À l’hôpital de la Timone, Olivier Véran jongle avec les colères

Actualité
le 25 Sep 2020
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En visite dans l'un des services de réanimation de l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille, le ministre de la Santé était attendu par les restaurateurs mais aussi une partie du personnel soignant. De son propre aveu, la tension des capacités hospitalières est au cœur de l'alerte posée par l'État sur Marseille.

Olivier Véran à la Timone. Photo Emilio Guzman.

Olivier Véran à la Timone. Photo Emilio Guzman.

Injurié dehors, chahuté dedans, le ministre de la Santé Olivier Véran a tenté de tenir sa ligne ce vendredi à l’hôpital de la Timone, après le classement de la métropole Aix-Marseille en “zone d’alerte maximale” de l’épidémie de Covid-19. Mobilisés devant l’entrée du boulevard Jean-Moulin, quelques dizaines de restaurateurs, gérants de bars et leurs soutiens ont réaffirmé leur incompréhension face à la fermeture de leur établissement pour au moins quinze jours.

Laissant le soin à son collègue Alain Griset, ministre délégué aux PME, de déminer auprès de la profession, Olivier Véran a filé directement en réanimation, par une autre entrée. Cette visite, à laquelle Marsactu n’était pas autorisé à assister (voir notre boîte noire), a été ponctuée par une interpellation de personnels CGT. Rapidement réorientés vers l’amphithéâtre, les représentants syndicaux n’ont cependant pas obtenu l’entrevue qu’ils espéraient. À l’intérieur, les blouses blanches étaient triées sur le volet. “C’est notre hôpital, on travaille ici, et il faut qu’on parte ? Il vient en réa pour quoi alors, si ce n’est pas pour nous parler ? Pour les images ?”, pestait devant Annabelle Duneau, psychologue en chirurgie pédiatrique après l’intervention du service d’ordre.

Un manifestant devant la Timone. Photo Emilio Guzman.

Une attente “qui ne date pas du Covid”

Cette colère, “ne date pas du Covid, on le sait depuis un moment que les soignants ne sont pas contents, avec le collectif inter-hôpitaux”, rappelle-t-elle, peu convaincue par les mesures du Ségur de la santé, négocié durant l’été. De l’extérieur de l’amphi, le syndicat a résumé ses revendications : “Du travail à l’hôpital, des chômeurs à l’extérieur, embauchez !” Relayée par presse interposée, cette question n’a pas reçu de réponse nette.

15 millions d’euros injectés mais sans détails sur leur destination

Après avoir rappelé les engagements précédents encore en attente de concrétisation – 360 millions d’euros du plan de modernisation de l’AP-HM cofinancé à 50% avec les collectivité locales, ainsi que la reprise d’un tiers de la dette comme dans les autres hôpitaux français – il a annoncé deux nouveaux financements. Une aide de 15 millions d’euros en trésorerie et 2 millions d’euros pour la modernisation des unités de soins intensifs. Relancé pour savoir quelle traduction en postes ou en lits on pouvait en tirer, le ministre n’a pas livré cette précision.

L’aide en trésorerie correspond à une avance accordée par l’agence régionale de santé (ARS), qui doit donc être remboursée. Ce dispositif est régulièrement utilisé (20 millions d’euros en 2018 et à nouveau en 2019) mais peut être fléché sur des usages très variables. L’ARS n’a pas répondu à notre demande sur la destination de ces fonds dans le temps imparti à la publication de cet article. Cet enjeu budgétaire se double d’une problématique de disponibilité du personnel, comme le rappelait récemment Laurent Papazian, chef du service de réanimation de l’hôpital Nord dans une interview accordée à Marsactu : “Des recrutements externes ont commencé mais cela reste difficile. Les infirmières qui sortent d’école vont dans le privé et même lorsque nous arrivons à recruter, il faut le temps de les former.”

Des témoignages de la réa en renfort

On ne peut pas se permettre de décaler à nouveau des patients qui ont été décalés en mars.

Véronique Veit, responsable de l’unité de médecine aiguë polyvalente à la Timone

Mais ce n’était visiblement pas le sujet de la présentation officielle d’Olivier Véran. Des postes et des lits, il en a pourtant été directement question dans les interventions des trois responsables de l’Assistance publique – hôpitaux de Marseille qui l’entouraient. “Il y a de grosses difficultés pour les patients non-Covid, ça les gens ne s’en rendent pas compte (…) Quand vous montez des lits en réa Covid, vous perdez du personnel de bloc, ça veut dire que vous fermez des salles de bloc opératoire. On ne peut pas se permettre de décaler à nouveau des patients qui ont été décalés en mars”, a souligné Véronique Veit, responsable de l’unité de médecine aiguë polyvalente à la Timone.

Des témoignages comme autant de renforts dans la bataille de chiffres qui fait rage entre le ministre et les élus locaux, pour qui l’épidémie connaîtrait une décrue depuis quelques jours. Plutôt que le nombre de cas positifs, c’est sur le point dur de la réanimation que s’est appuyée la riposte. “L’amélioration, pour l’instant, on ne la voit pas du tout, a résumé Lionel Velly, du service réanimation à la Timone, puisqu’un décalage temporel existe entre les symptômes, leur confirmation par un test, et leur traduction la plus grave. Ce soir, nous avons un lit disponible sur quinze pour le Covid sur la Timone. Nous avons fait deux greffes hépatiques aujourd’hui, la vie continue à côté et il faut qu’elle continue, mais c’est très compliqué quand le Covid prend de la place.” La situation est similaire au niveau de la globalité de l’AP-HM : 41 lits de réanimation sur 47 sont occupés, deux de plus que jeudi. “Si ça se dégrade on est capables d’ouvrir 25 lits de plus d’ici 15 jours”, a estimé le directeur général Jean-Olivier Arnaud.

