IL NE S’AGIT PAS JUSTE DE FAIRE, MAIS DE FAIRE JUSTE

Billet de blog
le 8 Avr 2020
9

Monsieur Moraine, maire du 4e secteur, a pris l’initiative de mettre en place un centre de dépistage à la mairie de Bagatelle, déclarant dans LA PROVENCE du 8 avril 2020 « je préfère l’action risquée à la passivité assumée ».

Il reconnaît que son initiative face à cette crise sanitaire et sociale est “une action risquée”, et déplore “la passivité assumée”, alors que la mairie centrale et les autres collectivités sont pourtant gérées par sa famille politique.

 L’ACTION RISQUÉE

L’efficacité de cette action sera limitée puisqu’elle ne permet pas de savoir si une personne a contracté le virus quelques semaines auparavant et si elle est immunisée. Seul un test sérologique peut répondre à cette question.

Son rôle dans un futur processus de déconfinement est en conséquence peu important, seuls les gens infectés au jour du dépistage pourront être considérés ultérieurement immunisés. Ce test permet simplement de déterminer si des personnes présentant des symptômes (toux, fièvre, fatigue…) et positives pourront et devront être prises en charge par les services sanitaires.

Plus encore, la mairie de Bagatelle est mal desservie en transports en commun, seul un faible nombre de personnes pourra y être dépisté et ce dans un rayon très limité, alors que le 4e secteur est beaucoup plus étendu.

Monsieur Moraine a donc raison d’indiquer prendre des risques en réquisitionnant sa mairie et en poussant au déconfinement une partie des agents et de la population pour faire des tests qui ne sont pas les plus utiles, et à peu de gens en définitive.

Pour autant, nous nous réjouissons pour les quelques centaines d’habitant.e.s qui vivent à proximité de la mairie, qui pourront s’y rendre pour être dépisté.e.s et traité.e.s.

LA PASSIVITÉ ASSUMÉE

En parlant de “passivité assumée”, Monsieur Moraine met en avant l’absence de coordination au niveau municipal et métropolitain depuis le début de cette crise, qui plonge une grande partie des marseillaises et marseillais dans une détresse insupportable.

En effet, cette initiative isolée, non coordonnée, met aujourd’hui en lumière tout ce dont souffre notre ville depuis des années.

Tout d’abord un clientélisme assumé et exacerbé, si ancré qu’il apparaît aujourd’hui complètement normal pour ceux qui veulent succéder à Monsieur Gaudin  de privilégier pour leur compte un des arrondissements les plus aisés de la ville, celui qui a le plus de facilités à respecter le confinement en ayant par exemple la plus faible moyenne de nombre de personnes par pièce.

Ensuite une absence totale de réflexion globale, pour permettre une coordination efficace sur l’ensemble de la ville, avec un véritable maillage de dépistage, dans tous les quartiers, par des structures adaptées à l’accueil de public, en prenant en compte les spécificités de chaque quartier, au niveau de sa densité, de sa richesse ou de sa moyenne d’âge, pour être au plus proche de chacun.

Comment penser que face à une crise d’ampleur mondiale, et dans un contexte de pénurie de tests, l’échelon de la mairie de secteur, c’est à dire le plus petit échelon de notre administration, soit le plus pertinent ? que le repli et la débrouillardise locale soient la solution, sans coordination d’ensemble, à l’échelle de toute la ville, pour toute la population marseillaise ?

Cette réflexion globale étant également absente au niveau de la métropole ou du département, les maires des différentes communes alentour doivent faire face à cette crise sanitaire, économique, humaine, sans l’aide de ces collectivités. Elles sont pourtant présidées par celle qui entendait devenir maire de Marseille, et qui en est réduite aujourd’hui à privilégier les électrices et les électeurs du 6e et 8e arrondissements pour essayer de sauver une mairie de secteur.

Enfin cette opération de communication a pour objet également de détourner l’attention de l’incurie et l’impéritie de la ville dans tous les autres domaines, et notamment de l’attention dont elle doit faire preuve à l’encontre de ses citoyen.ne.s les plus fragiles.

Dans cette ville aujourd’hui des adultes, des enfants, des nourrissons ont faim depuis trois semaines, et doivent s’en remettre au courage et à la volonté du réseau d’entraide marseillais pour leur venir en aide, chaque jour, parce qu’ils font face au silence de la mairie de la métropole, du département.

Les mineurs isolés eux aussi sont aujourd’hui comme hier abandonnés dans des squats ou dans la rue, comme le dénonce Médecins sans frontières, alors qu’ils relèvent de la responsabilité du Conseil départemental.

