[En allant aux Catalans] Joueurs de volley
L'écrivain et sociologue José Rose fréquente assidûment la plage des Catalans. Il y a glané quelques scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes, qu'il relate en dix épisodes.
Ah, Les Catalans ! C’est régalant, les Catalans. Ça donne de l’allant, de l’élan, les Catalans. Alors, bienvenue aux Catalans, LA première plage de la Corniche, à deux grands pas du Vieux-Port. Lieu de détente et d’observation, de vie aussi, de vies séparées et partagées. Habitués ou égarés, adeptes de la baignade ou du farniente, sportifs ou éméchés, solitaires ou en tribu : chacun trouve ici sa place.
Des publics variés se succèdent ainsi au fil du jour et des saisons et il suffit de tendre les oreilles et les yeux pour que surgissent des scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes. En voici quelques-unes glanées au fil du temps et saisies comme des instantanés, des saveurs fugaces, des miettes de vie, des galets polis, des bois flottés.
Venez donc aux Catalans et installez-vous contre la rambarde en surplomb de la plage. Le spectacle est gratuit et souvent régalant. Il faut voir ces habitués bronzés musclés élancés qui courent et sautent et plongent au rythme des échanges et sur un grand terrain — 8 mètres sur 16 je crois — qu’il faut couvrir à trois, parfois même à deux ! Hommes et femmes souvent mêlées, âges variables et tous avec la même détermination, quelle que soit la saison.
Les corps sont sveltes mais il y a aussi des enveloppés qui compensent leur relative inertie par une technique à toute épreuve et une vista qui décourage les jeunes prétentieux. Un petit amorti derrière le filet et voici le mur de bras impuissant, un bon retour dans la lucarne et le défenseur se retrouve le bec dans le sable. Mains tendues et ouvertes pour la passe, poignets rapprochés pour la récupération près du sol, main jetée au plus loin pour sauver le ballon juste avant le rebond, envoi au millimètre et propulsion du smasheur qui frappe sèchement la balle, manchette défensive, ruses et petits coups en douce, frappes de malade, repérage de la zone inaccessible : l’éventail des coups est large.
Et la bande-son nourrie : cris de joie après un coup gagnant, bruits secs des services tendus, cris rauques des balles perdues et frappe sur les mains des partenaires après chaque point gagné ou perdu, façon de faire corps avec ses partenaires et d’entretenir la souplesse des paumes. Prévoir éventuellement des casques d’insonorisation ou une musique d’accompagnement paisible.
Ce matin, deux hommes préparent les terrains. La banderole “Tournoi de mai : vibrez avec nous” est toujours là et l’on prépare celui de juillet. Mais, pour l’instant, il y a un problème de clé et de balai mal rangé et ma curiosité de voyeur-scripteur les intrigue. Vous faites quoi ?, me dit l’un d’eux en se penchant sur mon calepin… Je me promène, je regarde… Mais vous écrivez quoi ? Quelques notes… Et pourquoi vous prenez des photos ? Je suis touriste et curieux… Vous êtes qui ? Et vous ? Vous travaillez ici ? Je travaille pas, monsieur, je suis bénévole. Il s’éloigne en sifflotant et rejoint son collègue qui râle car il ne se souvient plus du code d’entrée sur les terrains. Un peu plus tard, ils seront rejoints par une armada de balayeurs-pelleteurs, d’installateurs de bandes délimitant les terrains, de mesureurs de hauteur de filet, tous membres actifs du club volley-ball des Catalans. Ça va claquer !
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