Affaire Hedi : « Je vous rappelle que nous sommes des policiers et non des voyous »
De faux rapports rédigés pour couvrir les faits, des déclarations contradictoires, et pour certains des implications dans d’autres affaires de violences : les premiers éléments de l’enquête judiciaire sur les policiers qui ont grièvement blessé Hedi à Marseille le 2 juillet, sont accablants pour les mis en cause et leur hiérarchie. Un article de notre partenaire Mediapart.
Des policiers sur la Canebière dans la nuit du samedi 1er au 2 juillet. (Photo : JML)
En l’espace d’une minute, Hedi a reçu un tir de lanceur de balle de défense (LBD) dans la tête, et, dans la foulée, a été roué de coups de pied et de coups de poing par trois policiers de la brigade anti-criminalité (BAC). En moins de deux minutes, dans la nuit du 1er au 2 juillet, la vie de ce jeune homme de 22 ans a basculé.
Son pronostic vital engagé, il a été opéré en urgence et subi l’amputation d’une partie du crâne, le contraignant désormais à porter un casque. Terribles images qui ont fait, depuis, le tour des médias.
Depuis le 5 juillet, date de l’ouverture de l’instruction pour "violences volontaires aggravées" (notamment parce qu’elles ont été commises en réunion par des personnes dépositaires de l’autorité publique et avec armes), les quatre policiers, clairement identifiés par les enregistrements de plusieurs caméras de vidéosurveillance et les déclarations de deux témoins comme étant les auteurs des violences, ont persisté à nier les faits. Le placement en détention de l’auteur présumé du tir de LBD, Christophe I. (depuis libéré), avait alors provoqué un mouvement de fronde inédit au sein de la police nationale.
Ce policier avait, jusqu’alors, catégoriquement contesté être l’auteur du tir sur Hedi. Mais face au faisceau de preuves accablantes, il devenait pour lui trop inconfortable de maintenir sa position initiale, et c’est "après mûres réflexions", selon les termes de son avocat, Pierre Gassend, qu’il est finalement passé aux aveux.
D'abord le 3 août, devant la chambre de l’instruction. Puis le 30 août, devant la juge d'instruction, il a reconnu le tir, "justifié et réglementaire" selon lui, allant jusqu’à dire : "Je regrette les blessures mais pas le tir." À la fin de son interrogatoire, son avocat a tenu à préciser qu’il avait été contacté "par téléphone par le directeur général de la police nationale [Frédéric Veaux – ndlr], qui l’a assuré de son soutien personnel, et qu’il accordait [au policier] la protection fonctionnelle". Tout fonctionnaire, victime d’agression dans le cadre de son travail ou poursuivi par la justice en raison de son activité professionnelle, peut être protégé et assisté par son administration. Un policier doit néanmoins prouver qu’il n’a pas outrepassé ses droits et qu’il n’a pas commis de faute de service.
Les policiers rapidement identifiés
Très rapidement, l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), chargée de l’enquête avec la police judiciaire, identifie quatre policiers et retrace la chronologie des faits.
Ce 2 juillet au soir, la commandante Virginie G. et six policiers de la BAC se rendent au cours Lieutaud, une artère située dans le centre-ville de Marseille, pour sécuriser des magasins en cours de pillage. Sur place, tandis qu’un agent demeure dans le véhicule, les six autres inspectent les lieux et rejoignent une rue adjacente non éclairée, dans laquelle certains commerces ont leur devanture forcée. À 1 h 54, la commandante annonce sur les ondes radio "un carnage" du fait de plusieurs enseignes aux vitrines brisées.
Un policier se dirige vers l’un des commerces, tandis que la commandante reste à côté de Christophe I., porteur du LBD, posté à l’intersection de deux rues. De l’autre côté d’un passage piéton, les trois autres policiers croisent alors Hedi et son ami Lilian, qui ne sont pas identifiés sur les enregistrements exploités par . . .
Des individus violents dans les rangs de la police, l’engagement d’unités non préparées à ce type de mission faute d’effectifs suffisants, des officiers dépassés par la situation qui ne tiennent plus leurs troupes, des consignes floues pour se « couvrir » de la part d’une hiérarchie consciente du risque à utiliser ces unités. Ce ne sont pas seulement ces policiers qu’il faudrait juger mais toute la chaîne de commandement, jusqu’au ministre!
Se connecter pour écrire un commentaire.
Bien d accord…mais on sait que ca n aura pas lieu
Se connecter pour écrire un commentaire.
c’est tout à fait ça. les 4 policiers « incriminés » ont tire, menti…il faut les juger.
mais qui donc a envoyé un équipage de la b.a.c. dans cette galère, faire ce boulot, pour lequel ils ne sont ni formés, ni équipés. et là, c’est largement moins sûr que la hiérarchie soit mise en cause.
ce manque de formation est une catastrophe. il y a parmi les fdo des policiers qui tentent de faire leur boulot, le mieux possible, honnêtement, il y a aussi des policiers racistes, excités, et ravis de « castagner », que non seulement la hiérarchie ne peut contrôler dans ce cas d’émeutes, mais en plus elle donne des ordres incohérents.
on entend bien dans les media que les ordres donnés par les différentes hiérarchies sont mise en cause ; mais ça ne va pas plus loin malheureusement.
Se connecter pour écrire un commentaire.
Il est à souhaiter que cette énième affaire concernant les ravages des LBD puisse faire en sorte que les pouvoirs publics décident enfin de les supprimer car c’est le fond du problème de cette sombre histoire.
L’analyse à froid montre que les policiers étaient débordés par ces émeutes, ceci dit ce qui m’interpelle dans l’article c’est quand la victime indique qu’elle a pris peur en voyant des policiers et est partie en courant…
Quoiqu’il en soit cette bavure est inacceptable et ce jeune risque d’en payer les conséquences toute sa vie.
Se connecter pour écrire un commentaire.
Oui il y a de quoi prendre peur quand on voit un policier aujourd’hui (beaucoup moins c’est sur quand on est de type européen) et….comme le montre cette remarquable enquête, qui nous protège de la police, de ses armes de guerre, et de son sentiment de toute puissance ?
Aujourd’hui, c’est bien ça la question….
Se connecter pour écrire un commentaire.
La police lors de l’Occupation…Rappelez vous???
Se connecter pour écrire un commentaire.
TOUJOURS AUX SERVICES DES PUISSANCES DOMINANTES…
Se connecter pour écrire un commentaire.
Quand l’on parle de l’occupation faut aller jusqu’au bout. Revisualisez cette photographie de la visite de Petain à Marseille, Canebiere et Vieux Port noirs de monde, applaudissements et reprise en cœur de « Maréchal nous voilà » , il n’y avait pas que la Police.
Heureusement que de Gaulle est passé par là pour créer le mythe.
Se connecter pour écrire un commentaire.