À l’école Sinoncelli, les parents excédés remplacent les tatas

Reportage
le 4 Fév 2021
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Cette école du 14e arrondissement détient le record du nombre de jours sans cantine depuis la fin novembre. En réponse, les parents d'élèves ont décidé d'investir la cour tous les midis pour y organiser des repas alternatifs.

Mardi 2 février, ils étaient 78 enfants à manger sur place, encadrés par des mamans d'élèves. (Photo AJ)

Mardi 2 février, ils étaient 78 enfants à manger sur place, encadrés par des mamans d'élèves. (Photo AJ)

À la pause déjeuner dans la cour de récréation de l’école Sinoncelli (14e), une centaine de gamins s’empressent d’enfourner leur pique-nique avant d’aller jouer. “C’est bizarre de manger dans la cour, mais au moins on n’a pas à mettre un masque et attendre pour jouer au foot”, explique le jeune Assad. Une balle en mousse qui s’effrite bute sur le pied d’une maman qui la renvoie aussitôt.

Désormais, ce sont elles qui font office de tatas de 11h à 13h. Il faut dire que l’école Sinoncelli présente le plus de jours de fermeture de cantine de toute la ville. Selon le comptage de Marsactu, hormis dix jours d’accalmie début janvier, l’établissement cumule un taux de fermeture de 88 % depuis le 26 novembre. “Entre la Toussaint et aujourd’hui, si la cantine a ouvert 10 fois, c’est le maximum”, confirme Christian Gouin, le directeur de l’établissement.

En gris : les week-end et les mercredi. Infographie Léonore Vieu avec Julien Vinzent.

“Je n’appelle pas la police”

Jeudi dernier, lassés par la fermeture des cantines à répétition, les parents ont décidé de forcer les portes de l’établissement pour organiser un pique-nique dans la cour. Une solution temporaire pour venir en aide à ceux qui ne peuvent quitter leur travail pendant la pause repas. Sans officiellement soutenir, le directeur ne s’oppose pas à leur présence : “Je ne les laisse pas rentrer officiellement, mais quand ils sont dans la cour, je n’appelle pas la police. C’est dangereux de laisser les gamins devant le portail avec la circulation.”

Une déléguée de l’association des parents d’élèves rappelle que les grèves de cantine sont loin d’être une nouveauté : “Ça fait cinq ans que ça dure, ces problèmes. Faut arrêter avec le corona, ça devrait excuser tout”. L’accumulation des fermetures de cantine a des effets très concrets pour les familles. Surtout dans une école où, selon l’équipe enseignante, près de la moitié des 220 demi-pensionnaires bénéficie normalement des repas gratuits.

“Pain au chocolat et Capri Sun”

“Pour les familles les plus pauvres c’est encore des dépenses supplémentaires”, s’exaspère Laura Foy, enseignante au sein de l’établissement. “Il y a des enfants qui viennent avec un pain au chocolat et un Capri Sun pour la journée. Alors, on prévoit toujours un peu plus pour eux”, témoigne une des mères. Cette situation quasi-humanitaire, le directeur l’a aussi constatée : “L’année dernière il arrivait qu’un gamin fasse un malaise, alors on lui donnait quelque chose à manger”. 

“La première des choses à laquelle on pense, c’est les enfants”, martèle Amel qui habite le bâtiment juste en face. Elle pourrait faire manger ses enfants chez elle, mais tient à être présente par solidarité avec ceux qui travaillent. À son côté, Rachida acquiesce : “Aujourd’hui, mon fils n’est pas à l’école, mais je viens quand même pour aider les parents qui travaillent”. Les conséquences ne sont pas anodines : selon les mères présentes, deux parents auraient déjà perdu leur emploi. “La plupart ont des contrats courts. Quand il arrive à terme et qu’il y a eu trop d’absences et de retards à cause des enfants, forcément les patrons ne renouvellent pas”, souffle une mère d’élève.

Des tensions au boulot

Mroudjae Hachima, 25 ans et deux enfants, vit avec cette crainte. Elle occupe un poste de responsable à Carrefour, depuis un an. Les jours de grève, elle prend sur sa courte pause pour récupérer ses enfants et les faire manger. Le timing est serré, les retards s’accumulent. Mroudjae a déjà reçu plusieurs avertissements de son employeur. “Mentalement, c’est dur. Je m’arrange comme je peux pour m’occuper de mes enfants la journée et chaque fois que je suis convoquée au bureau à cause des retards, j’ai la boule au ventre”, explique-t-elle. Elle envisage de changer ses enfants d’école.

Un petit groupe de mères d’élèves est présent tous les jours pour organiser les temps cantines. (Photo AJ)

Devoir s’adapter aux heures de grève a découragé Assoumani Hairati de reprendre un travail. Six ans que ses enfants sont à l’école Sinoncelli et six ans qu’elle a mis fin à son CDI de caissière à Carrefour. Elle préside désormais l’association de parents d’élèves et s’occupe de répartir et coordonner les 14 parents qui occupent l’école entre les cours de la maternelle et de l’élémentaire. “Heureusement qu’il y a une bonne entente avec la direction, ça facilite les choses”, reconnaît-elle. 

