[En allant aux Catalans] Ouverture

Billet de blog
le 14 Juil 2026
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L'écrivain et sociologue José Rose fréquente assidûment la plage des Catalans. Il y a glané quelques scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes, qu'il relate en dix épisodes.

Photo : José Roze
Photo : José Roze

Photo : José Roze

Ah, Les Catalans ! C’est régalant, les Catalans. Ça donne de l’allant, de l’élan, les Catalans. Alors, bienvenue aux Catalans, LA première plage de la Corniche, à deux grands pas du Vieux-Port. Lieu de détente et d’observation, de vie aussi, de vies séparées et partagées. Habitués ou égarés, adeptes de la baignade ou du farniente, sportifs ou éméchés, solitaires ou en tribu : chacun trouve ici sa place.
Des publics variés se succèdent ainsi au fil du jour et des saisons et il suffit de tendre les oreilles et les yeux pour que surgissent des scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes. En voici quelques-unes glanées au fil du temps et saisies comme des instantanés, des saveurs fugaces, des miettes de vie, des galets polis, des bois flottés.

En été, la plage des Catalans ouvre à sept heures et une vingtaine de personnes attendent devant le portail clos. Elles piaffent, se reconnaissent, échangent de brefs bonjours, s’interrogent sur la température de l’eau et se projettent déjà dans le bain à venir. Sur la plage, les employés de la voirie achèvent le nettoyage, pincent les papiers d’emballage de sandwichs et les mégots pourtant interdits, s’arrêtent, regardent l’horizon et reprennent leur tâche. D’autres terminent le ratissage du sable et laissent derrière eux de fines traînées régulières comme dans les jardins japonais, tandis qu’une jeune femme, maillot de bain orange, accoste avec son canot noir liseré orange, et semble attendre un compagnon de rame.

À l’heure dite, le portail s’ouvre automatiquement, plus besoin de préposé il suffit de pousser. Les baigneurs descendent aussitôt les escaliers à grands pas ou en se tenant à la rambarde et se disséminent sur la plage vide et encore largement dans l’ombre. Le flot renouvelé des plagistes se poursuivra ainsi jusqu’au soir. Comme des vagues incessantes. Et les escaliers se couvriront de sable tandis que des flaques s’étendront au pied des douches et des poubelles débordantes.

À huit heures, une centaine de personnes sont dans l’eau, un peu moins sur la plage, tandis que les matinaux sont déjà sous la douche. Il a fait chaud cette nuit dans les appartements. La zone ensoleillée est bariolée de serviettes de bain et d’amoureux du soleil et de ses coups. Les plus anciens se souviennent que cette plage a longtemps été privée (privée de tous, quoi) et il a fallu attendre 2001 pour qu’elle redevienne publique, gratuite et ouverte de 8h à 20h toute l’année.

Puis en 2020, c’était le début du Printemps, on élargissait l’amplitude qui passait de 7h à 22h en semaine et la nuit en week-end. Le test s’est prolongé depuis, à la satisfaction quasi générale. Et les optimistes, les amoureux du service public, les utopistes se prennent parfois à imaginer que les services municipaux, bibliothèques et musées par exemple, en prennent de la graine.

 

José Rose

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