REPENSER L’URBANITÉ MARSEILLAISE

Billet de blog
Bernard LAMIZET
31 Juil 2016 2

Il faut inventer une nouvelle façon d'habiter Marseille, faire de Marseille une véritable ville nouvelle.

Sans doute, pour aller au-delà des constats de dégradation de l’espace urbain à Marseille que nous nous sommes trouvés forcé de faire ici, est-il nécessaire d’y repenser complètement la ville, de réinventer l’urbanité à Marseille qui semble à bout de souffle, et qui, par conséquent, semble avoir besoin d’une forme de rajeunissement, de toilettage, de création nouvelle.

Une telle réinvention de l’urbanité marseillaise pourrait se fonder sur quatre orientations, que nous proposons ici.

La première de ces orientations est d’inventer de nouveau le paysage urbain. Pour cela, il semble qu’il y ait, d’abord, à lancer une véritable politique de ravalement et de nettoyage des façades. Face à la préfecture, par exemple, l’immeuble de la police est d’une noirceur inquiétante, mais il n’est pas le seul. Sans doute serait-il urgent de lancer une véritable politique d’incitation au nettoyage des façades, en commençant par une sorte d’inventaire raisonné, arrondissement par arrondissement, de façades à nettoyer, voire à repeindre. Mais, pour recréer le paysage urbain, sans doute est-il aussi nécessaire d’imaginer une meilleure inscription d’espaces verts, de parcs, de jardins, pour donner une respiration à l’espace de la ville. Il n’y a pas assez de verdure à Marseille, et cela contribue à la fois à rendre l’espace étouffant et à empêcher l’invention d’un paysage de qualité. Enfin, peut-être faudrait-il réaménager certains quartiers dans lesquels les immeubles ont été construits sans politique et sans vision globale, comme dans la périphérie, mais aussi dans le centre, où, par exemple, près de la place du 4 Septembre, où le grand immeuble du « Saint-Georges » envahit l’espace d’une façon disgracieuse.

La seconde orientation de cette réinvention de l’urbanité à Marseille est la redécouverte (ou la découverte tout court, je ne sais pas) du souci de l’environnement, qui commence par une véritable politique de lutte contre la pollution, et, d’abord, de lutte contre la pollution automobile. C’est ici que la politique environnementale rejoint la politique des transports. Il est urgent de lutter contre l’envahissement de Marseille par les voutures particulières en élaborant une politique des transports en commun assez efficace pour dissuader les habitants d’utiliser leur voiture. Mais la politique de l’environnement passe aussi par l’élaboration d’une écologie urbaine à Marseille. Pour y parvenir, sans doute est-il urgent que la Ville rassemble l’ensemble des acteurs de l’aménagement urbain – institutions, associations, entrepreneurs privés – pour parvenir à élaborer une sorte de charte de l’écologie marseillaise rassemblant un certain nombre d’impératifs pour les imposer aux constructeurs des immeubles futurs.

Repenser l’urbanité marseillaise consiste aussi à élaborer une véritable politique culturelle de la ville. Au-delà de la construction du M.U.C.E.M., on se demande ce qui a bien pu motiver la reconnaissance de Marseille comme « capitale culturelle », et, surtout, on a le sentiment que cette reconnaissance s’est faite dans le moment sans avoir de suite dans le futur. Marseille manque d’une politique culturelle digne de ce nom pour une ville de cette importance. Il n’y a pas de véritable salle de concerts, il n’y a qu’un ou deux cinémas d’art et d’essai proposant des films de qualité, et, même si la bibliothèque de l’Alcazar est une réussite qu’il faut saluer, il n’y a pas, à Marseille, de véritable réseau de bibliothèques de quartier comme dans d’autres villes, à Marseille ou à Lyon. Cette politique culturelle rejoindrait la politique du paysage urbain par l’élaboration d’une politique de l’art urbain et l’incitation à la mise en œuvre, à Marseille, d’un « art de la rue », de ce que l’on appelle, dans la culture anglo-saxonne, le street art, qui devient une forme majeure d’art aujourd’hui.

