La France fracturée : qui saura recoudre la République ?
La France fracturée : qui saura recoudre la République ?
La France n’est plus seulement traversée par des désaccords politiques. Elle est désormais fracturée.
Après près de dix années de macronisme, notre pays semble arrivé au bout d’un cycle. Un cycle marqué par la promesse initiale du dépassement des vieux clivages, mais qui laisse aujourd’hui une société profondément polarisée, où deux forces antagonistes occupent une place croissante dans le débat public : d’un côté, une gauche de rupture incarnée notamment par La France insoumise ; de l’autre, une droite nationale portée par le Rassemblement national.
Entre ces deux pôles, l’espace du compromis, de la modération et de la construction collective semble se rétrécir.
La France est devenue un pays de blocs.
Et lorsque la politique devient une confrontation permanente entre blocs, c’est la République elle-même qui finit par être fragilisée.
Une décennie qui n’a pas résolu les fractures françaises
Il serait trop simple d’attribuer toutes les difficultés actuelles à Emmanuel Macron. Les maux français sont plus anciens que son arrivée au pouvoir : dette publique, désindustrialisation, déclassement de certains territoires, crise de l’école, difficultés de l’hôpital, sentiment d’insécurité, perte de confiance dans les institutions, affaiblissement des corps intermédiaires.
Mais force est de constater qu’après près de dix ans de macronisme, aucune de ces fractures essentielles n’a été véritablement résorbée.
Pire : certaines se sont approfondies.
La dette publique réduit aujourd’hui considérablement les marges de manœuvre de l’État. Dans le même temps, les Français ont le sentiment que les services publics se dégradent, alors même que les prélèvements demeurent élevés. L’école peine à assurer sa mission. L’hôpital est sous tension. La justice est confrontée à ses propres difficultés. L’autorité de l’État est régulièrement contestée.
Et lorsque l’État dépense beaucoup mais semble ne plus parvenir à assurer correctement certaines de ses missions fondamentales, une question finit nécessairement par surgir : où est passé le pacte républicain ?
Le retour de la rue
Les événements de ces derniers jours sont à cet égard révélateurs.
La mobilisation lycéenne, née de revendications concernant notamment les conditions d’enseignement, le manque d’enseignants et l’état des établissements, s’est étendue à de nombreux territoires et a donné lieu, dans certains endroits, à des affrontements et à des violences. Le gouvernement considère désormais que le mouvement a, dans plusieurs lieux, basculé vers les violences urbaines.
Mais il faut regarder cette situation avec lucidité.
On ne peut accepter que des établissements scolaires soient dégradés, que des policiers, des enseignants ou des pompiers soient agressés. La contestation sociale ne peut jamais devenir un permis de violence.
Mais on ne peut pas davantage répondre à une crise profonde de la jeunesse uniquement par le maintien de l’ordre.
Car derrière les barricades, derrière les slogans, derrière les affrontements, il y a aussi une génération qui exprime quelque chose de plus profond : le sentiment d’un avenir incertain, d’une école qui ne tient plus toutes ses promesses et d’une société dont les règles semblent de moins en moins lisibles.
C’est précisément à cet endroit que la politique devrait reprendre ses droits.
Deux radicalités face à face
Le danger est désormais de laisser s’installer un face-à-face entre deux radicalités.
À gauche, une partie de la contestation tend à considérer que la confrontation permanente avec les institutions constitue le moteur du changement.
À droite, une partie croissante de l’opinion considère au contraire que le rétablissement de l’ordre, de l’autorité et des frontières constitue la réponse première à toutes les crises.
Ces deux visions peuvent se nourrir mutuellement.
Plus la société se radicalise à gauche, plus une partie de la population se tourne vers le RN. Plus le RN progresse, plus une partie de la gauche se convainc que la seule réponse possible est la mobilisation et la confrontation.
C’est un cercle vicieux.
Et le centre politique, celui qui devrait précisément permettre de construire des compromis, risque de disparaître entre ces deux forces.
Une société qui ne se parle plus
Le problème français n’est donc pas seulement économique ou budgétaire.
Il est aussi culturel, institutionnel et moral.
Nous ne partageons plus toujours les mêmes références. Nous ne nous faisons plus suffisamment confiance. Nous ne croyons plus spontanément à la parole publique. Beaucoup de citoyens ne pensent plus que l’effort collectif produira nécessairement un avenir meilleur.
