LES AILES DU GABIAN
LES ÉLECTIONS MUNICIPALES : UN VOTE DE REJET ET NON D’ADHÉSION
Certes, cette chronique a été écrite avant que nous ne disposions des résultats définitifs, mais les projections sur lesquelles elle repose sont assez fiables. Les électrices et les électeurs de Marseille ont ainsi choisi Benoît Payan pour être le maire pendant les six années qui viennent. Mais s’agit-il d’une adhésion véritable, ou du rejet de ses opposants ?
Un vote de rejet plus que d’adhésion
Le taux très élevé d’abstention signifie que les électrices et les électeurs – à Marseille, comme, d’ailleurs, dans tout la France – n’ont pas choisi leurs municipalités par adhésion mais que ces élections ont plutôt manifesté un refus des projets qui leur étaient proposés. À Marseille, ces projets ont donné l’impression d’avoir été conçus ailleurs, et sans celles et ceux qui vivent dans la ville. À l’occasion des élections, les marseillaises et les marseillais ont eu l’impression d’avoir été privés de leurs voix. C’est ce qu’ils ont voulu dire en s’abstenant d’aller voter : le scrutin s’est passé comme si cette élection n’était pas pour eux.
Le sens du choix de la ville en élisant B. Payan
B. Payan a donc été réélu maire. Cela signifie qu’il a été vraiment élu, ce qui lui donne la légitimité qu’il n’avait pas eu entièrement lors de son premier mandat. La ville a choisi son projet. Mais, dans le même temps, cette élection signifie une volonté : celle d’une véritable politique de la ville, d’une politique de solidarité et d’une politique exigeante d’urbanisme pour celles et ceux qui y habitent. L’élection municipale de 2026 a ainsi manifesté, l’exigence d’une véritable politique écologique pour l’environnement, les transports et la circulation : n’oublions pas que c’est à la municipalité de débarrasser la ville de la pollution liée aux modalités de la circulation automobile et des méfaits d’un urbanisme et d’un aménagement urbain mal encadrés.
Le rejet de F. Allisio et du R.N.
La crainte était là, et elle a expliqué un grand nombre de suffrages – à commencer par le choix de S. Delogu et de son retrait pour empêcher, coûte que coûte, la ville d’être soumise à la politique d’exclusion et de discrimination du R. N. Longtemps, ce discours de crainte a pu faire croire que Marseille pouvait être séduite par le R.N. et par ses conceptions de la vie sociale. Mais Marseille la résistante, Marseille, la ville d’égalité, s’est retrouvée à l’occasion de cette élection : elle a rejeté les idées fausses et les aveuglements de l’extrême droite, elle s’est bien rappelée qu’elle n’est pas une ville de discriminations et d’exclusions, mais une ville d’accueil et d’intégration des cultures.
Le rejet de M. Vassal
L’échec de M. Vassal n’est pas le rejet d’une personne, mais surtout celui d’une conception de la politique. Marseille n’a pas voulu de la référence à Pétain, elle n’a pas voulu d’une politique économique fondés sur le libéralisme et sur l’exploitation des personnes, mais elle a exigé une politique sociale de solidarité et de partage des richesses. En rejetant sans ambiguïté la candidature de M. Vassal, Marseille a fait savoir qu’elle se rappelait que les différences entre les classes sociales existent bien et qu’elle faisait le choix de faire adhérer la ville aux conceptions d’une politique de la ville fondée sur une urbanité d’égalité, de culture, de solidarité et de justice sociale.
La France insoumise à Marseille
Même si S. Delogu et sa liste ont retiré leur candidature, les Insoumis étaient bien là lors de ces élections, à la fois par les références à leurs mots et à leurs discours et par le regard attentif qu’ils vont mener sur la politique menée par B. Payan. La municipalité ne pourra pas faire comme s’ils n’existaient pas, car ni elle ni personne ne pourra oublier que l’assurance avec laquelle B. Payan et sa liste ont été élus tient au retrait de leur candidature dans le souci de libérer la ville de la droite et du R. N. Une culture politique naît à Marseille, dans laquelle la gauche repose sur deux identités qui doivent se parler et s’entendre, elle du Printemps marseillais et celle des Insoumis.
Le retrait de S. Delogu prend tout son sens
Car c’est ainsi que le retrait de S. Delogu prend toute sa signification : il ne s’agissait pas d’un choix électoral, mais d’une orientation politique pour Marseille. Il ne s’agissait pas seulement du retrait d’une liste, mais il s’agissait d’un choix de liberté, car il s’agissait de libérer Marseille d’une menace qui n’était pas imaginaire. En se retirant, Sébastien Delogu et sa liste ont montré tout le sens du devoir et de la responsabilité des Insoumis. Mais il faut aller plus loin : il s’agissait aussi de dire la possibilité d’un accord avec la municipalité dirigée par B. Payan pour élaborer et mettre en œuvre à Marseille une politique de la ville qui soit réellement de gauche.
À plus long terme : l’avenir de la métropole
C’est là que réside une incertitude sur ce que sera la métropole. Certes, M. Vassal a annoncé qu’elle ne serait pas candidate à la direction de la métropole (étant donné la faiblesse de son résultat, elle n’avait guère le choix), mais cela ne dit pas d’où viendra le futur président de la Métropole, de quel parti il sera issu, sur quels projets il s’appuiera et quelle politique il mènera. Or les pouvoirs de la métropole sont tellement importants que cette incertitude est déterminante pour l’avenir politique de Marseille. Il faudra repenser les relations entre la ville de Marseille et la métropole et, surtout, il faudra que la métropole acquière une identité qui dise quelque chose aux gens qui l’habitent, alors qu’aujourd’hui, elle ne leur dit rien. Ce qui apparaît nettement aujourd’hui est la division de la métropole entre deux urbanités : celle de villes populaires parlant la voix de l’égalité et de la solidarité et celle de villes riches parlant, au contraire, le langage de la différence entre les classes et entre les cultures, fondée sur des villes faites de différences et de discriminations entre les quartiers.
Marseille demeure une ville populaire
L’injonction à B. Payan de mener une véritable politique populaire vient de loin : il s’agit, en réalité, de concevoir une politique urbaine qui donne à celles et à ceux qui vivent à Marseille la voix dont ils ont été si longtemps privés. La municipalité dirigée par B. Payan doit ne pas oublier que la ville de Marseille est celle d’un peuple, que sa culture et ses mots sont ceux de rues et de maisons construites et aménagées par un peuple issu de toutes parts dans le monde. L’urgence devant laquelle se trouvent B. Payan et sa municipalité est d’en finir avec la coupure entre le Nord et le Sud de la ville et de libérer Marseille de la violence et des morts qui frappent celles et ceux qui habitent Marseille car ile ne peuvent plus y vivre. Ce mot, « quartiers Nord », ne sont pas une identité, mais ils signifient une coupure et une exclusion. La municipalité que nous avons élue aujourd’hui doit rendre à Marseille sa voix et son identité.
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