Avec la Cimade, six parlementaires visitent le CRA du Canet
Le centre de rétention du Canet, dans le 14e arrondissement de Marseille. (Photo : CMB)
Guy Benarroche, Manuel Bompard, Marie-Arlette Carlotti, Hendrik Davi, Laurent Lhardy, Marc Pena: six parlementaires des Bouches-du-Rhône se sont rendus au Centre de rétention administrative (CRA) du Canet jeudi 21 et vendredi 22 mai, à l’initiative de la Cimade Sud-Est. Nous souhaitions ainsi mettre en valeur le rapport annuel que la Cimade et quatre autres associations – Forum Réfugiés, France Terre d’Asile, Groupe SOS Solidarités et Solidarité Mayotte présentes dans les CRA – ont publié le 19 mai sur la situation dans ces centres qui, au fil des années, s’apparentent de plus en plus à un système carcéral spécifique aux étrangers, géré non par le ministère de la Justice mais par celui de l’Intérieur.
En visitant le centre du Canet et en assistant aux audiences du tribunal où se décide la prolongation de la rétention, ainsi que de la cour d’appel, les parlementaires et les journalistes présents (Agence France-Presse, Charlie Hebdo, France 3 Provence, La Marseillaise, La Provence, Libération et Marsactu) ont pu constater que les CRA constituent un système à la fois inhumain et absurde.
Rappelons que les CRA sont des lieux d’enfermement dans lesquels l’administration place des personnes étrangères pour organiser leur expulsion. Les personnes qui y sont enfermées – jusqu’à 90 jours- le sont pour des raisons administratives et non parce qu’elles auraient commis un crime ou un délit. Or, selon le rapport, 60,8% d’entre elles sont finalement libérées et non expulsées.
A Marseille, le chiffre est encore plus élevé: 68,1%. Dans ce CRA qui compte 136 places et a vu passer 912 retenus en 2025, seuls 166, soit 21,5% ont été “éloignés”, c’est-à-dire renvoyés dans un autre pays. Un chiffre qui s’explique notamment par le nombre important de retenus algériens que la France est dans l’incapacité de renvoyer en Algérie en raison des tensions diplomatiques entre Paris et Alger.
Si ces faits sont connus, les parlementaires semblent avoir été notamment choqués par:
- Les audiences de la cour d’appel qui se déroulent en visio puisque le juge est à Aix-en-Provence. Le jeudi 21, la liaison était particulièrement mauvaise et selon les députés, le juge et le retenu s’entendaient à peine. “On n’est plus dans un Etat de droit” a conclu un député.
- Au CRA, les “chambres” doubles ressemblent à des cellules. Il n’y a pas d’armoires pour que les retenus rangent leurs effets. L’état des douches et sanitaires est effrayant.
- Nombre de retenus se plaignent de la nourriture. Comme celle-ci n’est pas halal, ils ne mangent que des légumes, peu assaisonnés. Surtout, la violence est endémique, souvent liée au trafic de drogues, reconnaissent les retenus à mi-mots. La directrice du CRA qui dispose de 146 agents (pour 173 attendus) concède que ceux-ci, pour des raisons de sécurité, n’effectuent pas de rondes de nuit.
- Les petites cours où les retenus peuvent se promener sont désormais recouvertes d’un double grillage pour éviter que des drones larguent de la drogue ou des armes mais aussi pour éviter les évasions. Quatre détenus se seraient échappés par les toits avant 2024. Par ailleurs l’accès aux soins reste compliqué. Les retenus ne comprennent pas que certains médicaments anti-douleur soient prescrits en prison mais pas en CRA. Si le médecin du CRA peut estimer que l’état de santé d’un retenu est incompatible avec son maintien en rétention, le dernier mot revient à la Préfecture. Lorsque certains retenus sont emmenés à l’hôpital, ceux-ci restent menottés y compris durant leur hospitalisation. “Quasiment tous les retenus ont un problème de santé. Que celui-ci soit provoqué ou non par la rétention, celle-ci l’aggrave” constate un élu.
- En accompagnant les élus et les journalistes à l’intérieur du CRA, les militants de la Cimade ont pu constater le va-et-vient incessant des anciens retenus assignés à résidence et qui doivent, sur injonction de la Préfecture, pointer une ou deux fois par jour au CRA – dimanche et jours fériés compris- durant trois fois 45 jours. Une mesure qui nuit évidemment à leur vie professionnelle et qui est d’autant plus incompréhensible que la Préfecture, lorsqu’elle demande au juge de prolonger la rétention d’un étranger placé au CRA justifie souvent celle-ci par l’impossibilité de l’assigner à résidence.



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