Aix aura son Arena mais Marseille en rêve aussi

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Benoît Gilles
28 Oct 2015 3

Alors qu'Aix boucle l'enquête publique de la future Arena des Milles, le conseil municipal de Marseille continue à débattre d'un équipement marseillais. La future salle de 12 000 places pourrait s'installer au parc Chanot.

Image d'architectes de la future Arena d'Aix-en-Provence -DR

Image d'architectes de la future Arena d'Aix-en-Provence -DR

Voilà bien une histoire métropolitaine qui rejoue l’adage des oeufs et du panier. Ou la bagarre jeux olympiques versus cirque entre Grecs et Romains. Alors que se conclut aujourd’hui l’enquête publique sur l’Aréna d’Aix-Les Milles, le conseil municipal de Marseille débattait ce lundi de l’opportunité de construire une autre grande salle polyvalente à Marseille. Par Aréna, on entend une salle de sports et de spectacles comparables aux arènes antiques où le public encadre la piste et dont la jauge va de 5000 à 15000 spectateurs.

En 2010, un rapport de la commission grandes salles présidé par Daniel Costantini, le sélectionneur de l’équipe de France, soulignait ce retard : “La France ne compte qu’une seule salle de plus de 10 000 places, contre 18 en Allemagne” écrivait-il alors. Depuis, un certain nombre de grandes villes ont tenté de refaire leur retard. C’est le cas de Bordeaux, Lyon, Orléans ou Aix-en-Provence. Marseille était également dans la course. En 2013, le président d’Euroméditerranée d’alors, Guy Teissier, projetait l’édification d’une Arena de 15 000 places sur les hauteurs de Cap Pinède en 2017. Comme en témoigne ce sujet de LCM :

Mais depuis le vote d’une délibération en 2013, Aix a pris un tour d’avance et le projet marseillais un coup dans l’aile. Dans une question orale inscrite à l’ordre du jour du conseil municipal, le président du groupe socialiste, Stéphane Mari interrogeait donc l’opportunité de la poursuite du projet marseillais.

“Considérez-vous que le projet de la communauté du pays d’Aix, déjà bien avancé, sonne le glas de la construction d’une Aréna à Marseille ou au contraire considérez-vous comme le groupe socialiste à la ville de Marseille qu’un seul projet doit voir le jour et ce, sur la localisation la plus pertinente sur le territoire de la métropole ?”

En bouclant son enquête publique ce mercredi, Aix prend la main. D’autant plus que sa salle modulable de 6 à 8000 places permettra d’accueillir les matchs du Pauc, l’équipe de handball locale, montée en première division. En revanche, comme le souligne l’élu marseillais, elle est peu ou mal desservie en transports en commun. Quant à son financement, il est intercommunal donc métropolitain, demain. Autant de critiques que les Aixois regardent passer sans ciller : “Notre Aréna est située à 15 minutes de Marseille, 10 minutes d’Aix, 20 minutes de la gare TGV et un quart d’heure de l’aéroport”, plaide Francis Taulan, adjoint aux sports d’Aix. Quant au financement, il ne pose pas problème “puisque notre projet est clairement d’intérêt métropolitain. Fos Basket nous a déjà appelé pour venir chez nous en cas de matchs de gala.”

Fragilités aixoises

Mais ce n’est pas sur ces deux “fragilités” que le maire de Marseille a choisi de répondre. Lisant sagement un document remis par son cabinet, il a souligné le caractère modeste de la double jauge de la salle des Milles. “Le projet situé à Aix les Milles propose une salle multifonctionnelle de 6 000 places en configuration sportive, et 8 000 en configuration concert”.

Or, selon lui la configuration sportive la place en deçà des “cahiers des charges des fédérations sportives internationales pour les matches des phases éliminatoires tels les quarts et demi-finales de ces prestigieuses compétitions”. Quant à la configuration “concert”, pour le maire, elle est bien au-dessus de la jauge raisonnable “quand il est connu que la très grande majorité des concerts sont positionnés sur des salles de 3 000 spectateurs”.

“Je ne vais pas faire mon anti-Marseille, se défend Francis Taulan. Cela fait dix ans que je travaille sur ce sujet et nous avons adapté nos jauges à la réalité. À Montpellier, l’équipe de hand-ball préfère jouer dans son ancienne salle car ils ne remplissent pas la nouvelle”. Pour lui, les projets marseillais auront du mal à voir le jour avec des jauges certes prestigieuses mais irréalistes. “Nous allons lancer une délégation de service public et nous avons calculé les jauges pour éviter que cela coûte le moindre sou à la collectivité”, affirme-t-il.

La piste de Chanot

Tout ceci ne décourage pas la Ville de Marseille dans la poursuite de son étude d’opportunité “afin que l’éventuelle future Arena marseillaise – qui pourrait d’ailleurs être réalisée à partir de la rénovation de l’actuel palais des sports – puisse en effet répondre à l’intégralité des besoins non satisfaits”, conclut le maire.

Mais, selon nos informations, l’extension du Palais des sports, trop petit, n’est pas le seul scénario en vigueur à la Ville. L’étude de la Ville s’appuie sur la fermeture programmée du Dôme. La Provence s’était émue de le voir attaqué par la rouille et la Ville avait opposé “une réflexion en cours” à ses questions. Mais sa fermeture est bel et bien programmée. Déjà obsolète sur un plan acoustique dès sa création, le Dôme a perdu son parking, grignoté par un immeuble dessiné par Jean Nouvel.

La Ville projette donc d’installer une nouvelle Aréna de 12 000 places sur le périmètre du Parc Chanot à proximité immédiate du stade Vélodrome. L’idée est de construire un équipement complémentaire du stade tant sur le plan sportif que culturel et d’encourager ainsi la fréquentation touristique. À proximité de deux stations de métro avec une autoroute et un réseau de tunnels, l’emplacement est plutôt bien desservi. “Reste à convaincre le maire car le parc Chanot est un espace sacré. Il ne faut pas toucher à la foire”, glisse un observateur du dossier.

Reste surtout à convaincre les futurs élus métropolitains de financer un équipement installé au coeur d’une ville qui se dit déjà submergée sous les charges de centralité. “Nous, en tout cas, on pose notre première pierre en décembre pour une livraison prévue en 2017, commente Francis Taulan. On sera prêt pour accueillir Marseille capitale du sport dont on est partenaire.” Cela dit sans ironie…

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