À une semaine du premier tour, Ravier et Le Pen chargent « Martine Vassal et ses amis »

Reportage
le 7 Mar 2020
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En meeting au parc Chanot, Stéphane Ravier et Marine Le Pen ont galvanisé militants et sympathisants pour les convaincre que la conquête de la mairie de Marseille est possible. En attaquant principalement les sortants.

Photo Emilio Guzmán

Photo Emilio Guzmán

« Putain de coronavirus ! » À l’entrée de l’auditorium du parc Chanot, Antoine Baudino, fidèle aide de camp de Stéphane Ravier,  jette un œil aux travées clairsemées. Seules 300 personnes environ ont fait le déplacement pour écouter le candidat à la mairie de Marseille Stéphane Ravier, appuyé ce vendredi soir par Marine Le Pen, la présidente de son parti, le Rassemblement national. En arrivant, ils ont croisé les militants antifascistes renforcés de supporters de l’OM présents pour le match prévu dans le stade Vélodrome voisin un peu plus tard et décidés à les conspuer.

Des militants antifascistes se sont rassemblés devant l’entrée du parc Chanot. Photo Emilio Guzmán.

Il n’y a dans la salle que des militants et des sympathisants fidèles, des plus identifiés comme les élus des 13e et 14e arrondissements à ceux qui s’activent en coulisses comme Jérémy Palmieri, ancien membre de l’Action française et fondateur du Bastion social, condamné pour avoir roué de coup un gendarme et un de ses amis guadeloupéen. Alors, Ravier remercie à tour de bras, famille, collaborateurs, élus et bien sûr son invitée de marque du soir. « Vous tous n’avez pas fait cela en vain », « le jour de gloire tant attendu, nous sommes sur le point de le vivre », les assure-t-il. « Vous êtes en train de tout renverser », leur jurera Marine Le Pen un peu plus tard, malgré l’assistance réduite.

« Ce n’est pas moi qui ai bétonné »

On croirait un simple meeting de clôture de campagne mais rapidement, Stéphane Ravier réveille l’assistance en chargeant les candidats Les Républicains à grand renfort d’anaphores, prenant notamment appui sur son récent mot d’ordre « stop à la bétonnisation ». « Ce n’est pas moi qui ai bétonné nos espaces verts, c’est Martine Vassal, [l’adjointe au maire à l’urbanisme] Laure-Agnès Caradec et leurs amis. Ce n’est pas moi qui ai abandonné plus d’un quart des Marseillais dans la pauvreté, c’est Martine Vassal et ses amis. Ce n’est pas moi qui ai laissé les immeubles se détériorer au point de s’effondrer en plein centre-ville. Ce n’est pas seulement la pluie, c’est l’incurie de Martine vassal et de ses amis. Ce n’est pas moi qui ai laissé pourrir le petit commerce, c’est Martine Vassal, [l’adjointe au commerce] Solange Biaggi et ses amis. »

À un degré moindre, il égratigne la gauche, dont Samia Ghali, conspuée comme à chaque fois qu’il en fait mention, pour sa sympathie envers le FLN algérien. Il fustige « les Masse frère et sœur » (Florence Masse, membre d’une longue dynastie d’élue, est candidate pour le Printemps marseillais) et vise Benoît Payan, porte-parole du Printemps marseillais, qualifié de « facteur de Jean-Noël Guérini » pour son emploi au conseil général du temps de l’ancien président. Il pointe Michèle Rubirola, la candidate à la mairie pour le même rassemblement dont il fustige la volonté de faire de Marseille « une ville accueillante pour les migrants ». Mais il revient encore et toujours à sa cible première, la droite locale qui, dénonce-t-il, « fait campagne jusque dans les églises ».

Le RN vise l’arc périphérique

Car ce sont bien les électeurs habituels de la droite locale que Stéphane Ravier espère convaincre. En citant les têtes de liste de secteur, Marine Le Pen dessine à sa suite l’objectif du parti. « Votez pour Éleonore Bez dans le 5e secteur, pour Sophie Grech dans le 8e secteur et pour Franck Allisio dans le 6e », lance la députée. Après les 13e et 14e arrondissements conquis en 2014, la députée dessine ainsi l’arc périphérique dont le RN espère faire la nouvelle équation majoritaire dans cette ville.

