DE L’ANIMATION CANTINE A L’ANIMATION GLOBALE

Billet de blog
le 1 Mar 2026
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DE L’ANIMATION CANTINE A L’ANIMATION GLOBALE
DE L’ANIMATION CANTINE A L’ANIMATION GLOBALE

DE L’ANIMATION CANTINE A L’ANIMATION GLOBALE

(Photo JR Inside Out Project https://www.insideoutproject.net/fr/explore/photobooth/marseille)

Par le Collectif des écoles de Marseille

Les chiffres que nous avançons proviennent de l’appel d’offres municipal de 2023 relatif à l’animation périscolaire (triste appel à la concurrence qui sera relancé par deux fois). L’annexe mentionne les effectifs de rationnaires école par école. Au total, 42 353 enfants sont concernés.

À partir de ces données officielles, nous avons appliqué un ratio simple : un animateur pour vingt enfants, calculé établissement par établissement, avec arrondi à l’entier supérieur. Le résultat est sans ambiguïté : environ 2 290 animateurs seraient nécessaires pour assurer cet encadrement sur la pause méridienne. Le dispositif en prévoyait environ 520. L’écart est donc de l’ordre de 1 770 adultes.

Ce ratio de 1 pour 20 ne prétend pas organiser à lui seul toute la politique éducative municipale. Il constitue un socle minimal de cohérence au regard des effectifs déclarés par la Ville elle-même. Il doit être consolidé par les personnels déjà présents dans les écoles, à condition que leur rôle soit clarifié et respecté.

En maternelle, cela suppose que les ATSEM puissent enfin exercer pleinement leur mission sur le temps scolaire et prendre leur pause sur le temps méridien, et non plus quitter la classe en fin de matinée pour préparer la cantine et prendre leur pause déjeuner, un encadrement d’animation correctement dimensionné qui permettrait de sécuriser le temps méridien sans désorganiser le temps pédagogique, et s’assurer que les ATSEM soient présentes sur l’intégralité du temps de classe.

En élémentaire, la présence d’agents d’entretien en surveillance sur le temps du midi n’est pas la conséquence d’un manque ponctuel d’animateurs. C’est un choix organisationnel ancien, mis en place sous les années Gaudin et maintenu depuis. Des agents dont le cœur de métier est l’entretien des bâtiments et la sécurité matérielle assurent ainsi des missions de surveillance, sans qualification spécifique en animation. Personne ne remet en cause leur engagement. Mais ce choix brouille les responsabilités. Un dispositif cohérent permettrait aux animateurs d’assurer pleinement l’encadrement éducatif, tandis que les agents d’entretien pourraient se concentrer sur leur mission essentielle : garantir des locaux sûrs, entretenus, protecteurs du bien-être des enfants avec tout le potentiel affectif dont ces agents font preuve à l’égard de nos enfants. Comme cela se fait normalement dans des milliers de communes en France.

La question budgétaire mérite d’être posée sans dramatisation.

Si l’on retient un coût horaire moyen d’environ 20 euros charges comprises par animateur, et si l’on prend l’hypothèse de deux heures d’intervention par jour, correspondant au seul temps de la pause méridienne,  sur quatre jours par semaine et trente-six semaines scolaires, le calcul est simple :

2 290 animateurs × 2 heures × 20 € × 4 jours × 36 semaines.

Soit 13 190 400 euros par an, à comparer au milliard et demi de budget annuel de la ville.

Ce chiffre est un ordre de grandeur technique fondé sur des hypothèses simplifiées. Il ne tient pas compte des redéploiements possibles, des mutualisations organisationnelles ni des effets de structure qu’une réforme globale permettrait. Il ne concerne que le temps méridien. Il donne simplement une échelle.

La question est donc politique : la deuxième ville de France considère-t-elle qu’environ 13 millions d’euros pour sécuriser et professionnaliser l’encadrement de 42 353 enfants sur le temps du midi constitue une dépense insoutenable, ou un investissement structurant ?

Mais le débat ne peut pas se limiter à un chiffrage.

