Assante, le candidat de droite (tout) contre Gaudin

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le 19 Mar 2014
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"Ca porte chance Robert ! Tu viens de gagner 5%", s'amusent les membres de l'équipe de campagne de Robert Assante tandis que ce dernier essuie tant bien que mal sa chaussure contre le trottoir. Justement, quelques minutes plus tôt, alors qu'il commençait sa visite de quartier à la sortie du métro Saint-Barnabé, un habitant, "un vrai Barnabite", pestait contre "les merdes de chiens partout dans les rues". Bon, de ce côté là, il y a encore du boulot.

Ce vendredi matin, le maire des 11e et 12e arrondissements et candidat à sa propre succession parcourt le quartier de Saint-Barnabé à la rencontre des habitants et des commerçants. "Il s'occupe des boutiques et nous des gens", glisse son adjoint délégué à la sécurité publique Gérard Audibert, pour expliquer une stratégie bien rodée. Et si visiblement, beaucoup le connaissent déjà et semblent acquis à sa cause, le candidat indépendant n'y va pas avec le dos de la cuillère. "Je suis Robert Assante, votre maire, et je veux le rester". Ou encore : "Regardez, c'est bien moi sur la photo, il n'y a pas d'erreur sur la marchandise", lance-t-il en tendant son bilan et sa profession de foi à tous ceux qui croisent son chemin.

 

 

"Aucune ambiguïté"

Mais la candidature sans étiquette du maire de secteur ne rassure pas tout le monde. Comme cette dame qui a "toujours voté à droite" et ne comprend pas sa démarche. Elle avoue "avoir peur" que Robert Assante rejoigne les socialistes. "Mais pourquoi voulez-vous ça ? D'abord, au premier tour, votre voix ira à moi", rassure le candidat en lui présentant deux de ses colistiers. "Tous les deux sont de l'UMP". – "Anciens gaullistes", insistent-ils en cœur. "Et ils ne sont pas tout à fait d'accord avec le projet que les autres font. Vous savez, il n'y a aucune ambiguïté là-dessus". Pourtant ce commentaire appelle une analyse complémentaire : Assante et ses colistiers se disent de droite mais en désaccord avec leurs adversaires de l'UMP. En revanche, le message qu'ils font passer est celui d'un retour naturel vers leur famille politique au second tour. 

Quelques mètres plus loin, dans les rues du noyau villageois, un autre électeur l'interpelle sur le même thème du ralliement à gauche. Robert Assante précise alors sa pensée : "j'ai beaucoup de courage de me présenter sans étiquette. Mais j'irai avec celui qui retiendra mon projet et mon programme. Et il semblerait que pour l'instant, ce soit l'équipe de Jean-Claude Gaudin. Mais j'aurais la confirmation la semaine prochaine". Pour lui, une porte s'entrouvre sur sa droite.  

Pourtant il a bel et bien claqué la porte de la majorité Gaudin, en juin dernier, en ne participant pas au vote du Plan local d'urbanisme. Avant cela, il s'était déjà placé en rupture électorale en présentant des candidats aux cantonales en 2011 et surtout aux législatives de 2012. "Je pense que le maire souhaite que tout le monde s'inspire un peu de ce que je fais dans le sens où il se dit : "il fait passer les Marseillais avant tout et finalement Robert Assante a une passion nommée Marseille au coeur". Ca peut être une bonne base entre nous". 

"Un seul mandat, maire de secteur"

Mais, si les citoyens qu'il croise ne l'interrogent pas directement sur ces alliances futures, il aime cultiver l'ambiguïté. L'après-midi, devant l'école primaire de Montolivet, il insiste auprès d'une mère venue lui parler des cambriolages répétés dans sa résidence : "je suis pour un commissariat de police municipale décentralisé dans les quartiers de Marseille". Et d'ajouter : "vous croyez que si je ne suis pas avec le maire c'est uniquement parce que je n'ai pas les yeux bleus ? Il y a des trucs sur le fond." C'est un des points programmatiques qu'il pourrait mettre en avant dans une négociations d'entre deux tours. Ça tombe bien : dans son programme, Gaudin prône "une antenne de police municipale dans chaque mairie de secteur".

 

 

"Je n'ai rien contre Gaudin", reprend Assante. D'ailleurs, celle contre qui il se bat, c'est Valérie Boyer, la candidate UMP dans son secteur avec qui il avoue que le contact est "plus compliqué". Ce qu'il reproche à la députée, contre qui il n'a pas passé le premier tour des élections législatives avec 7% des suffrages, c'est sa "politique politicienne parisienne" et ses promesses d'un "Marseille à faire rêver le monde". "Tous ceux qui vont passer trois jours par semaine à Paris pour faire les ronds de jambe là haut, non ! Moi c'est ici, tous les jours, constamment, et pour les six ans qui arrivent. Je veux un seul mandat : maire de secteur". 

Après avoir refusé de se rallier moyennant un beau poste d'adjoint sans mairie de secteur,  c'est clairement ce mandat qu'il pose sur le tapis des négociations. Un deal plus facile à accepter pour Gaudin qu'un poste de parlementaire. Quand on l'interroge sur le cavalier seul de son ancien adjoint, le maire évoque la légitimité de Valérie Boyer en rappelant que personne n'est réélu député par hasard. Une façon de dire que le maire des 11/12 se montrait trop gourmand. En revanche, si ce dernier peut se maintenir au second tour en passant la barre des 10%, il sera plus facile de faire comprendre à la députée Boyer que la mairie de secteur ne lui est pas destinée, surtout si la rumeur qui la donne première adjointe de Gaudin en cas de victoire venait à être confirmée. 

Il le martèle : "Les élections municipales à Marseille passeront par les 11e et 12e arrondissements et passeront par Robert Assante". Pourtant, le candidat préfère rester prudent quand ses colistiers lui disent que sa présence au second tour est assurée. Bien que le dernier sondage1 le crédite de 13% des voix, il attend de connaître son score au premier tour : "Je suis dans le jeu politique parfaitement implanté sur le secteur complètement positionné pour les élections municipales. Entre 13 et 15%, j'en accepte l'augure. C'est vrai que si on continue à monter comme on le fait là, la question du 2e tour est beaucoup plus simple à régler puisque je me maintiendrai. C'est très encourageant et ça me rend tout à fait incontournable aujourd'hui."

1 Sondage Ifop réalisé pour La Provence et Europe 1 le 11 mars 2014 sur un échantillon de 602 personnes. La notice est consultable auprès de la commission des sondages. 

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