Pour cela, Stéphane Ravier revendique avoir « organisé plus d’une soixantaine de réunions publiques, distribué 2 millions de documents, rencontré des milliers de Marseillais » et se félicite d’une campagne pour laquelle il n’a « aucun regret ». Il bat le rappel des troupes. « Pas une voix ne doit manquer », intime-t-il à ses sympathisants. Lui a joué sur la corde personnelle pour convaincre les habitants d’origine immigrée en mettant en avant méritocratie et assimilation. « Moi aussi mes ancêtres sont d’ailleurs, comme vous j’ai grandi dans une cité des quartiers Nord et je m’en suis sorti. […] Je suis passé de la cité de la Maurelette au palais du Luxembourg et dans quelques jours, je quitterai mon bureau du Sénat pour l’hôtel de ville. […] La culture de la France est riche, et je suis disposé à la partager. Alors, comme moi, vous apprendrez à aimer la France, à la respecter et à la chérir mais si vous ne voulez pas le faire, alors il faut partir. »

Pensez aux commentaires à 20h02 le 15 mars !

Marine Le Pen

Ayant, comme elle, cité Maurane et Laura, victimes du terrorisme en 2017 à la gare Saint-Charles, ou Marie-Belen assassinée à la sortir du métro en 2019, il laisse à Marine Le Pen l’essentiel d’un discours sécuritaire et anti-islam. « Trop d’entre vous nous disent « Je ne reconnais plus Marseille », il n’y a plus de cadre de vie harmonieux. Marseille doit être française et davantage encore marseillaise. Il n’y a pas de sécurité sans la mise au pas des féodalités mafieuses, sans le démantèlement des trafics et sans le rétablissement de l’ordre républicain dans tous les quartiers », assure-t-elle sous les applaudissements.

Le RN veut contrer l’effet « notable »

La présidente du Rassemblement national, qui a fait de sérieuses impasses dans des villes de taille moyenne, tisse un discours entre problématiques nationales et enjeux locaux pour son « seul meeting pour les municipales ». Pour elle, « la victoire du Rassemblement national à Marseille sera un tremblement de terre qui remontera jusqu’à Paris et fera trembler l’Élysée et son locataire ». Elle conclut en essayant de balayer l’écueil habituel des cette échéance pour le RN, souvent pimpant lors des scrutins nationaux et déconfit au lendemain des élections locales. « Voter ce n’est pas seulement désigner un notable. D’abord parce que le notable a au moins dans les grandes villes toujours un engagement partisan. Tout vote comporte une signification. Pensez aux commentaires à 20 h 02 le 15 mars ! », tente-t-elle de convaincre.

À la sortie, les équipes de terrain tentent quant à elles de recruter des assesseurs et des observateurs pour les bureaux de vote. Histoire d’évacuer une autre crainte : « Se faire voler le scrutin ». Dans un coin, des militants discutent : « on va faire 26 % et on va prendre la mairie avec des triangulaires ou des quadrangulaires », dit l’un. L’autre répond : « les autres partis vont se liguer comme aux régionales, ça va être dur ».

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Commentaires

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  1. patrick patrick

    rien à craindre les virus étaient sur l’estrade

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  2. MarsKaa MarsKaa

    Son seul meeting de campagne ? Et il n etait que 300 ? Dans la « 2e ville de France » ? Pour écouter la chef, la guide, Marine ? Quel échec !
    Mais à force de faire peur à leur électorat, celui-ci ne sort plus le soir pour aller « en ville », entre les delinquants, les migrants, les sdf, la saleté, les virus… l electorat FN est mieux devant sa télé…

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    • jo147 jo147

      D’ailleurs, va-t-il aller voter ?

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  3. Manipulite Manipulite

    « Galvaniser » 300 militants ? Est-ce un tour de force ?
    @MarsKaa : exact !

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