La défiance s’est installée.
Défiance envers les politiques.
Défiance envers les médias.
Défiance envers les institutions.
Défiance envers les élites.
Défiance parfois même envers son voisin.
Et dans ce climat, certains responsables politiques ont intérêt à entretenir la colère plutôt qu’à l’apaiser.
Une démocratie ne peut pourtant pas vivre durablement de la colère.
Elle a besoin de désaccords, naturellement. Mais elle a surtout besoin de la possibilité de se retrouver après le désaccord.
Alors, que faire ?
La réponse ne peut être un simple changement de majorité.
Elle ne peut pas non plus consister à attendre du prochain président qu’il règle en cinq ans des problèmes accumulés depuis plusieurs décennies.
La France a besoin d’un nouveau pacte.
Cela suppose d’abord de restaurer l’autorité de l’État : une autorité ferme, mais légitime ; une autorité qui protège sans humilier et qui sanctionne réellement lorsque les règles sont transgressées.
Il faut ensuite reconstruire les services publics autour de quelques priorités essentielles : l’école, la santé, la justice, la sécurité et l’accès aux services publics dans les territoires.
Il faut également retrouver une véritable politique de production : réindustrialisation, innovation, énergie, agriculture, infrastructures et souveraineté technologique.
Et surtout, il faut retrouver une exigence de responsabilité budgétaire. On ne peut promettre davantage de dépenses publiques sans expliquer qui les financera.
Mais cela ne suffira pas.
La question institutionnelle
La crise française est également institutionnelle.
Notre Constitution a permis à la Ve République de traverser de nombreuses crises. Mais elle est aujourd’hui confrontée à une société beaucoup plus fragmentée, à une défiance croissante et à une représentation politique qui peine à traduire la diversité des aspirations françaises.
Faut-il donc imaginer une nouvelle étape constitutionnelle ?
Pourquoi pas.
Non pas pour abolir la Ve République par principe, mais pour réfléchir à ce que pourrait être une VIe République de stabilité, d’autorité et de participation.
Une République qui redonne davantage de poids au Parlement sans rendre le pays ingouvernable.
Une République qui permette une meilleure représentation des citoyens.
Une République qui renforce les mécanismes de démocratie locale et participative.
Une République qui clarifie les responsabilités entre l’État et les collectivités.
Une République qui protège mieux les libertés tout en affirmant clairement les devoirs de chacun.
Bref, une République qui ne demande pas seulement ce que la France peut donner au citoyen, mais aussi ce que le citoyen accepte encore de donner à la France.
Nous n’avons pas besoin d’un sauveur. Nous avons besoin d’un refondateur.
C’est peut-être là que se trouve notre véritable espoir.
Dans les périodes de grande crise, les démocraties cherchent parfois une personnalité providentielle. L’histoire française en a connu plusieurs.
Mais nous ne devons pas attendre un homme providentiel.
Nous devons attendre une vision.
Une personnalité capable de dépasser les appareils politiques, de parler à ceux qui ne votent plus, à ceux qui votent RN comme à ceux qui votent à gauche, aux fonctionnaires comme aux entrepreneurs, aux jeunes comme aux retraités, aux métropoles comme aux territoires ruraux.
Quelqu’un qui ne promettrait pas la revanche d’un camp sur un autre.
Quelqu’un qui dirait simplement : nous ne sommes pas obligés de nous détester pour vivre ensemble.
La France n’a pas besoin d’une nouvelle guerre civile politique.
Elle a besoin de retrouver un horizon commun.
Après des années de confrontation, de réformes inachevées, de crises sociales et de polarisation, notre pays doit maintenant choisir entre deux chemins : poursuivre l’affrontement jusqu’à l’épuisement, ou entreprendre le travail immense de reconstruction du pacte républicain.
Recoudre la France. Restaurer l’autorité. Réhabiliter le mérite. Réparer les services publics. Assainir les finances. Retrouver une ambition nationale. Et, peut-être, écrire une nouvelle page constitutionnelle.
La question n’est donc plus seulement de savoir qui remportera la prochaine élection.
La vraie question est beaucoup plus profonde :
quelle France voulons-nous encore être ?
Jean-Philippe Vigneron
Fondateur du Club Marseille Vision. Je suis passionné par l’avenir de notre ville. N’hésitez pas à partager et commenter, votre participation enrichit cette conversation vers un avenir positif pour notre ville que nous construisons ensemble.
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