Si les enfants des soignant.e.s sont accueillis à l’école, la garderie du matin et celle du soir ont été supprimées et les familles doivent fournir le pique-nique car la ville a supprimé la cantine.

 LA POSITION DU PRINTEMPS MARSEILLAIS DU 6/8 ET SES PROPOSITIONS

La crise que nous traversons met en lumière comme jamais les inégalités sociales et territoriales que le Printemps Marseillais ne cesse de  dénoncer. Il ne s’agirait pas que les solutions apportées accentuent ces inégalités.

Après 3 semaines de confinement, nous savons maintenant qu’une partie des habitant.e.s de Marseille vit une situation de précarité extrêmement difficile. Ne pas traiter ces problèmes équivaut à laisser des cicatrices qui seront difficiles à résorber.

Cette tribune n’a évidemment pas pour objet de dénoncer ceux qui prennent des initiatives, mais de souligner la nécessité de faire plus, beaucoup plus.

Concernant la coordination des acteurs, nous avons noté les avancées avec la mise en place d’un comité d’action  à partir du 9 avril.

Nous  demandons à la mairie de réaliser la coordination dont notre ville a besoin aujourd’hui, c’est à dire une coordination juste et raisonnée, à l’échelle des enjeux.

Cette coordination doit nécessairement s’effectuer dans un cadre large. La composition de cette instance doit inclure l’ensemble des acteurs au service du plus grand nombre, en tenant compte de tous les problèmes, directs et indirects, engendrés par cette pandémie : c’est la seule manière d’arriver à prendre en charge les problèmes de nos concitoyen.ne.s dans ces moments de doute et d’inquiétude.

Concernant les tests de dépistage, nous proposons une solution égalitaire et publique :

D’une part, la répartition équitable des réactifs nécessaires sous le contrôle de l’ARS, de la préfecture et de la mairie dans tous les centres qui devront être mis en place dans chaque quartier,

Et d’autre part, la répartition des missions de dépistage pour les laboratoires de ville de manière homogène par l’ARS, de la même façon qu’elle pilote le dispositif des pharmacies de garde afin d’assurer un maillage territorial cohérent. Certains laboratoires pourront se spécialiser sur le dépistage du COVID, quand d’autres seront affectés au suivi des patient.e.s plus sensibles (maternité, cancers, pathologies diverses…).

 

Le Printemps Marseillais a pour objectif l’unité de notre ville, du Nord au Sud, quelles que soient les différences sociologiques, ainsi que la prise en compte des plus démuni.e.s et des plus vulnérables.

Assister à ce genre d’initiative sur notre secteur ne nous fera jamais oublier cet impératif de solidarité envers tous, quel que soit son secteur de résidence.

A l’heure où s’annonce une crise économique profonde, Le Printemps Marseillais refuse que la voix de Marseille soit celle de la division, du repli sur soi, des égoïsmes locaux, du renforcement des inégalités et de la misère.

Le Printemps Marseillais, qui a lancé sa plateforme des solidarités, est aux côtés des Marseillaises et des Marseillais. Sans relâche, il contribuera à l’immense effort collectif pour relever la ville de cette crise.

Le Printemps Marseillais préfère pour sa part l’action concertée et coordonnée à la passivité et au clientélisme assumés.

Marseille ne devra plus jamais offrir ce spectacle, indigne de la deuxième ville de France.

Olivia Fortin et l’équipe du Printemps Marseillais du 6.8

 

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

  1. Olbi1 Olbi1

    Espérons qu’au plus vite possible chacun recouvre ses esprits et que les bonnes volontés se coordonnent pour sortir de cette crise …

