À LA MÉTROPOLE DE MARSEILLE : LA PRÉSIDENCE ISNARD
Mardi, le 7 avril, Nicolas Isnard, le maire de Salon, a été élu président de la métropole de Marseille, à l’issue d’un vote dont le résultat était attendu. Il a été élu par une majorité considérable. Sur 237 votants, il y a eu 38 blancs et 99 voix pour Nicolas Isnard, le seul candidat déclaré.
Que signifie cette élection ?
L’élection de N. Isnard peut se comprendre de deux manières. D’abord, il s’agit d’un président qui n’est pas le maire de Marseille. Le maire de la « capitale » de la Métropole n’est pas son président. Cela montre que la métropole est assez entrée dans les mœurs politiques de ses élus pour qu’ils ne se sentent pas, en quelque sorte, obligés de porter à leur tête un président marseillais. Cela veut bien dire que la métropole existe au-delà de son chef-lieu et qu’elle concerne l’ensemble de son territoire, l’ensemble des villes qui en font partie. C’est important, car cela veut dire que la métropole se distingue pleinement de la ville-centre, qu’elle devient une identité politique propre, avec se singularité, ses choix, ses projets – ses débats aussi. Nous n’avons plus à discuter la réalité de son existence. On peut encore discuter la légitimité de cette existence, voire son intérêt politique, mais nous n’avons plus à douter de la réalité de son institution : le débat n’est plus là. L’autre signification de cette élection est plus politique. C’est un président de droite qui est élu, mais il l’a été avec les voix de la gauche. Cela veut dire qu’il existe, dans la métropole, trois acteurs politiques, trois identités qui se distinguent et qui vont prendre part, chacune à sa façon au débat public. Le premier acteur du débat est un ensemble curieux, regroupant des représentants membres de la droite libérale classique, puisque N. Isnard fait partie des Républicains, des représentants macroniens, mais aussi des représentants issus de la gauche qui a voté pour N. Isnard – en partie faute d’avoir présenté un candidat, en partie en raison du soutien apporté par le maire de gauche de Marseille, B. Payan, à la candidature du nouveau président élu. Le second est absent : il s’agit des Insoumis qui ont retiré leur candidature à l’élection métropolitaine pour ne pas prendre le risque de voir élu un président R.N. avec le soutien de la droite dure. Enfin, le R.N. est le troisième acteur de cette assemblée métropolitaine, représentant, au sein de l’assemblée, ce que l’on appelle traditionnellement la droite dure, la droite qui revendique l’héritage et la culture des partis fondés sur l’exclusion et la violence politique, comme celui qui s’appelait auparavant le Front National devenu le Rassemblement national (« Front » faisait trop violent) et ses alliés. Au-delà de la personnalité du nouveau président et de son engagement, cette élection montre und nouvelle distribution des rôles au sein de l’assemblée issue des élections municipales de 2026.
