Adoubé par la droite, Guy Teissier ne voit que lui-même pour garder le 9/10

Reportage
Julien Vinzent_
18 Juin 2019 14

À 74 ans, le député et ancien maire des 9e et 10e arrondissements inaugurait lundi soir sa permanence afin de mener campagne dans son secteur pour Les Républicains. Revendiquant le soutien de Jean-Claude Gaudin et Martine Vassal face au risque RN, sa démarche irrite le maire sortant Lionel Royer-Perreaut, qui n'entend pas s'effacer aussi facilement.

9/10. Légèrement stylisés, les deux chiffres clés apparaissent sur l’invitation comme sur le pupitre. Ce lundi soir, au Cabot, Guy Teissier inaugure une permanence, « sa cinquième », souligne le député des 9e et 10e arrondissements, 74 ans. Pour l’occasion, les affiches des combats passés ont été sorties des cartons. Car il s’agit bien ici d’une campagne à mener et non d’une soudaine envie de permanence parlementaire, deux ans après sa réélection à l’Assemblée. Le lieu sera « au cœur de la future campagne municipale de notre secteur », annonce à la tribune l’élu, qui avait dévoilé ses ambitions dans La Provence il y a un mois.

Pour l’heure, le slogan tient en un seul mot : « Ensemble ». Il s’affiche en écriture cursive blanche sur les affiches, les t-shirts. Pour éculé qu’il soit, à l’orée des municipales, il fait figure de maître-mot chez les Républicains, encore groggys de leurs défaites aux élections présidentielle, législatives et européennes. « C’est ensemble que nous parviendrons à gagner encore ce territoire », professe Valérie Boyer, la seule autre députée LR à avoir conservé son siège à Marseille.

Histoire de faire patienter pendant la grosse demi-heure de retard des têtes d’affiche, le chauffeur de salle et adjoint du secteur Richard Findykian salue un par un l’arrivée des élus, conseillers d’arrondissements compris. À l’heure des comptes, Guy Teissier sourit : « Ce soir, j’ai presque tout le conseil municipal, tous les maires de secteur, tous les conseillers départementaux », Martine Vassal et Bruno Gilles inclus. Il ne manque que le maire Jean-Claude Gaudin pour compléter l’état-major de la droite locale.

Avant l’arrivée des ténors locaux, Richard Findykian chauffe la salle. (Image JV)

Maire de secteur sortant, Royer-Perreaut ne s’efface pas

Tous les maires de secteur, celui du 9/10 inclus. « Il doit être par là », lance depuis l’estrade Guy Teissier, après un applaudimètre pour « Bruno » et « Martine » aussi inévitable que risqué. Sans prendre la parole, Lionel Royer-Perreaut est bien là, assistant au lancement de campagne de celui dont il est le suppléant ainsi que l’assistant parlementaire à l’Assemblée. Mais cet « ensemble » là n’est que de façade. « J’étais là ce soir parce qu’il n’est jamais bon de pratiquer la politique de la chaise vide. Mais cela ne vaut en aucun cas approbation de cette stratégie. Je serai candidat tête de liste aux municipales dans les 9e et 10e arrondissements », réaffirme-t-il, dans la foulée du lancement de son association « les amis de Lionel Royer-Perreaut ».

« Je suis maire sortant, il me semble normal de rendre des comptes », poursuit celui qui a succédé à Guy Teissier en 2014, lorsqu’il a pris la présidence de la communauté urbaine de Marseille. À quelques nuances près, la droite reproduit ainsi un scénario déjà observé dans les 11e et 12e arrondissements entre Robert Assante et Valérie Boyer. D’où vient cette volonté de Guy Teissier de s’imposer en tête de liste ? « Mon expérience et mes réussites tant locales que nationales, mon enracinement, ont fait qu’on m’a demandé de rentrer dans le jeu municipal. Je dis bien on m’a demandé », insiste le député à la tribune.

Soutien revendiqué de Gaudin et Vassal

Interrogé sur le « on » derrière ce scénario fréquent de l’appel du devoir, il précise : « On, c’est [le directeur de cabinet du maire] Claude Bertrand et Jean-Claude Gaudin, ainsi que Martine Vassal. Ils pensent à tort ou à raison qu’il y a une menace sur ce secteur, en particulier du RN. » Un risque qu’il serait donc plus à même de contenir que ne le serait Lionel Royer-Perreaut.

Absent ce soir, le maire de Marseille n’a jamais défendu publiquement cette option. Pour l’élu de secteur, adjoint au maire et vice-président du département Didier Réault, elle est pourtant réelle. Quant à Martine Vassal, elle ne confirme pas explicitement. « Je suis pour les démarches fédératrices, ce sont celles qui gagnent », au contraire des « aventures individuelles », nous répond-elle. Une idée répétée lors de ses multiples interviews la semaine dernière et lue comme une allusion à la candidature de Bruno Gilles à la mairie centrale. Mais ce lundi soir au Cabot, le regard appuyé lancé à Lionel Royer-Perreaut ne laisse pas de doute sur le destinataire de l’avertissement.

À cette crainte de défaite, l’intéressé réplique par un sondage commandé sur son secteur, qui semble écarter le risque d’une victoire du Rassemblement national. Au-delà, il conteste la stratégie de ses deux patrons locaux :

Il est illusoire de penser qu’on peut se présenter devant les électeurs sans prendre en compte ce qu’ils attendent en terme de renouvellement des pratiques, d’oxygénation. Il va quand même falloir changer de logiciel sinon ça va être un peu court.

L’âge de son rival n’est pas cité, preuve qu’en public la discorde reste feutrée au sein d’un tandem politique vieux de 25 ans. D’ailleurs, l’un comme l’autre voient dans la phase actuelle une forme d’établissement d’un rapport de force.

L’alliance avec LREM ? « J’y crois pas »

Mais le hiatus n’en prend pas moins un tour personnel : « J’ai fait le job et j’ai passé l’âge d’être un pantin qu’on sort ou qu’on range », estime Lionel Royer-Perreaut. « Je ne le comprends pas, souffle Guy Teissier. Je crois que c’est plutôt une aubaine d’avoir avec soi quelqu’un, plus qu’un mentor. S’il faut faire une liste ensemble, on la fera ensemble. Je ne veux pas sa place, je ne veux pas être maire ! » En cas de désaccords persistants, une troisième voie émerge, qui consisterait à faire de Didier Réault, le plus capé des autres élus du cru, le maire de secteur.

Internes au parti Les Républicains, ces débats pourraient peser plus généralement dans les équilibres. Avec Valérie Boyer, qui file vers un ticket avec le maire de secteur Julien Ravier dans les 11e et 12e arrondissements, Guy Teissier forme localement l’aile droite du parti. Après la défaite des européennes, son discours plaide pour « un parti à la fois conservateur et libéral », qui ne se résigne pas à être sommé de choisir entre LREM, « un centrisme multi-culturaliste keynésien », parti des « gagnants de la mondialisation », et le RN, celui « de la France périphérique », « dont le programme économique rappelle celui de Georges Marchais dans les années 70 ». En aparté, il fustige le macronisme, « une politique injuste, d’attrape-nigaud, attrape-tout ». Un mouvement vers lequel Martine Vassal dit pourtant vouloir étendre son appel au rassemblement. « J’y crois pas, parce que je pense que eux risquent de ne pas être d’accord du tout. » Ensemble, mais pas avec tout le monde.

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