Les élections municipales ont lieu demain

QU’EST-CE QUE LA MODERNITÉ POLITIQUE ?

Billet de blog
Bernard LAMIZET
28 Juil 2019 0

Comme souvent, c’est la rencontre de deux informations qui donne du sens à l’actualité. Ainsi, on pouvait lire, dans « Marsactu », vendredi dernier, une information sur un article publié par C. Pitollat proposant, à propos de Marseille : « et si l’on changeait de régime ? » et une autre information, apparemment sans rapport, sur les effets de la circulation différenciée sur la pollution atmosphérique. Faisons se rejoindre ces deux informations.

Le libéralisme et la modernité

Le propos de C. Pitollat se veut simple : elle propose de « changer de régime » pour Marseille à l’occasion des élections municipales, en engageant une stratégie de rupture avec une culture politique dominée depuis soixante ans par deux maires, G. Defferre et J.-C. Gaudin, et par les choix politiques dont ils étaient porteurs. Le projet qu’elle propose pour la ville se veut, lui aussi, simple : « faire en sorte », écrit-elle, « que les collaborations entre les individus dépassent les vieux clivages politiques » et intégrer à la politique « les expertises de la société civile ». Elle se réclame, pour cela, de l’adhésion au projet porté par E. Macron lors de l’élection présidentielle de 2017. Mais interrogeons-nous sur ce que signifierait, à Marseille, « changer de régime ». À première vue, la modernité a toujours quelque chose de séduisant, à première lecture, l’idée d’imaginer une nouvelle façon de faire de la politique, de s’engager, a toujours une apparence qui peut attirer les citoyens vers ce qui se présente comme une nouvelle façon de faire de la politique. Mais, en réalité, si l’on regarde bien ce nouveau projet, il n’a rien d’une rupture, car il se fonde sur le développement du libéralisme et, au-delà, sur l’approfondissement des inégalités qu’il engage dans la société. On peut, d’ailleurs, faire se rencontrer le propos de C. Pitollat sur Marseille et sur son projet pour la ville avec ce qui s’est produit le même jour, vendredi dernier : l’adoption à l’Assemblée nationale d’un projet de loi relatif à « la modernisation de la distribution de la presse » – le mythe de la modernité, encore. Si le libéralisme économique revendique une légitimité politique fondée sur le mythe de la modernité, c’est qu’il n’a rien autre à défendre, et surtout pas la recherche de l’égalité. Car c’est cela, le libéralisme : dans l’absence de régulation des rapports de force par les institutions, les plus forts le restent aux dépens des plus faibles et cherchent toujours à accroître leur force en soumettant le politique à la seule loi du marché et de la concurrence. « Nous devrons lutter contre le fléau du chômage », écrit C. Pitollat dans son texte, « en mettant en place un vaste plan d’intermédiation entre l’offre et la demande ». Finalement, pour la députée LREM, c’est au marché, à la confrontation entre l’offre et la demande, qu’il revient de lutter contre le chômage, et non à la régulation de l’emploi et du travail.

Qu’est-ce qu’une politique moderne ?

Dans ces conditions, interrogeons-nous donc sur ce que signifierait une modernité réelle, sur ce qu’engagerait un projet politique moderne pour Marseille, à l’occasion de cette élection municipale. Une politique moderne, c’est, finalement, assez simple à définir et à situer : c’est une politique qui permette à la politique de la ville de répondre pleinement aux exigences de notre temps. Or, justement, le libéralisme n’est pas en mesure d’y répondre parce qu’il ne connaît qu’une loi, celle de la concurrence. La première exigence politique contemporaine est celle de l’égalité. Ce sont les inégalités qui, en devenant chaque plus jour plus graves en raison de l’emprise du marché sur la politique, ont fini par créer une situation d’urgence en suscitant la montée des diverses formes de la radicalité, notamment la radicalité religieuse, liée à la montée des inégalités entre les personnes et entre les pays. La seconde exigence d’une politique urbaine moderne est la construction d’une ville dont l’espace soit enfin libéré de l’emprise du marché et permette à ceux qui y vivent de pleinement habiter la ville en donnant du sens à l’espace dans lequel ils puissent trouver une occupation, qu’il s’agisse d’un métier ou d’une formation, un logement qui ne soit pas soumis aux seules contraintes du marché de l’immobilier, des activités de loisir et de culture dans lesquelles ils puissent retrouver et exprimer pleinement leur identité. Enfin, une politique moderne pour la ville, c’est une politique qui permette à l’espace urbain de ne pas se dégrader, de devenir ce qu’il devrait être pour être pleinement un espace : un espace qui ne soit pas un espace de concurrence et de marché, mais un paysage porteur de sens.


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