Lettre ouverte à Samia Ghali

LA « FAISEUSE DE REINE » ET L’HÉRITIÈRE CARBONISÉE

Billet de blog
par BLeD
le 1 Juil 2020
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Afin de prévenir le "coup d'État" dont rêve la droite pour le conseil municipal de samedi qui va élire la prochaine maire de Marseille, on peut tenter de séduire Samia Ghali en lui rappelant qu'elle se revendique encore "femme de gauche". Ou alors lui parler avec franchise. C'est ce que je me propose de faire.

Madame Ghali,

Je m’adresse à la « faiseuse de reine » dont parlent les journaux depuis dimanche. Vous ne me connaissez sans doute pas, mais on s’est croisés à l’occasion d’une protestation des forains du marché de la Plaine, fin septembre 2018. Ce jour-là, j’ai eu l’impression (dîtes-moi si je me trompe), que vous ne les souteniez que du bout des lèvres, plus comme électeurs potentiels (beaucoup d’entre eux vivent dans les quartiers Nord) que pour les vrais enjeux : quand l’adjointe au maire aux Emplacements, Marie-Louise Lota, déclarait que « le marché de la Plaine c’est fini » et qu’elle ne voulait plus voir en ville les populations que ce marché attire, elle fomentait à la fois une stérile mise en vitrine du cœur de ville et l’aggravation de la fracture Nord-Sud, de la ségrégation territoriale et de la ghettoïsation des cités – sans oublier la perte du gagne-pain de 300 familles.

Mon intuition se base sur certaines de vos prises de position publiques. D’abord votre demande réitérée de l’intervention de l’armée dans les quartiers pour, affirmiez-vous, mettre fin aux règlements de compte entre dealers. Puis votre participation à une marche anti-roms, sous prétexte qu’on ne peut pas « rajouter de la misère à la misère ». En vous voyant caresser la haine dans le sens du poil (les Roms seraient forcément des voleurs, sales, pas intégrables…), je me suis souvenu de ma grand-mère qui disait qu’elle ne voulait pas entendre de propos racistes chez elle, « parce que ce qu’on dit sur les Arabes aujourd’hui, on le disait hier de nous les Italiens ». Ma grand-mère était peut-être plus à gauche que vous, Mme Ghali. Et je crois bien qu’elle votait socialiste.

Mais parlons du présent.

Il paraît que vous tenez le sort de Marseille entre vos mains. Ou vous soutenez l’héritière carbonisée de M. Gaudin ou vous faites basculer la balance dans le sens des urnes, à gauche. Vous avez sans doute plusieurs raisons de parier sur le statu-quo : pour garantir votre siège au sénat ; et pour vous assurer que certaines pratiques clientélistes soient passées sous silence, puisqu’elles sont communes au guérinisme et au gaudinisme – ah ce bon vieux système des « 3 G + FO », en vigueur depuis 70 ans pour barrer la route au « péril rouge », aux « chars russes » et au « coup d’État à la cubaine » ! Mais dites-moi, Mme Ghali, qui aujourd’hui s’apprête à perpétrer un « coup d’État » contre la volonté populaire ? La bande à Vassal et ses pratiques électorales douteuses.

Si vous vendez vos voix à ces gens-là, on va vous voir sur la photo. Vous ferez partie du portrait nu et cru d’un système finissant, qui tremble fortement sur ses bases depuis l’effondrement des immeubles de Noailles – 8 morts, 8 de nos voisins sous les décombres + Zineb Redouane, cette vieille dame tuée par un tir tendu de grenade lacrymogène. Quel sentiment d’impunité et de toute-puissance ennivrerait alors l’héritière, si malgré l’abandon et le mépris qu’elle a eu pour cette ville et ses gens, elle se maintenait au pouvoir à la mairie, à la métropole et au département ! Par vengeance, cette dame aigrie et autoritaire ferait payer au prix fort les quartiers qui ont osé lui tenir tête.

Ce faisant, vous participeriez à la dernière bassesse antidémocratique qu’autorise la loi électorale PLM, concoctée en son temps par ce vieux renard de Gaston Defferre, et qui permet, grâce à un suffrage indirect, de marchander en coulisse plutôt que d’écouter le verdict des urnes. Vous vous étonnerez ensuite du taux exponentiel de l’abstention…

Alors si vous n’avez pour ambition que la conservation de votre fauteuil au sénat, rejoignez le clan Vassal. Sinon, si vous avez encore souvenir de la courageuse cité de Bassens où vous avez grandi, faites autrement. Et je le dis d’autant plus aisément que je ne roule pas pour le Printemps Marseillais. Tout au plus apporterait-il une légère respiration, à la Vigouroux, dans l’étouffoir des clientèles locales. Sans doute, coincé entre l’endettement faramineux dont il hériterait et les contrats déjà signés avec les gros requins du BTP, tenterait-il d’au moins assainir les comptes de la ville – comme l’a fait Manuela Carmena à Madrid avant que la droite affairiste ne remette le grappin sur la mairie aux élections suivantes.

À vrai dire, je ne crois pas qu’on puisse construire une ville plus juste, vivante et populaire, en accord avec son histoire méditerranéenne, depuis une institution par nature immobiliste. Je crois plutôt à la capacité des quartiers à échapper peu à peu aux réseaux clientélaires des élus et à construire, en une fédération fraternelle et horizontale, un contre-pouvoir de type communal. Mais cela bien sûr vous est complétement étranger, madame. Faites donc en conscience, s’il vous en reste encore un peu.

Cordialement,

Bruno Le Dantec

(journaliste-écrivain précaire et habitant de la Plaine)

 

 

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