En 2020, la majorité actuelle s’était engagée à créer une véritable filière municipale de l’animation. Elle en a eu l’occasion avec le renouvellement du marché du périscolaire et la fin de la DSP des Maisons pour Tous transformées à cette occasions en centres sociaux. L’ambition affichée était de décloisonner les temps de l’enfant, d’articuler périscolaire et extrascolaire, de construire une continuité éducative cohérente.

Dans les faits, le fonctionnement en mode projet des centres sociaux s’est imposé et ce fonctionnement n’a pas simplifié l’organisation. Le renouvellement du marché du périscolaire na été qu’une continuité du système Gaudin. Il l’a fragmentée davantage. Les temps entre animation périscolaire et animation extrascolaire restent disjoints : pause méridienne, périscolaire du soir, mercredis, centres aérés. Les opérateurs varient. Les financements fluctuent. Les équipes changent. Les enfants passent d’un intervenant à l’autre sans continuité réelle comme sous Gaudin. Les contrats des animateurs s’enchaînent entre plusieurs dispositifs, sans possibilité de consolider en contrats pérennes mieux valorisés.

Un métier est en tension lorsqu’il est précaire, morcelé, instable. On ne résoudra pas la difficulté de recrutement sans structurer des parcours professionnels solides. Marseille a la capacité technique, administrative et financière de devenir une référence nationale en matière d’animation globale. Encore faut-il assumer une réforme des pratiques ancestrales marseillaises liées aux associations d’éducation populaire.

Le financement en mode projet constitue, par ailleurs, un risque majeur de clientélisme. Rien, vraiment rien aujourd’hui, ne permet d’écarter clairement ce risque. Et franchement, voir le nom du directeur de la plus importante association d’éducation populaire des Bouches-du-Rhône sur une liste aux municipales ne nous rassure en rien. Lorsque les financements dépendent d’arbitrages successifs, de dossiers à déposer, de priorités évolutives, l’équilibre devient politique, autant que technique alors que l’intérêt général exige de la stabilité, de la lisibilité et des règles claires, sans compter sur le dévouement des structures qui se transforment en bureaux de rédactions de réponses d’appels à projet et de rapports d’activité de projets passés.

Certes, les centres sociaux des quartiers prioritaires ont bénéficié de dotations renforcées, ce qui est légitime au regard des besoins sociaux. Mais d’autres structures rencontrent désormais de sérieuses difficultés pour financer leur projet social parce que tout simplement le budget global cumulé des centres sociaux et des anciennes MPT est resté plus ou moins constant, ou tout du moins n’a pas fait l’objet de revalorisation massive depuis six ans, voir dix ans. Les structures ont été transformées, les dispositifs ont été renommés, mais structurellement l’enveloppe budgétaire na pas été transformée, on a dépensé autrement.

Nous attendons d’une ville qui se revendique de gauche qu’elle défende ses agents, ses métiers et le service public dans l’intérêt général de toutes et tous. Défendre ses agents, cela signifie clarifier les rôles entre animateurs, ATSEM et agents d’entretien, et leur permettre d’exercer pleinement leur cœur de mission. Défendre les métiers, cela signifie proposer des parcours consolidés, stabiliser les contrats, investir dans la formation. Défendre le service public, cela signifie sortir d’une logique de fragmentation et de dépendance aux projets pour construire une politique cohérente et durable.

L’animation globale n’est pas un slogan de campagne. C’est un choix d’organisation, un choix budgétaire, un choix de société. L’animation est un marqueur de gauche.

À l’heure des municipales, nous serons attentifs aux propositions concrètes des candidats de gauche sur ce sujet. Les engagements devront être chiffrés, structurés, financés, et assortis d’une réforme claire des modes de financement et de gouvernance.

Il est nécessaire que l’animation globale englobe tous les temps de nos enfants de manière structurée, il faut arrêter avec le système morcelé actuel. Nos enfants des écoles publiques et les professionnels de l’animation méritent autre chose qu’une gestion à flux tendu.

Reste à savoir qui est prêt à l’assumer pleinement. Dans une ville aussi inégalitaire que la nôtre, l’animation globale est un pilier de cohésion sociale, et certainement l’un des meilleurs outils pour lutter contre l’extrême-droite.

C’est sûr que le sujet porte moins que la sécurité, caméras et la police municipale, à suivre…

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