une journée ordinaire de délogé

Billet de blog
le 11 Avr 2019
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La rue de La Palud est en grande partie bloquée du fait des immeubles en péril.

La rue de La Palud est en grande partie bloquée du fait des immeubles en péril.

Le matin même Didier, mon compagnon, consent à perdre une heure trente de travail pour aller chercher le courrier. Départ Canebière Noailles direction Arenc, terminus de la ligne de tramway. Le petit bureau de poste se situe dans un immense hangar, sous une passerelle de l’autoroute. À l’arrêt d’Arenc il faut marcher cinq bonnes minutes. Depuis quelques semaines Didier se promène avec une enveloppe dans son sac. Sur son enveloppe il a écrit son nom et son adresse. Il aimerait penser à la poster parce qu’il est sûr, ou presque sûr, que le courrier ne nous est pas distribué correctement.

Arrivé à la poste il demande notre courrier, il n’y a rien. Il demande à l’agent à l’accueil pourquoi nous n’avons reçu aucun courrier depuis trois semaines. On lui propose de rencontrer le facteur qui ne sait pas … puis le responsable qui ne sait pas … puis le responsable du responsable qui lui conseille de trouver une adresse où nous écrire.

Didier, sur le chemin du retour, décide de faire un crochet par la rue Beauvau où se trouve le bureau d’accueil des délogés. À l’accueil la dame aux cheveux blancs lui donne un ticket et lui propose du café. C’est le passage obligé de Beauvau. Ensuite il faut attendre d’être appelé pour remplir la fiche : nom, prénom, ancienne adresse, nombre d’enfants, adresse de l’hôtel. Il faut exprimer la demande clairement parce que des cases seront cochées : psy, CCAS, ADIL, Assistante sociale, SOLIHA. Aujourd’hui il vient rencontrer la dame de la SOLIHA.

S de la SOLIHA  est notre référente, normalement il n’y a qu’elle qui peut nous proposer un logement. En trois mois et demi, elle nous a proposé un magnifique T5 vers la Joliette mais malheureusement nous n’étions pas la famille prioritaire. La famille présente avec nous lors de la visite était à l’hotel depuis plus longtemps que nous, évidemment on ne nous avait pas prévenu avant la visite. Ensuite S nous a proposé de visiter un appartement à Longchamp. Cette fois-ci il n’y avait pas d’autre famille avec nous. J’ai demandé à la jeune femme qui a fait visiter si nous étions prioritaires, elle m’a répondu : « ça ne se dit pas … ». Ensuite je lui ai demandé où était l’autre famille, celle contre laquelle nous sommes en concurrence à chaque visite, elle me dit : « ils viendront après, ça ne se fait pas de faire visiter les appartements à plusieurs familles. ».

Bref Didier vient voir S parce que l’appartement de Longchamp que l’on nous a fait visiter pour reloger notre famille de six personnes n’avait que deux chambres. Un T4 sur le texto qu’on nous envoie la veille de la visite qui devient un T3. Il vient lui rappeler la nomenclature, un T3 a deux chambres et on ne met pas quatre ados dans une seule et même chambre. Sauf à l’hotel en ce moment mais c’est une situation exceptionnelle …

Ce même jour à 14h rendez-vous devant notre immeuble en arrêté de péril, le syndic nous a informé par mail qu’il serait ouvert quelques minutes, la voisine du premier marrie sa fille et les tenues de mariage sont restées dans l’appartement. À 14h tout le monde est là, agents municipaux, pompiers avec camion, police municipale, voisins. À 14h30 tout le monde attend que le syndic arrive avec les clés des nouvelles serrures de la porte d’entrée de l’immeuble. À 14h45 le syndic ne viendra pas, il est à Aix. Le temps de se dire au revoir, on rentre à l’hôtel.

Ce même jour à 16h rendez-vous avec un représentant de notre propriétaire, la SOLIHA nous a demandé de faire pression sur notre propriétaire, ce que nous avons fait avec l’aide d’une avocate. Il nous propose donc de visiter un appartement en face de celui duquel nous avons été délogés le 28 décembre 2018. Le représentant de notre propriétaire arrive à l’heure, on constate ensemble que la porte extérieure de cet immeuble est tenue fermée par un cadenas, l’agent immobilier qui arrive ensuite explique que ça rassure la seule locataire de l’immeuble. En ouvrant le cadenas il nous prévient d’ailleurs : « Vous allez voir, c’est pas un château. ». Effectivement … On passe sur quoi ? Appartement situé au-dessus de la poissonnerie, squatté pendant plusieurs semaines, tant que l’immeuble était sous arrêté de péril (mais les travaux dans l’escalier ont été faits, ça se voit), vitres cassées, volets cassés, chiottes débordant de merde dans un réduit dans la cuisine. Didier finit par dire aux deux messieurs qui nous accompagnent qu’il n’ose même pas prendre de photo, puis un peu plus énervé que l’on aurait pu faire le ménage avant de nous faire visiter. Parce que le grand truc de notre propriétaire était qu’il ne fallait pas regarder les peintures, que tout allait être refait. Ce qui me faisait bien rire parce que dans mon appartement en face, immense et exposé plein sud, quand en septembre je lui ai dit qu’il pleuvait dans ma chambre il n’a rien réparé du tout, en décembre quand j’en suis partie il pleuvait toujours.

À la fin de la visite on précise au représentant de notre propriétaire que nous avons demandé un relogement dans les 1er, 4ème, 5ème et 6ème arrondissements et pas forcément dans un taudis plein nord en face de chez nous. Il nous demande combien on compte mettre dans le loyer, on lui explique que ce n’est pas nous qui payons le loyer mais notre propriétaire, voilà pourquoi nous venons de visiter ce truc pourri. Et quitte à vivre ailleurs que chez nous pendant un an (temps estimé des travaux) autant que ce soit correct au minimum …

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