre. La victime dénonce les faits le mardi suivant auprès de la directrice par intérim du CEF Nouvel horizon. Également à la tête de l’autre CEF de l’association Nouvel horizon, situé dans la Vienne, elle n’est présente sur place qu’une fois par semaine. “Cela veut dire que la victime n’a pas eu confiance dans les éducateurs, que personne n’a pu représenter une figure parentale. C’est ce qui me rend très inquiet pour cette structure”, s’alarme Franck Arnal. Une enquête a été ouverte depuis le dépôt de plainte de la victime et les six jeunes ont été pris en charge directement par les services de la PJJ.

“Un défaut de surveillance”

En interne, les cinq éducateurs en service au moment des faits ont été mis à pied. “Cela relève d’un défaut de surveillance”, estime le directeur interrégional de la PJJ tout en précisant que ces manquements “restent à prouver”. Car au moment des faits, seulement deux ou trois éducateurs étaient en service pour encadrer les six jeunes présents. Un effectif que Franck Arnal juge “suffisant” dans une telle situation. “Sur le papier, deux éducateurs  pour six jeunes, c’est suffisant, mais pas pour assurer un bon fonctionnement. Il faudrait être trois, puisqu’un éducateur doit assurer la permanence et les urgences. D’autant plus que week-end les jeunes sont plus libres”, estime Anne*, salariée au CEF.

Et si pour la PJJ, ces équipes réduites ne seraient pas la raison de ce “défaut de surveillance”, ce sont bien les problèmes d’effectif récurrents du CEF qui ont entraîné la fermeture du centre. “Avec cinq éducateurs mis à pied et quatre éducateurs en arrêt maladie, il n’y a plus le personnel nécessaire pour assurer la prise en charge des mineurs”, explique Franck Arnal. Seulement trois éducateurs seraient ainsi disponibles, alors que le cahier des charges établit par la PJJ, pour les CEF gérés par le secteur associatif exige un effectif de 15 à 17 éducateurs. “Le centre tourne en sous-effectif depuis des mois. Un éducateur a même travaillé tout seul pendant 13 heures d’affilée”, témoigne Anne.

“Dans notre structure nous avons des effectifs variables, mais suffisants. Nous ne sommes jamais en sous-effectif”, conteste Jean-Michel Clément, président de l’association, qui voit dans le défaut de surveillance une “défaillance individuelle”. Le centre connaît toutefois un turnover et des conditions de travail détériorées, dénoncées par de nombreux salariés passés par la structure. “Les nouveaux éducateurs restent peu de temps, ils abandonnent parfois au bout de quelques jours”, assure la salariée citée plus haut.

Un centre sans directeur à temps plein

Des problèmes de gestion du personnel qui se retrouvent à tous les étages. Après le licenciement de Michel D., directeur général de Nouvel horizon dont la gestion avait déclenché une enquête judiciaire, toujours en cours, pour “malversations financières”, l’association comptait sur l’arrivée de son remplaçant pour redresser la barre. Trois mois plus tard, il a rompu le contrat avant sa période d’essai et le centre pour mineurs s’est retrouvé sans directeur à temps plein.

Plus grave, depuis “le contrôle de dysfonctionnement” réalisé par la PJJ et les 98 préconisations remises à Nouvel horizon en juin, les problèmes structurels de l’établissement ne semblent pas résolus. Tout en restant prudent, Franck Arnal rappelle qu’une telle décision de fermeture reste exceptionnelle et n’intervient qu’“en cas de dysfonctionnement avéré”, avant de préciser. “Ce sont des faits (des agressions sexuelles, NDLR) qui peuvent malheureusement arriver dans ces établissements, cela n’entraîne pas forcément une fermeture. Mais il faut regarder comment on les gère, comment on les traite et ce qu’on fait pour les prévenir.” Pour Anne, la fermeture aurait dû intervenir avant, juste après l’enquête de la PJJ : “Ce sont des choses qui auraient pu être évitées, les problèmes ont été pointés du doigt il y a des mois. On parle tout de même d’une gamine qui risque d’être marquée à vie.

Une association en sursis

Reste à savoir si à sa réouverture, l’établissement des Chutes-Lavie sera toujours géré par Nouvel horizon. “Avec tous les dysfonctionnements qu’on a pointé, on a constaté que tous les verrous de l’association n’étaient pas étanches. Cette association a un travail à faire pour se restructurer, le centre est géré depuis la Vienne, ce n’est pas simple”, juge Franck Arnal. “Pas du genre à renoncer”, Jean-Michel Clément ne partage pas cette analyse sur la partie associative : “Nous n’avons pas besoin de nous restructurer. Nous n’avons pas de fonction de direction, nous contrôlons, nous gérons les budgets, nous rendons des comptes à la PJJ et pour cela nous pouvons gérer la situation à distance.”

Il se retrouve toutefois avec la PJJ sur le fait que les six mois à venir doivent servir à reconstruire. “J’étais partisan pour que la fermeture soit prise plus tôt, cet été, afin de construire un véritable plan d’action et un plan de carrière et de formation pour les salariés”, assure même celui qui est par ailleurs député Liberté et territoires de la Vienne. “Il faut faire du recrutement à tous les étages sans se précipiter, notamment en ayant un directeur à temps plein. Et nous allons travailler avec les salariés qui vont rester pour les faire monter en compétences”, détaille Franck Arnal. Après des mois d’instabilité dans un centre pour mineur en souffrance, voilà peut-être le nouveau départ tant espéré.

Actualisation le 71 novembre 2020 à 16 heures: modification du titre et du chapeau pour mettre en avant la présomption des faits reprochés.

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Commentaires

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  1. zamzam zamzam

    “Député LREM de la Vienne” et ministre de la culture du Guatemala …

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    • Happy Happy

      Pardon ? J’ai relu deux fois l’article pour être sûr d’avoir compris que le monsieur était capable d’être “en même temps” directeur interrégional dans le Sud-Est et député de la Vienne (donc alternant en principe entre Paris et Limoges)… Déjà impressionnant (hum…), mais si en plus il exerce de l’autre côté de l’océan…

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    • Jean Pierre RAMONDOU Jean Pierre RAMONDOU

      Il me semble qu’il y a confusion entre Franck Arnal (PJJ) et Jean Michel Clément (Député LREM ?; Nouvel Horizon)

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    • zamzam zamzam

      @Jasmin : ministre au deuxième degré …

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  2. BRASILIA8 BRASILIA8

    après Camelot et hébergement temporaire un autre bel exemple de”réussite” des privatisations par l’Etat

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  3. jasmin jasmin

    Pauvre fille, être enfermée dans un centre éducatif, et être violée par six autres mineurs alors qu’il n’y a pas de directeur, et que la moitié des éducateurs est absente. J’espère qu’elle va s’en sortir, qu’elle aura le soutien psychologique et éducatif nécessaire pour avoir une vie aussi normale que possible. Elle a eu le courage de porter plainte.
    Quant à ce centre, quelle catastrophe… Si en temps normal, il faut un éducateur pour un jeune, comment reprocher aux trois éducateurs présents de ne pas avoir vu ce qui se passait? L’enquête montrera peut etre ce qu’ils faisaient pendant ce temps, mais la gestion complète de cet établissent fait froid dans le dos. On se demande vraiment si la mixité dans ces centres est bien raisonnable.

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