[En allant aux Catalans] Embrouilles

Billet de blog
le 23 Juin 2026
0

L'écrivain et sociologue José Rose fréquente assidûment la plage des Catalans. Il y a glané quelques scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes, qu'il relate en dix épisodes.

[En allant aux Catalans] Embrouilles
[En allant aux Catalans] Embrouilles

[En allant aux Catalans] Embrouilles

Ah, Les Catalans ! C’est régalant, les Catalans. Ça donne de l’allant, de l’élan, les Catalans. Alors, bienvenue aux Catalans, LA première plage de la Corniche, à deux grands pas du Vieux-Port. Lieu de détente et d’observation, de vie aussi, de vies séparées et partagées. Habitués ou égarés, adeptes de la baignade ou du farniente, sportifs ou éméchés, solitaires ou en tribu : chacun trouve ici sa place.
Des publics variés se succèdent ainsi au fil du jour et des saisons et il suffit de tendre les oreilles et les yeux pour que surgissent des scènes cocasses, anecdotiques ou plus signifiantes. En voici quelques-unes glanées au fil du temps et saisies comme des instantanés, des saveurs fugaces, des miettes de vie, des galets polis, des bois flottés.

Deux hommes en bermuda se font face. Deux coqs. L’un, eau jusqu’à la taille, porte un chapeau de paille et tient serrée dans ses bras une jeune fille. L’autre, chevilles à peine trempées, est seul et très énervé à son encontre. À l’évidence, il le cherche, fait des gestes emportés pour l’enjoindre à sortir de l’eau afin qu’ils s’expliquent, comme on le ferait entre collégiens genre tar’ ta gueule à la récré. Le ton monte mais l’homme au chapeau reste impassible et entend bien le montrer à son amie blottie devant lui. L’autre cherche un soutien, un assentiment, se retourne vers une femme, la sienne sans doute, assise sur une serviette bariolée avec un enfant jouant près d’elle.

Le litige est sans doute là. Des peccadilles, peut-être le jet inopiné de sable que l’enfant aurait reçu dans les jambes ou les yeux au moment du passage des amoureux. Et cela a suffi au père — en plus, ce connard ne s’est même pas excusé — pour qu’il cherche la bagarre. Et c’est plus facile de laisser parler les mains quand l’honneur est en jeu. Un agent de la police municipale, si l’on en croit sa carrure et l’inscription sur son tee-shirt bleu clair, intervient aussitôt, sépare avec fermeté les deux coqs, les éloigne, tente de calmer le plus vindicatif. L’autre ne bouge pas, faisant bloc avec la jeune fille adossée à son poitrail. L’homme en colère s’éloigne à contrecœur, rejoint sa femme en faisant de grands gestes de colère dépitée et va vers le ponton sans quitter de son regard noir l’homme au chapeau et en continuant ses éclats de voix.

Non loin de là, un homme, larges épaules et tatouages maoris, a vu la scène et rattrape l’énervé pour lui expliquer calmement mais avec fermeté — il semble en connaître un rayon— que la colère est inutile, qu’il faut savoir laisser tomber quand le conflit n’en vaut pas la peine. S’il avait les mots, l’homme en colère répondrait sûrement en parlant de respect, d’arrogance, de fierté, mais il a juste des cris et une obsession. Une dame plutôt âgée et qui semble connaître l’exaspéré, le rejoint bientôt et s’adresse à lui mais, au vu de ses grands gestes de bras et de son visage déchiré, on ne sait si c’est pour le calmer ou l’exciter.

Pendant ce temps, l’homme au chapeau reste dans l’eau, immobile et satisfait, comme en attestent le léger balancement de son corps et le sourire admiratif de la jeune fille. Et l’agent s’éloigne d’un pas tranquille en quête de nouvelles bisbilles.

 

Commentaires

Rejoignez-la communauté Marsactu pour, vous aussi, contribuer au débat local. Découvrez nos offres


ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire