Faim de jazz !

Idée de sortie
le 28 Fév 2020
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Le jazz phocéen se porte bien. La preuve : le jeune contrebassiste Adrien Coulomb sort un album d’une élégance rare et d’une authenticité qui ne l’est pas moins. Au service du collectif plus que de son instrument (sur lequel il fait montre d’une ample sonorité, à la fois boisée et très actuelle), il convie ses compères et les publics à un banquet musical en gourmand assumé.

Il avoue volontiers que c’est le saxophoniste Pascal Aignan, rencontré comme les autres musiciens présents sur le disque à l’Institut Musical de Formation Professionnelle de Salon-de-Provence (l’école qui forme des générations de jazzmen et women d’excellence), qui lui a suggéré de remonter un quintet avec des camarades de promotion. Plus encore, il précise que le gang a fourbi ses velléités de liberté sur les planches de l’atelier de free-jazz et de musiques improvisées de la MJC de Martigues.

« Chacun prend plus de risque et y met sa couleur », concède-t-il. De fait, à la sensibilité du sax s’adjoint la précision poétique du trompettiste Sylvain Avazeri pour un jeu en section de cuivres qui fleure bon l’esthétique Blue Note, sans dédaigner quelques incursions spirituelles lorgnant volontiers vers Coltrane notamment, à l’occasion de chorus émouvants. Avec un pianiste qui sait faire preuve d’un grand sens de l’économie avec quelques incursions bop d’excellence (Ludovic Pradarelli), ainsi qu’un batteur au son confondant de naturel (Julien Heurtel), le contrebassiste se révèle ici en leader… sans pouvoir !

Il a veillé dans ses compositions à offrir des « terrains de jeu » aux autres musiciens, leur offrant des espaces d’expression rares sous nos latitudes provençales, issues d’une longue camaraderie musicale. Tissant des canevas harmoniques souples et denses, aux rebondissements parfois inattendus, il privilégie l’interaction et cherche à tirer le meilleur des improvisateurs à ses côtés. Il reconnaît néanmoins avoir eu « quelques suées » lors de l’enregistrement de l’album au Studio-B de Fuveau. Aux manettes, le pianiste Lionel Dandine s’avère un excellent producteur, respectant le cahier des charges d’un ensemble voué à l’improvisation, conférant au disque un côté « artisanal » d’excellence, restituant un côté « workshop » façon Charles Mingus.

« Même si le côté “ça tourne” insinue un doute assez irrationnel », avoue Adrien Coulomb. Concédant une appétence pour les « mélodies simples, ne dépassant pas dix notes », il réfute toute intention de disque valorisant uniquement son instrument mais, au contraire, cherche à propulser le groupe dans l’univers de ses compositions, dont la simplicité est gage de sincérité. Le choix d’un graphisme « enfantin » pour la jaquette ressort d’une intention artistique similaire. Signée Olivier Durand, graphiste arlésien dont il avait apprécié le travail sur des films d’animation, celle-ci donne à son quintette des atours d’une bande de garnements dépenaillés et affamés.

Car oui, ce groupe a faim de jazz et donne envie de se resservir jusqu’à s’en faire exploser la panse. À Table, donc !

Laurent Dussutour

Dans les bacs : Adrien Coulomb 5tet – À Table
Rens. : www.facebook.com/adriencoulomb5tet/

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