L’ESPACE ET LA GUERRE

Billet de blog
Bernard LAMIZET
11 Août 2019 0

À propos de la mort du maire de Signes

L’ESPACE ET LA GUERRE

Le maire de Signes, dans le Var, Jean-Mathieu Michel, a été tué, lundi dernier, sans doute accidentellement, alors qu’il assurait ses fonctions de maire, en tentant d’empêcher un dépôt de décharge sauvage.

L’environnement devient un motif de guerre

L’espace a toujours été le motif premier de la violence et de la guerre, qu’il s’agisse des conflits entre voisins ou des conflits familiaux autour des propriétés foncières, des conquêtes de pays ou de régions et de l’appropriation des territoires, ou des occupations, ou encore, désormais, de l’environnement et de sa protection. Même si le choc qui a provoqué la mort du maire de Signes n’a pas été intentionnel, cette mort a été causée par la violence d’un choc. Un accident, ce n’est que le nom qui est donné à une violence que l’on subit, sans que personne n’en soit le maître. Peu importent ses modalités, le choc qui a conduit à la mort de J.-M. Michel est un acte de violence, même si ses auteurs ont été dépassés par l’ampleur même de leur acte. C’est que le souci de l’espace et de sa préservation devient un motif d’affrontement. Cela signifie que la protection de l’environnement, qui fait partie, sans doute depuis toujours, des fonctions d’un maire, est devenue une activité politique tellement essentielle qu’elle devient une source d’affrontements qui peuvent, ainsi, conduire jusqu’à la mort. Une fois de plus, nous nous trouvons devant la confirmation de ce que l’écologie a commencé à dire il y a maintenant plusieurs décennies en devenant un engagement politique : l’environnement est en danger et sa protection est devenue une urgence. Cette urgence a pris la forme, à Signes, d’un véritable acte de guerre : même s’il ne s’agit pas d’un acte intentionnel même si les auteurs de cet acte n’ont pas pris la mesure de ce qui se passait, l’environnement devient un motif de ce que l’on peut appeler une guerre inconsciente. C’est pourquoi il est devenu un des éléments majeurs de l’engagement politique.

L’urgence et l’environnement

C’est bien pourquoi la préservation de l’environnement devient une véritable urgence. Pour donner toute sa dimension à l’événement de Signes, il faut le situer dans un contexte plus large. En effet, le dépôt de gravats dans une décharge sauvage n’est que l’une des formes que prend, aujourd’hui, la dégradation de l’espace causée par les activités des hommes et par leur irresponsabilité. Cette expression, « décharges sauvages », désigne des activités sauvages, c’est-à-dire des actions qui échappent à la loi, c’est-à-dire à la culture et à la vie sociale. Mais s’il y a urgence, c’est que les formes que prennent aujourd’hui ces atteintes à l’environnement, à l’espace dans lequel nous vivons, à l’espace de nos sociétés, sont devenues tellement multiples qu’elles finissent par nous dépasser. Les décharges sauvages ne sont que le prolongement des constructions elles-mêmes sauvages qui dégradent l’environnement des villes, des pollutions industrielles qui détruisent peu à peu l’espace dans lequel nous vivons, des formes de l’appropriation de l’espace par des acteurs irresponsables qui ne prennent pas la mesure des conséquences de ce qu’il faut bien finir par appeler leurs méfaits. Les décharges sauvages que nous faisons semblant de ne pas voir dans les campagnes et dans les villes s’inscrivent dans la même irrationalité sur l’espace que la guerre.

Ne pas se réfugier dans le déni

La mort du maire de Signes nous le rappelle : il faut cesser de se réfugier dans une sorte de déni comme nous le faisons depuis si longtemps, comme les acteurs politiques le font, en refusant de reconnaître que l’environnement est une responsabilité majeure des pouvoirs. Ce que nous rappelle cet événement, c’est que, comme toujours, c’est l’espace qui fonde notre identité et qui engage notre responsabilité politique. Si nous parlons de guerre, même s’il s’agit, sans doute, à Signes, d’une guerre non intentionnelle, d’une sorte de guerre inconsciente, c’est que la guerre n’est que le nom que prend la violence quand elle engage des affrontements qui engagent des responsabilités politiques. Une fois de plus, redisons-le : le maire de Signes est mort au cours de l’exercice du mandat qui lui avait été confié. S’il ne faut pas se réfugier dans une sorte de déni, c’est que, quand les acteurs politiques se sont retrouvés, le président de la République en tête, pour dénoncer l’acte qui a conduit à la mort de Jean-Mathieu Michel, c’était trop tard. De même qu’il sera trop tard pour tenter de protéger le monde de la disparition de l’agriculture écologique étouffée par l’agriculture industrielle, pour tenter de mettre un terme à la dégradation de l’environnement et à l’ampleur des pollutions qui nous menacent, si nos politiques persistent dans l’ignorance, dans l’aveuglement et dans le déni.


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