Lire notre décryptage à propos des différents chiffres et analyses sur l’épidémie de Covid-19 à Marseille.

Une décrue espérée au mieux dans deux semaines

Après une progression probable dans les prochains jours, cette tension ne devrait pas s’atténuer avant deux semaines, a complété Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l’Institut Pasteur, membre du conseil scientifique dédié au Covid-19, descendu de Paris en appui de la conférence de presse. Il faudrait encore plusieurs semaines avant de revenir au niveau du début du mois de septembre. Or, octobre, “c’est une période où d’autres pathologies remontent en flèche”, a signalé Lionel Velly.

Et c’est le scénario le plus favorable. Du moins en ces murs, Didier Raoult ayant une vision moins “alarmiste” à un jet de pierre de là, du côté de l’IHU. Mais le temps de la visite d’Emmanuel Macron dans l’institut de l’infectiologue est loin. Le scénario espéré par le gouvernement est bâti à partir d’une hypothèse de R0 – le nombre de personnes que contamine chaque malade, donc la dynamique de reproduction du virus – de 0,9. Mais ce fameux R0 est soumis à des variations. Si l’épidémie progressait encore, les capacités de réanimation pourraient être quasiment saturées par le seul Covid d’ici un mois.

Conclusion d’Olivier Véran : “Si nous prenons le risque d’attendre pour voir si la situation s’améliore d’elle même, nous pourrions devoir prendre des mesures encore plus fortes.” Le mot de reconfinement n’est pas prononcé, mais il fait partie des pistes de l’état d’urgence sanitaire, étape suivante après l’alerte maximale. À la place, si l’épidémie est effectivement contenue dans les deux prochaines semaines, on ne pourra jamais déterminer si la fermeture précipitée des bars et restaurants a fait la différence ou si la dynamique était déjà lancée par les précédentes mesures du 14 septembre.

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Commentaires

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  1. Electeur du 8e Electeur du 8e

    Et une fois de plus, Raoult et son ego survitaminé mettent le oaï en taclant l’analyse que l’AP-HM fait de la situation.

    Pourtant, ce Monsieur qui nous avait annoncé que le covid n’était guère qu’une “grippette”, puis promis qu’il n’y aurait pas de deuxième vague, devrait avoir appris de ses erreurs : ses pronostics ne sont pas plus fiables que ceux de ses collègues qu’il prend de haut. Tout simplement parce que, contrairement à ce qu’il croit, il n’en sait pas plus que ceux-ci.

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  2. MPB MPB

    Très juste. Depuis 6 mois; avec la complicité des chaînes de télé, les experts scientifiques nous enfument de leur savoir approximatif ce sur quoi nos autorités politiques se basent pour masquer (?) leur interrogations et leur lâcheté décisionnelle.
    Raoult, Buzyn, Veran mêmes combats d’egos. Et d’intérêts juteux.

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  3. Brallaisse Brallaisse

    Véran a raison, la politique ne se fait pas au comptoir. Il est impensable de retourner à la situation précédente en décalant des interventions tout cela pour satisfaire des patrons de bistrots qui nous ont déjà fait le coup avec la TVA. Raoult lui, renvoie l’ascenseur aux politiques pour les subventions obtenues, mais Il ne doit rien à personne. Dommage que les guignols aient disparus, il méritait sa marionnette.

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    • julijo julijo

      les guignols ne me manquent pas, mais il est vrai que la période actuelle aurait été du pain béni pour eux….
      pour les marionnettes, les chaînes d’infos en continu ont bien pris le relais…. on les voit à longueur de journée.

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  4. julijo julijo

    Il n’empêche que ces mesures sont vraiment incohérentes.
    la fermeture des bars et restos….je m’en fiche un peu je n’y passe pas ma vie, je peux m’en priver. Mais récemment j’ai fréquenté des restos ou les mesures barrières étaient prises au sérieux….pour y aller, j’ai pris métro et tram…là c’est autre chose !! et les courses dans les grandes surfaces…kif kif, les gestes barrières sont moins respectés que dans les restos.
    Il y a des endroits ou c’est sérieusement pire, et rien n’est prévu…..
    difficile de croire en la “compétence” de ces ministres, capables de dire une chose et le contraire…une seule obligation ne serait pas mise en cause : travailler !! quelles que soient les conditions. et aussi les enfants à l’école, il ne faudrait pas qu’ils gênent les parents !!
    Plus ils parlent – tous- et plus on voit apparaître un énorme foutage de gueule.

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    • Brallaisse Brallaisse

      C’est prévu et cela coûte 135 euros.
      Mais comme Gaudin avec les crottes de chiens, la police municipale ne fait rien sur ordre des élus. Alors avant de hurler avec les roquets qu’ils utilisent leurs pouvoirs de police.

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    • patrick patrick

      une chose et son contraire : les sports collectifs en gymnases sont interdits en club mais autorisés au lycée. où est la cohérence ? mais brallaisse est content les pratiquants risquent 135€

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Ce ne sont pas pas les pratiquants qui sont en cause, mais je vais vous le préciser en bon français, se sont les abrutis qui sous des prétextes encore plus abrutis, tels que le liberticisme ne portent pas les masques, ne se lavent pas les mains sous l’œil des policiers municipaux qui ne verbalisent pas, de peur de se mettre à dos le marseillais de base, comme Gaudin avec ses crottes. Voilà, avez vous compris Patrick ?. Et ce qui est encore plus plus grave c’est que deux élues, Ghali et Joissains valident cette position. Mais venant de leur part rien n’est étonnant.

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