Une présidence différente
En 2015, Jean-Claude Gaudin fut le premier président de la Métropole. Martine Vassal lui a succédé en 2018. C’est donc Nicolas Isnard qui lui succède, à son tour. Sans doute peut-on s’attendre à une présidence différente, à une nouvelle façon d’exercer le pouvoir pour l’exécutif issu de cette élection. Élu avec le soutien et les votes de la gauche, Nicolas Isnard ne pourra pas avoir une présidence semblable à celle de Martine Vassal. Il s’agira, sans doute, d’une présidence plus ouverte, et, surtout, plus à l’écoute, plus soucieuse du débat, reconnaissant davantage la nécessité du pluralisme dans une instance réellement démocratique. J’ai assez exprimé mon engagement dans mes chroniques pour qu’il n’y ait pas d’ambiguïté dans mon propos : il ne s’agit pas ici, pour moi, de manifester un soutien empressé à la présidence de Nicolas Isnard, mais il s’agit seulement de constater un changement dans les identités en présence, et, par conséquent, dans la gouvernance de la métropole. Cette gouvernance sera nécessairement ouverte au débat, et c’est le sens de la candidature du nouveau président et de la façon dont il annonce succéder à Martine Vassal. Il ne s’agira pas d’une droite dure et radicale, fondée sur la violence des exclusions et sur la priorité donnée à l’ordre et au fantasme de la sécurité, mais peut-être pouvons-nous espérer que la politique menée par le nouvel exécutif sera davantage soucieuse de l’avenir économique et social de la Métropole et, sur le plan institutionnel, du débat et de l’écoute de contre-pouvoirs. Mais cela implique une responsabilité nouvelle de la gauche. Sous le règne de Marine Vassal, elle s’était, en quelque sorte, habituée au silence ou à une parole limitée à des interventions réduites, sans pouvoir peser sur les choix et sur les décisions. Peut-être cela est-il désormais terminé, et la gauche et la droite devront, de ce fait, apprendre à faire partie d’un exécutif de la Métropole, associées, l’une et l’autre, à des acteurs politiques opposés les uns aux autres dans l’ordinaire classique de la vie politique. Sans doute est-ce là ce que la présidence de Nicolas Isnard devra apprendre et tenter de nous faire apprendre. Mais ne nous trompons pas : cela ne met pas fin à la logique du conflit, constitutive de la vie politique, mais, simplement, elle est déplacée. Au lieu de se manifester après les décisions, elle se manifestera avant, au cours des processus de décision.
L’avenir de la métropole
C’est la grande question qui se pose désormais. Elle avait été, en quelque sorte, mise en sommeil pendant tout le temps où l’on attendait les élections municipales puis la désignation des nouvelles institutions métropolitaines. Mais, cette fois, c’est terminé, la nouvelle métropole va jouer pleinement son rôle et affronter un avenir fragile. On peut citer trois domaines dans lesquels on attend de la nouvelle Métropole qu’elle fasse des choix clairs et que ces choix fassent l’objet d’un débat. Le premier est l’élaboration d’une politique écologique. L’environnement a toujours été négligé, depuis le début de la Métropole, à la fois parce qu’il n’intéressait pas l’exécutif et parce que les élus de la Métropole n’étaient tout simplement pas capables de proposer une politique écologique. Il faut désormais que l’exécutif dirigé par N. Isnard n’oublie pas que l’écologie est devenue une question majeure dans le domaine du politique, et une véritable urgence pour la métropole de Marseille. Deux questions sont à résoudre rapidement : celle des ordures et des déchets et celle de la pollution atmosphérique. L’écologie doit, ainsi, être pensée en termes politiques et non en termes d’outils ou d’instruments de gestion. Le second domaine dans lequel la Métropole dirigée par N. Isnard doit avoir une politique est celui des transports – en grande partie, d’ailleurs, lié à la question de l’écologie. Il faut en finir avec le règne absolu de la voiture particulière, et, pour cela, élaborer une véritable politique métropolitaine des transports en commun, soucieuse à la fois d’efficacité et d’égalité entre les territoires. La question des transports est aussi celle du réseau métropolitain qui doit être reconfiguré, pour éviter que des territoires et des espaces ne soient négligés et pour que le lien soit mieux assuré entre les villes et les autres territoires. Enfin, la Métropole se trouve face à des questions majeures qui concerne l’aménagement. Il s’agit de concevoir une politique d’aménagement de l’espace métropolitain, dans le domaine de l’urbanisme, mais aussi dans celui des territoires qui font partie de la Métropole sans relever d’une politique de la ville. Mais, au-delà, la question de l’aménagement doit prendre davantage en considération le lien, toujours négligé, entre aménagement, fonctionnalité et esthétique. Le nouvel exécutif doit rendre à la métropole le souci de la qualité de ses paysages. Peut-être, pour cela, doit-il reconnaître comme une priorité le lien entre paysages urbains et paysages ruraux qui cohabitent dans l’espace métropolitain, et dont cette cohabitation fait la force.
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