LA RÉGRESSION MARSEILLAISE

Billet de blog
le 20 Oct 2019
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Les élections municipales ont lieu demain

LA RÉGRESSION MARSEILLAISE

 La bibliothèque municipale de l’Alcazar a été fermée du jeudi 4 octobre au jeudi 11 octobre parce qu’on y a trouvé des punaises de lit (« Marsactu », 3 octobre). Au-delà de l’événement en lui-même, qui pourrait prêter à sourire s’il n’était pas inquiétant, il s’agit d’une manifestation de plus de la dégradation de la situation urbaine à Marseille, dont les élections municipales doivent tenir compte.

 Les formes de la décadence

Les punaises de lit de la Bibliothèque municipales de l’Alcazar s’inscrivent dans une série qui devient longue. Cela a, en particulier, pris la forme, récemment de l’effondrement des immeubles de la rue d’Aubagne, mais cela remonte à bien plus loin. Le paysage urbain fourmille des manifestations et des illustrations de cette décadence. Le cours Belsunce, pour commencer, où se situe la Bibliothèque de l’Alcazar, qui fut l’une des artères majeures de la ville, où il était agréable de se promener, est sale, les immeubles n’y sont pas entretenus, les trottoirs y sont jonchés d’ordures de toutes sortes, l’un des trottoirs est semé par les façades en mauvais état des maisons qui se dégradent, et l’autre est jalonné des immeubles hideux du centre Bourse, qui fut aménagé n’importe comment, à la va-vite, sans aucun souci d’urbanisme. Et puis il y a eu les immeubles de la rue d’Aubagne qui se sont effondrés, donnant, ainsi, à la décadence la dimension tragique de la mort de leurs habitants. Mais la décadence, à Marseille, prend aussi la forme de la pollution automobile, due à l’envahissement de la ville par les voitures particulières et à l’absence de transports en commun correspondant à une ville de ces dimensions : si l’on insiste si souvent, ici, sur la pollution automobile, c’est qu’il y a une véritable urgence à enrayer cette invasion et à faire retrouver à la ville un air moins pollué. Un autre aspect de la décadence est l’absence de véritable projet pour les élections municipales : les candidats de droite se confrontent les uns aux autres dans l’accumulation des candidats, tandis que la gauche peine encore à se donner une véritable tête de liste et que les écologistes en sont à organiser une sorte de référendum local pour construire leur stratégie électorale et choisir s’ils se situent à droite ou à gauche. Devant cette multiplication des formes de la dégradation de l’urbanité marseillaise, il y a une véritable urgence à engager une politique urbaine qui en soit réellement une.

L’incompétence de la municipalité

Bien sûr, c’est la première analyse que l’on peut donner de la multiplication de ces situations insoutenables : elles ne sont que des expressions de l’incompétence de la municipalité, de son irresponsabilité. Il s’agit autant de l’incompétence de la municipalité que de l’irresponsabilité de son maire, au pouvoir, sans doute, depuis trop longtemps, dont le projet politique – si toutefois il en a encore un – ne se situe plus dans les logiques du monde de notre temps et de l’urbanité contemporaine. Mais, à côté de cette incompétence, cette irresponsabilité de la municipalité traduit aussi ce qui l’a sans doute toujours caractérisé depuis le début : l’absence d’intérêt et d’engagement pour la culture et pour les politiques culturelles. Ce n’est pas un hasard si les punaises se sont attaquées à une bibliothèque : cela en dit long, en soi, sur ce que représente la lecture publique pour la municipalité sortante. L’incompétence de la municipalité, qui s’est manifestée dans tous les domaines de la politique de la ville, s’est ainsi notamment illustrée dans la politique du logement et dans la politique culturelle, mais elle s’est aussi manifestée dans l’affirmation du clivage entre les deux villes, celles des quartiers Nord et celle des quartiers du Sud : au lieu de jouer pleinement son rôle, qui est de faire pleinement exister la ville et l’identité urbaine, la municipalité s’est efforcée d’approfondir la ségrégation entre les quartiers. C’est qu’en réalité, l’incompétence de la municipalité est aussi l’expression de ce qui fonde le libéralisme : l’affaiblissement de l’État et des services publics, et, à terme, le projet de leur disparition.

Marseille doit redevenir une grande ville

Il s’agit, sans doute, de ce qui fonde le débat engagé à l’occasion des élections municipales de 2020 : Marseille doit redevenir ce qu’elle a été : une grande ville, une ville de prospérité et d’activité, une ville de croissance et de diversité culturelle, une ville de culture, de recherche et d’éducation. Le paysage urbain marseillais doit redevenir un véritable paysage, c’est-à-dire un espace fondé sur une dimension esthétique, un espace que l’on trouve du plaisir à regarder, des sites que l’on aime parcourir, une ville qui ait du sens pour ceux qui l’habitent et pour ceux qui la visitent. Mais, pour que Marseille redevienne une grande ville, il est important, au cours du débat qui s’engage, de se rappeler l’importance de l’écologie dans le débat public. Si la dernière manifestation du déclin et la dernière alerte qui s’est lancée à Marseille se sont manifestées par les punaises, c’est-à-dire dans un domaine de l’environnement urbain, c’est bien l’occasion de nous rappeler cette place majeure de l’écologie, qui est, finalement, l’expression de l’inconscient politique, de ce qui fonde notre identité politique en nous situant pleinement dans l’espace et en nous conduisant à reconnaître réellement que ce sont les logiques de l’écologie qui fondent la rationalité de l’inconscient politique et notre identité de citoyens. Pour redevenir une grande ville, Marseille doit retrouver la maîtrise de son écologie, de son inconscient politique.

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