“Les gens normaux…”

Billet de blog
Sylvia Eustache Rools
15 Nov 2018 1

L’étendard sanglant est en effet levé.

« Les gens normaux ne viennent pas manifester avec leurs enfants. » Son petit uniforme, sa petite humanité. Ses grands principes. Sa grande légitimité.

Parce qu’elle, elle là, elle est surement habilitée à faire la différence. À reconnaître les gens normaux des autres. Normaux, éteints, soumis, malléables, qui s’en tiennent au rôle prescrit : Consommer dans les divers centres commerciaux édifier pour les foules, ne pas manifester son mécontentement. Apprendre à ne plus ressentir de mécontentement d’ailleurs et si jamais celui-ci venait à poindre, faire confiance aux autorités pour nous indiquer les boucs-émissaires, déversoir de nos frustrations et de notre colère bue, délavée. Dorénavant, il faudra composer avec, le dire à vos enfants, aujourd’hui, manifester ne fait plus partie des droits concédés aux citoyens, je devrais dire paillasson français.

Alors nous voilà, en résistance, éveillés, vigilants, en réflexion, à même d’opposer une riposte, critiques, désapprobateurs : Déviants. Marginaux. Sales, à redresser. De nous, se défaire. Nous extraire. Vider, purger les rues pour laisser carte blanche à la délinquance en col blanc.Racler, les petits bouts de pâtes qui ne veulent pas prendre, restent accrocher aux mains et dont il faut se débarrasser.

La moindre marque de contestation est taxée de récupération politique. Le nouveau bonus des tristes sirs. Le petit Prince à l’aube de son mandat a commandé pour un montant de 22 millions d’euros (hors TVA) de “grenades de maintien de l’ordre et moyens de propulsions à retard ».(21 Août 2017, Marianne.) Une priorité cela va sans dire. Parce que manifester est dangereux. Manifester n’est pas bon pour la santé du corps social. Manifester n’est pas fairplay pour le business des élites. Manifester est répréhensible. Manifester ne doit pas être.« Les gens normaux ne viennent pas manifester avec leurs enfants. »

Parce qu’hier soir, c’était happy hour sur le Vieux-Port. Pour qui avait envie de démanteler du supposé zadiste, black bloc ou juste manifestant, c’était un régal. The place to be. Faire acte de violence en toute légitimité, grisant certainement. Un sentiment de détresse envahit les cœurs devant cette explosion de haine à l’encontre d’un peuple en état de choc. Mais non, le plus important est de rendre la grogne et les éventuelles demandes de compte illégitimes. Justifier la violence sur tous par la virulence d’un petit nombre. Classique.

Personne ne s’interroge sur l’incapacité d’un CRS à distinguer un black bloc d’une mère de famille, d’un retraité ou simplement d’une personne de 20 ans marchant pacifiquement. Incapacité, volonté. Cela glace le sang. Payés par le contribuable. Voilà à quoi servent nos impôts aussi. Nourrir, alimenter cette garde privée.

Le salaire dans une écuelle, que n’iront-ils faire ? J’imagine qu’ils trouveraient du sens à écrabouiller un nourrisson si on leur fournissait un argumentaire. Suivre ses instincts. Faire respecter cet ordre établi par les puissants parce que cela nous rapproche d’eux. Du bon côté du manche. Parce qu’il y a des racailles qui ont le cran de s’épanouir dans l’illégalité et d’autres qui ont besoin de se sentir investis d’une mission pour faire une besogne de charognards. Ça sent la mort ici. Pas celle d’un vieux corps quasi grabataire et sénile. Non, celle de la vie, de la jeunesse, de la diversité.

Ici, il faudrait accepter d’être ensevelis vivants. Ici, on impose un mur d’une laideur sidérante et à triste connotation pour orner notre quotidien de merdeux. De moins que rien. Pour un cerveau d’élu, la promiscuité avec cette immondice est sans conséquence. Dérisoire, tout comme son coût…

Ici, nous sommes éclaboussés par la crasse qui tapisse les cœurs du corps politique. Cette personne vieillissante qui dirige la ville sent la mort et voudrait nous amener dans la tombe avec elle. Ici, il faut savoir qu’on peut, droit dans ses bottes, tenter de te faire avaler qu’il peut tout à fait être normal de voir ton habitat s’effondrer lorsqu’il pleut. Quid des responsabilités politiques.

On me demande parfois, de moins en moins je dois avouer pourquoi je n’ai pas d’enfants. La réponse est tentaculaire mais essentiellement là. Comment supporter que le premier politique venu dresse un sort à notre progéniture selon des visées toutes plus minables les unes que les autres. Comment accepter ici ce que nous jugeons et regardons avec consternation chez les autres. Il n’y a pas qu’en Afrique que la corruption tue. Nul besoin d’aller en Amérique latine pour voir des milices s’en donner à cœur joie pour corriger et mater le peuple, encore moins d’habiter aux États-Unis pour craindre pour ses enfants colorés. L’étendard sanglant est en effet levé.

Sylvia Eustache Rools

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Commentaires

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  1. SergioSergio

    Hélas vrai. La violence dites légitime est une arme des dominants contre les humbles que nous sommes.

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