Pas de dialogue avec la mairie

À Sinoncelli comme ailleurs, la lourdeur du protocole sanitaire est venue s’ajouter aux revendications des agents qui dénoncent un manque de personnel et les transferts d’une école à l’autre, sans préavis. C’est en tout cas ce que confient les agents grévistes au personnel enseignant ou aux parents. Ils n’ont pas souhaité répondre aux questions de Marsactu. L’opposition LR qui dirige la mairie de secteur s’est rendue sur place. Pour eux, le compte n’y est pas. “Pierre Huguet nous affirmait que les équipes étaient au complet. Une fois sur place, on s’est rendu compte qu’il manquait trois agents, absents pour accident ou maladie”, explique Romain Brument, l’adjoint d’arrondissement délégué aux écoles.

Côté mairie centrale, les piques-niques sauvages n’ont pas permis d’ouvrir un dialogue. “On a organisé une manifestation devant la mairie, on était dix parents pour manifester. Pierre Huguet a distribué sa carte à chacun. J’ai appelé plusieurs fois depuis, personne ne répond”, raconte Assoumani Hairati. Contacté par Marsactu, l’adjoint chargé des écoles et des cantines à la mairie de Marseille, dit “avoir conscience de la situation et de ses conséquences sur les enfants”. Et s’en tient au discours habituel sur la lourdeur du protocole sanitaire et le dialogue social avec les syndicats “toujours en cours”. Cloîtrés dans le réfectoire, les agents attendent la fin de la grève pour reprendre le travail. À partir de lundi, ils n’auront plus le droit de ne faire grève juste pendant une heure et devront perdre des journées entières s’ils souhaitent se mobiliser. Pas certain que cela change les choses à Sinoncelli. 

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Commentaires

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  1. RML RML

    Mais quel bordel! Une guerre qui ne finira jamais. La grève, c est quand même vache surtout en cette période! Apres, quand je vois les mamans et l absence de masque pour certaines( une echarpe sur le nez ne sert à rien), je me dis qu on est pas rendu…

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    • Lisa Castelly Lisa Castelly

      Je crois qu’il faut que vous regardiez la photo de plus près, il s’agit bien de masques chirurgicaux noirs.

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  2. Pierre - Yves Borrel Pierre - Yves Borrel

    Mais qu’attend le Maire pour agir, …..?
    C’est pas en proposant des galettes à la récréation de 10h à compter de lundi prochain, que ça va régler le PROBLEME !!!!!

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    • Pierre Pierre

      Lui qui avait des solutions à tout…

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    • Castellan Castellan

      Oui apparemment la nouvelle municipalité n’est pas plus efficace avec les écoles malgré l’urgence qu’elle représentait dans leur campagne.

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  3. bud_ice13010 bud_ice13010

    Depuis 2011 que mes enfants fréquentent les écoles marseillaises, je n’ai pas connu une année sans jour de grève…
    Sans parler de périodes particulièrement marquées comme le mois de juin ou les veilles de vacances…
    Qu’il y ait des grèves, pas de soucis! Mais, que les grévistes fassent preuve de pédagogie au niveau des parents afin de leur expliquer la situation car à force de multiplier ce type d’actions sans information les parents vont être de plus en plus excédés car tous n’ont pas de solution de dernière minute pour pallier à ce manque de service public…

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    • petitvelo petitvelo

      Des grévistes qui menent une lutte tellement juste qu ils refusent de s exprimer a la presse ?! Tout est dit.

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  4. jasmin jasmin

    C’est lamentable de ne pas essayer de comprendre le problème et résoudre le problème pour tant d’enfants qui ont droit à un repas gratuit et dont le repas est chaud et prêt dans la cantine, mais qu’on refuse de leur servir.

    Les parents ont eu raison de s’organiser pour nourrir les enfants et le directeur de l’établissement a eu raison de les laisser entrer dans la cour pour réunir les enfants et les faire manger. Il fallait parer à l’urgence. J’aurais bien aimé que l’article dise quel repas, alternatif ou non, est servi par les parents à ces enfants. Est ce que le personnel de la cantine en grève mais dans les locaux prépare le repas et le file aux parents qui distribuent, ou est ce que les parents amènent la tambouille ou font la cuisine sur place? On ne peut s’empêcher de trembler à l’idée de voir tant de gamins agglutinés sans masque et les parents qui prennent des risques pour leur propre vie même masqués, tout près de tant d’enfants pas masqués. Les variants du COVID-19 s’en prennent surtout aux enfants et adolescents et sont extrêmement contagieux. Mais ça n’a pas l’air d’avoir gêné toutes les autres cantines de tous les arrondissements de Marseille.
    C’est lamentable cette mairie de secteur qui y va mettre de l’huile sur le feu, sans proposer des solutions. On se demande comment la population a pu voter pour eux, en espérant qu’ils seraient plus à même de résoudre leurs problèmes. Ce qu’ils peuvent faire, c’est à la mairie de secteur, retrousser leurs manches poussiéreuses et aller faire une enquête sérieuse si le pourquoi de ce dysfonctionnement quasi unique à Marseille. Ils doivent questionner les parents, l’école, le personnel de la cantine et les enfants, puis comparer avec d’autres secteurs qui marchent bien. Ensuite PROPOSER des solutions locales, sans brandir leurs dents déployées.

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