Enfin, pour repenser l’urbanité marseillaise, il faut imaginer une façon nouvelle d’habiter la ville, une façon nouvelle d’apprécier l’espace urbain pour ceux qui y vivent. En-dehors de l’imagination de nouveaux espaces verts, d’une nouvelle forme de circulation et de nouveaux transports en commun et de nouveaux espaces culturels, une telle politique de l’habitat se fonde sur deux orientations. La première est la fin des ghettos et l’incitation à de nouveaux échanges entre les quartiers de la ville. Marseille est, sans doute depuis toujours, une accumulation de quartiers juxtaposés plus qu’une ville intégrée. Sans doute est-il temps de remédier à ce défaut qui risque de devenir porteur de menaces dans l’avenir. La seconde orientation nouvelle de la ville à Marseille consiste à réinventer la citoyenneté dans cette ville, et d’inciter à l’élaboration d’une meilleure association entre habiter la ville et y mener une véritable vie sociale, par exemple, en réinventant le réseau des associations qui y étaient actives mais qui semblent s’être endormies ou en associant mieux ses habitants à l’élaboration de la politique de la ville, par des consultations plus fréquentes ou par une meilleure ouverture des institutions urbaines aux habitants.


Commentaires

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  1. LaPlaine _LaPlaine _

    Nous retrouvons dans votre texte nombre de points noirs (presque tous mis à part la propreté) qui sont évoqués bien trop souvent hélas dans les réseaux sociaux. Ces maux sont anciens et ne peuvent trouver de solutions avec une classe politique locale sclérosée, dont l’ambition principale est de conserver un fauteuil ou un strapontin. L’indigence de la vision, la faiblesse chronique qui touche au respect des règles publiques, des finances mal gérées ou mal déployées, font que cette ville ne pourra pas s’en sortir seule. La solution consiste en une collaboration étroite entre l’état et ce territoire si mal en point, il faut effectivement un plan Marshall pour Marseille.

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  2. Electeur du 8eElecteur du 8e

    Une nouvelle fois, vos propositions semblent de bon sens. Elles sont partagées par beaucoup. Mais malheureusement pas par ceux qui sont aux commandes de cette ville.

    S’agissant de la réinvention du paysage urbain, tous les outils qui le permettraient existent déjà, mais personne ne songe à s’en servir. Je le réécris ici : le laisser-faire règne. Ainsi, le ravalement des façades fait déjà l’objet d’obligations légales. J’ajoute que le centre-ville de Marseille est théoriquement protégé par des dispositifs censés permettre sa mise en valeur : https://marseillemissionpossible.wordpress.com/2013/12/05/centre-ville-decrepi-cherche-regles-durbanisme-desesperement/. Qui s’en soucie ? Personne, et surtout pas du côté de la mairie. Ce n’est malheureusement pas seulement une question esthétique : cet abandon a des conséquences économiques. Si le petit commerce se porte mal au centre-ville, c’est en partie parce que les clients préfèrent les centres commerciaux calmes et aseptisés à des rues sales, noires, bruyantes et encombrées de bagnoles dans tous les sens.

    Quant à la verdure dans la ville, elle est d’autant plus indispensable qu’elle constitue un moyen simple, économique et durable d’améliorer la qualité de la vie urbaine, notamment en été, car elle atténue les pics de chaleur. Je renvoie au concept « d’îlots de fraîcheur » que j’expliquais ici : https://marsactu.fr/a-aix-platanes-quon-abat-palais-justice/.

    S’agissant de la politique des transports collectifs et de l’incidence du tout-voiture sur la pollution, comment dire ?.. Les PDU successifs sont pavés de bonnes intentions, mais les priorités changent régulièrement en fonction du poids des maires de secteur. Et quand le maire de la ville estime que Marseille n’est pas polluée parce qu’il y a le mistral et qu’il a beaucoup fait pour limiter l’emprise de la bagnole sur l’espace public parce qu’il a créé des tunnels (rigoureusement sic), on a un petit problème. Quand on a commencé sa carrière publique en 1965, on a probablement une vision des enjeux du XXIème siècle un peu biaisée.

    Pour remettre Marseille sur les rails, il faudrait d’abord créer une dynamique qui incite à aller voter toutes celles et tous ceux qui ne le font plus. La municipalité actuelle est élue par une base politique très étroite, constituée de ceux qui ont intérêt à ce que rien ne change et à ce que la mairie ait le moins d’autorité possible. Il faudrait que la mairie ait autorité sur le personnel municipal, et non l’inverse. Il faudrait que les règles qui existe déjà soient appliquées. Il faudrait que les élus municipaux soient à l’écoute plus souvent qu’une fois tous les six ans, et ne se croient pas tout à la fois propriétaires de leur mandat et irresponsables de leurs actions ou de leur inaction. Il faudrait un maire à plein temps, et non un dilettante, avec une vision de long terme des enjeux urbains – c’est-à-dire bien au-delà de la prochaine échéance électorale. Comment fait-on ?

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