    Signaler
  2. Annnieday Annnieday

    Une réponse responsable et de bon sens

    Signaler
  3. Brallaisse Brallaisse

    Les crises ont un avantage et un seul , celui de faire ressortir la vraie nature des gens et leurs caractères profond.
    La crise que nous traversons confirme l’égoïsme, le cynisme, le clientélisme et la politique ségrégationniste de l’équipe Vassal et de Moraine .
    Le matamore de Bagatelle (c’est tout dire) qui soit disant assume ses risques( quels risques d’ailleurs) en poignardant dans le dos sans vergogne Gaudin,dont il a léché les pieds pendant des années.
    Pitoyable personnage.que ce Moraine , les crises révèlent la vraie nature des gens , vous disais je plus haut.
    Ce qui nous sert de maire à un grand plaisir , celui de mettre sa queue de pie , sa grande écharpe et sa collection de breloques. Nous avons une caricature du politique de la IVe voire de la III e.
    Son credo la politique politicienne pour la politique politicienne avec son lot de coups tordus, de trahisons, de mensonges et des engagements jamais tenus.
    Homme malin sans doute mais pas intelligent.
    Malin pour se faire élire , ce qui est son but ultime, mais pas intelligent ni compétant pour diriger une ville qui est aujourd’hui totalement à la dérive .
    Alors au milieu de la tempête , il crée une commission de politiques en espérant sauver la situation par la combine politicienne.
    On n’achète pas un virus comme l’on achète un syndicat. Les crises révèlent la vraie nature des gens , vous disais je plus haut. Je parlerais pas du reste de l’équipe , un niveau frisant le zéro absolu.
    Madame Fortin , votre contribution est intéressante, elle rappelle et souligne les carences, les incompétences de cette équipe de bras cassés , mais qui a un certain savoir faire pour profiter de cette ville et en tirer nombres avantages au détriment de beaucoup de Marseillais et ceci de façon assumée avec le lamentable « m’en fouti » de Gaudin.
    Cet exposé résume bien le tableau actuel de notre cité, du moins dans sa première partie.
    Concernant la deuxième , je suis plus dubitatif , votre discours électoral m’ennuie , non pas dans son contenu qui est évident et qui coule de source et qui enfonce même quelques portes ouvertes face à la situation actuelle. Cette dernière partie n’avait pas place dans votre exposé, ce n’était ni le moment , ni le lieu .
    Voyez la politique au raz des pâquerettes est ce qui tue cette ville.
    Les crises révèlent la vraie nature des gens , vous disais je plus haut.

    Signaler
  4. Latécoère Latécoère

    Je suis heureux que vous preniez la parole Mme Fortin. Je suis étonné que vous (Le printemps Marseillais) le fassiez si peu. Les marseillais savent qu’ils n’ont rien à attendre de l’équipe Gaudin et de ses héritiers, l’initiative indécente de Mr Moraine au cœur des beaux quartiers en apporte la confirmation. Mais depuis le début du confinement on a l’impression que le Printemps Marseillais a cessé d’exister : de rares appels aux autorités en place et une carte des solidarités qui fait de la peine (23 actions solidaires sur toute la ville !?). En ces temps de crise on espérait plus. Beaucoup plus. Où sont les actions marquantes et concrètes du mouvement ? Qui fait entendre sa parole ?
    A Marseille nous avons l’expérience d’élus sommeillant à la mairie, ne vous placez pas dans cette continuité.
    Réveillez-vous ! Le printemps c’est maintenant !

    Signaler
    • Brallaisse Brallaisse

      Cher LATECOERE , je vous offre cette strophe de Sully Prudhomme qui va susciter réflexion et méditation chez vous en référence à votre dernière phrase:

      « Ce beau printemps qui vient de naître
      A peine goûté va finir ;
      Nul de nous n’en fera connaître
      La grâce aux peuples à venir »

      Extrait de « Printemps oublié »/Stances et Poèmes

      Signaler
  5. barbapapa barbapapa

    Oui, j’approuve. Je trouve indigne cette histoire de tests à Bagatelle, et nos territoires ont besoin d’actions coordonnées.

    Signaler
  6. Electeur du 8e Electeur du 8e

    La mairie « gère » la crise sanitaire comme elle « gère » la crise du logement indigne : avec retard, insensibilité et paresse. Elle « découvre » que des gens sont en difficulté – au point de crever de faim – en raison du confinement comme elle a « découvert » l’existence du logement insalubre ou dangereux en novembre 2018 ; elle installe au coeur des beaux quartiers un centre de dépistage peu utile comme elle y a dégusté des chocolats au moment même où les pompiers recherchaient les corps de la rue d’Aubagne. Mairie indigne.

    Signaler
    • Brallaisse Brallaisse

      Vous comprenez pourquoi maintenant lors de l’année Marseille capitale de l’inculture ( Le MUCEM ce n’est pas la mairie, le Musée Regards de Provence ce n’est pas la mairie, en revanche les moutooons c’est eux) ils n’ont pas invités IAM . Fou , mais pas inconscient le Gaudin , car se trouver à écouter Akhenaton en train de chanter  » Nés sous la bonne étoile », faut pas exagérer.

      Signaler
    • julijo julijo

      je partage….
      avec une immense envie de gerber.
      Bravo au printemps marseillais et à olivia fortin qui ne lachent rien.

      Signaler

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire