À Marseille, EELV lancé sur la piste verte

Décryptage
le 4 Oct 2019
39

Réunis samedi en assemblée générale, les adhérents d'Europe écologie - Les Verts vont décider de la stratégie qu'ils adopteront pour les municipales à Marseille. Après avoir flirté avec l'union de la gauche, la plupart des cadres locaux semblent désormais déterminés à mener une liste écologiste qu'ils présentent cependant comme ouverte.

Sébastien Barles, militant écologiste et ancien conseiller municipal de Marseille

Sébastien Barles, militant écologiste et ancien conseiller municipal de Marseille

Ce samedi, les adhérents marseillais d’EELV déterminent leur stratégie en vue des municipales. Il y a six mois, le rapport de force de cette assemblée générale où deux motions s’affronteront se serait présenté sous un jour bien différent. Aujourd’hui beaucoup semblent avoir tourné le dos à l’aventure de l’union de la gauche, et présentent l’issue du scrutin comme évidente : les écolos marseillais devraient mener leur propre liste.

Plusieurs événements ont fait tourner la boussole écolo au cours des derniers mois : la troisième position de leur parti aux élections européennes, véritable shoot d’adrénaline quand les partis de gauche n’atteignaient pas les 10 %. Dans la droite ligne, en juillet, l’appel pour un « mouvement sans précédent » ne comptait que quelques signatures écologistes à côté des cadres du PS, du PCF et de la France insoumise. On y trouvait la conseillère départementale Michèle Rubirola en tête, mais pas celle de Sébastien Barles, pourtant ouvrier de l’union depuis des mois. Sur ce cheminement autonome, un dernier événement aura résolu les tenants d’une liste « écolo-citoyenne » : la parution le 27 septembre d’un sondage dans la Tribune, plaçant à plus de 15 % au premier tour une liste EELV, curieusement emmenée par Michèle Rubirola (1).

Chez les tenants du « mouvement sans précédent », cette simulation a toutefois eu l’impact inverse : les autres forces de gauche y sont présentées comme dispersées, mais totaliseraient davantage. Pour eux, l’affaire n’est pas pliée. À l’instar de Théo Challande, conseiller fédéral EELV et compagnon de route de Michèle Rubirola, qui attend pour samedi « de vraies discussions » et ne désespère par « qu’il y ait des possibilités de consensus et de rouvrir le débat ». Mais les débats en groupes locaux ont déjà démarré, et, à écouter les tenants de la motion autonome, le sens du vent est très clair.

L’union oui, mais l’union des écolos

Demeure tout de même, pour toutes les parties, un flou quant au nombre d’électeurs, certains avançant le chiffre de 140 adhérents, quand d’autres en évoquent un peu plus de 200. Les statuts d’EELV Paca et ceux du parti au national divergent sur la question de l’ancienneté nécessaire pour voter, un an pour les premiers, trois mois pour les seconds. Ce point ne devrait être résolu qu’au dernier moment. Une simple formalité pour Guy Bennaroche, co-secrétaire régional du parti pour qui, par ailleurs, l’issue du scrutin semble évidente. « Pour avoir un peu discuté avec les uns et les autres, le résultat sera à mon avis assez tranché. On a défini une ligne politique nationale avant les européennes, l’idée de base, c’est de bâtir des listes écologistes, identifiées comme telles », rappelle-t-il.

« La liste d’union j’y ai cru un moment, admet Sébastien Barles. C’est légitime de défendre les deux positions. Mais il n’y a pas d’un côté une perspective autonome, ceux qui partent en solitaire, et de l’autre ceux qui sont responsables et font l’unité. » Depuis l’annonce de sa candidature en interne, très tôt révélée par La Provence, les accusations de vouloir diviser la gauche ont plu en nombre. « On est toujours pour le rassemblement, la question c’est le périmètre, le choix des partenaires, complète Hervé Menchon, conseiller d’arrondissement, qui défend la même position. Il y a une motion pour le rassemblement de la gauche, et une autre pour une liste écolo-citoyenne avec un large rassemblement, une ouverture à 50 % à la société civile. »

Avec comme objectif celui de réunir autour de la table la famille écologiste, avec par exemple l’Alliance écologiste indépendante, Génération écologie, Urgence écologie, Générations… « On va rassembler les écolos de tous bords, résume la conseillère municipale Lydia Frentzel, elle aussi sur la même ligne. On choisit un socle écolo pour construire, pas pour briller plus que les autres ». La conseillère municipale appuie aussi son choix sur la vague d’adhésions qui a suivi l’élection européenne. « Je n’ai jamais eu autant d’adhésions, avec beaucoup de jeunes. On n’a pas le droit de les décevoir ». Tous sont persuadés que la thématique internationale de l’urgence climatique peut mobiliser, au-delà d’un mouvement local d’union des gauches.

L’union, « c’était interminable »

Car du « mouvement sans précédent », les tenants de la motion verte en sont revenus. Pour Hervé Menchon, « les discussions étaient rugueuses, on a eu beaucoup de mal à convaincre les partenaires de l’importance de nos propositions écologistes. C’était interminable, et pas transparent. On a eu le sentiment qu’il fallait travailler une deuxième hypothèse. » Sébastien Barles expose le même scepticisme. « Ma crainte c’est que ça explose sur la question de la tête de liste, parce qu’il n’y a pas de règle du jeu ». 

En face, du côté du mouvement sans précédent, l’incompréhension est affichée. Mardi, lors d’une conférence de presse annonçant la décision de la France insoumise de prendre part à une liste d’union, Sophie Camard et Mohamed Bensaada, tous deux porte-parole du mouvement, n’ont pu que déplorer qu’EELV choisisse un autre chemin. « On leur souhaite de trouver le consensus qu’on a trouvé, et qu’ils soient au rendez-vous de l’histoire », a souri le premier, sans manifester un grand optimisme.

Ce jeudi, une tribune parue dans La Marseillaise intitulée « le vote du siècle » – en référence à une campagne de Greenpeace – ne disait pas autre chose : « Le 5 octobre, les écologistes marseillais devront faire un choix qui décidera fortement de l’avenir de notre ville : s’unir ou subir. Que choisirons-nous ? Rendre Marseille aux Marseillais(es), exercer le pouvoir et tout changer ou passer notre tour, une fois encore ? C’est, pour Marseille, le vote du siècle ». Une façon directe de tenter de peser sur le scrutin interne des écologistes. « Il faut dépassionner le débat, ce n’est pas le vote du siècle, s’agace Sébastien Barles. On va créer un espace de dialogue, faire un pacte de non-agression, se mobiliser ensemble de façon intelligente comme on l’a fait sur Valmer. Ce n’est pas la fin du monde s’il y a deux listes. » En 2014 il avait refusé l’alliance avec le PS de Patrick Mennucci et porté la constitution des listes Pape Diouf. Il prend les régionales de 2015 où se présentait une alliance écolos-communistes comme preuve que les listes d’union ne soulèvent pas automatiquement l’enthousiasme. « On a bien vu que 5 % + 5 %, ça peut faire 5 % ».

Les cadres locaux soudés autour de la liste autonome

Ces encouragements appuyés à revenir dans le giron du « mouvement sans précédent » tout comme les critiques et les attaques sur les réseaux sociaux ne semblent pas faire douter les porteurs de la motion « écolo-citoyenne ». Des huit référents de secteur, sept penchent de ce côté. « Le fait d’avoir des attaques de partout, ça a peut-être créé du collectif, ça nous a soudés plus qu’autre chose », assure Lydia Frentzel. Si cette motion est retenue, les militants désigneront samedi des binômes pour chaque secteur de la ville, mais les places en tête de liste resteront négociables avec les futurs partenaires, assure-t-on.

Au loin, se profile déjà la question des accords de second tour. « Nous ne fermons pas les portes, on a un regard bienveillant sur tout ce qui existe déjà. D’ailleurs nous avons déjà un rendez-vous de pris avec le mouvement sans précédent pour la suite », assure Lydia Frentzel. « Nous serons responsables, nous allons continuer à discuter avec tout le monde », complète Sébastien Barles. Et pas seulement avec le mouvement sans précédent.

(1) Enquête réalisée par téléphone du 14 au 21 septembre 2019 auprès de 1 272 personnes représentatif des résidents de Marseille âgés de 18 ans et plus, dont un sous-échantillon de 1 013 personnes inscrites sur les listes électorales de Marseille. La représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge, catégorie socioprofessionnelle et arrondissement de résidence de l’interviewé. Marsactu choisit de ne pas commenter les sondages mais ne peut ignorer l’influence qu’ils ont vers les acteurs de cette élection. Pour les curieux, le sondage complet est ici.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

Vous devez être vous-même abonné pour écrire un commentaire sur un article réservé aux abonnés.

Ajouter un commentaire

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire