John Massa : « Marseille est bien une ville de jazz »

Idée de sortie
Journal Ventilo
13 octobre 2017 4

John Massa

Avec son festival Jazz Is the Answer, le Jam entre dans la légende des notes bleues phocéennes. Interview avec John Massa, saxophoniste et directeur artistique du lieu.

D’où est venue l’idée de proposer un festival ? La programmation du Jam ne se suffisait-elle pas à elle-même ?
Une des volontés affirmées du Jam Marseille est de proposer une scène de qualité pour les musiciens jazz de la cité, qui sont cruellement en manque de lieux pour expérimenter, créer et présenter leur musique en club. Le club étant par essence le berceau de cette musique. Organiser un festival avec de tels musiciens d’envergure internationale participe aussi à cette démarche. C’est évidement une façon de mettre en valeur les musiciens locaux qui, peu de temps avant ou après, jouent sur la même scène, dans des conditions strictement identiques. Mais c’est aussi le désir de proposer au public adhérent du Jam des concerts d’un niveau exceptionnel, que l’on ne peut écouter généralement, hors gros festivals, que dans des grandes villes comme New York, Tokyo ou Paris… À ma connaissance, un tel festival en club ne s’est jamais déroulé à Marseille auparavant. Sans subvention, avec une capacité d’accueil limité, une structure de club associatif, c’est un challenge qui nous va bien…

Y a-t-il une ligne artistique ? Un premier aperçu donne à penser une recherche d’équilibre entre tendances funk et be bop.
La seule ligne artistique que nous recherchons au Jam est l’implication dans la musique qui se joue sur scène ; c’est la substance que je recherche quand j’écoute un musicien. Reggie Washington, Laurent Coq, Sangoma Everett et Jérôme Sabbagh sont quatre leaders charismatiques d’une exigence extrême, qui ont toujours porté leurs différents projets en adéquation avec le fait que la magie de leur musique est la seule chose qui peut la définir. Ensuite, bop, funk, groove… ce ne sont que des influences plus ou moins visibles.

Si vous aviez à choisir trois moments exceptionnels dans ce festival, quels seraient-ils ?
Ce sont eux qui nous choisiront ! Nous travaillons tellement dur pour ce projet et pour le club en général, sans moyens ni subventions jusqu’à présent. Nous faisons tout nous-mêmes et nous ne sommes que quatre bénévoles, cependant bien entourés de dizaines d’amis fidèles… Nous nous souhaitons des tas de moments exceptionnels. Certainement le 23 octobre, quand l’avion du quartet de Jérôme Sabbagh aura décollé et que tout se sera bien déroulé, que nous aurons vibré pendant une semaine. Ce sera un sacré moment exceptionnel de satisfaction et de bonheur. À titre personnel, souffler dans mon sax entre Reggie Washington et E.J. Strickland, avec mon groupe tout autour, sera quelque chose de juste incroyablement beau et fort.

Le festival s’appelle donc Jazz Is the Answer : à quoi le jazz répond-t-il donc ?
Je ne pourrais rien répondre à ce sujet sans m’enliser dans d’éconduites banalités. Le jazz est ce que l’on en fait. Contrairement à ce que l’on entend parfois, Marseille est bien une ville de jazz. L’histoire approfondie de notre ville le démontre. Mais le public est exigeant et il a raison de l’être. Notre réponse, à travers le jazz et les musiques que nous proposons au Jam, est cette dimension d’accueil, tant au niveau du public que des musiciens, et notre plus belle réussite est sans conteste la qualité d’écoute que nous avons réussi à instaurer dans notre lieu. Le jazz est la réponse à la question que personne ne nous a posée : ici à Marseille, que peuvent faire quelques personnes amoureuses de la musique, qui vivent leurs rêves plutôt que rêver leur vie ? C’est compliqué, c’est dur, c’est beau et c’est fort. C’est le jazz.

Propos recueillis par Laurent Dussutour

Jazz Is The Answer Festival : du 15 au 22/10 au JAM (42 rue des Trois Rois, 6e). Rens. 06 09 53 40 41 / http://lejam.unblog.fr / www.facebook.com/lejam.marseille/

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commentaires

  1. Antoine de Meria Antoine de Meria

    One : MASSA est un excellent SAXO , voire plus.
    Two: Superbe décision. Enfin du pur , du dur et du vrai avec de superbes musiciens qui ne viennent pas réciter leurs répertoires mais les jouer.
    Three: On va se régaler

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  2. Jean-José Mesguen Jean-José Mesguen

    Euh… c’est quoi du « pur, du dur… » ?
    je me souviens encore de mes vingt ans où les adeptes du pur et du dur grimaçaient en parlant de Miles Davis qui faisait du « commercial » puisqu’il replantait ses racines dans – horreur- les musiques de danse du moment, rock, funk, et mariait – horreur- la trompette et la pédale ouahouah, le piano fender et la basse électrique. Accessoirement je connais trop de jazzeux qui semblent ignorer que bon nombre de « standards » sont des musiques de variétés ou de comédie musicales que tout le public connaissait aussi bien que les « initiés ».
    Tradition joliment reprise entre autres par Zenino https://michelzenino.bandcamp.com/album/massaliazz

    Et tant qu’on y est, c’est quoi des « éconduites banalités » ?

    Cela dit, plus il y a de jazz à Marseille mieux nous nous porterons, vive le Festival !

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  3. Michel Samson Michel Samson

    A fond de cale, 1917/2001, un siècle de jazz à Marseille

    Marseille n’est pas pour rien dans la diffusion mondiale du jazz. On l’a souvent entendu sonner entre les touches du piano de Georges ArvanItas, d’Henri Florens, de Magali Souriau et de Perrine Mansuy ; vibrer à travers les cordes de contrebasse de Paul Mansi, de Christian Brazier ou d’Éric Surménian ; s’élancer des saxophones de Marcel Zanini, d’André Jaume ou de la trompette de Christophe Leloil, sans vraiment noter son origine phocéenne.

    On l’a, en revanche, rarement écrit : l’apport musical de Marseille au jazz est considérable. Souvent décrite comme l’avant-poste du music-hall en France, évidemment remarquée comme laboratoire du rap, et avant cela, du rock et des musiques du monde, la cité phocéenne vibre à l’écoute du jazz depuis une centaine d’années.

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  4. Antoine de Meria Antoine de Meria

    Pur et dur est à prendre comme pouvant partir sur un thème et s’en évader pendant 3,5,10 minutes ou plus. Le vrai Jazz, quoi!

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