À la Pointe-Rouge, pour leur retour les terrasses se mettent à l’aise

Reportage
le 13 Juin 2020
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Alors que les travaux d'aménagement ne sont toujours pas terminés à la Pointe-Rouge, les terrasses se déconfinent et prennent quelques libertés. Sur la plage, des promeneurs s'inquiètent du grignotement de l'espace public et craignent un changement d'ambiance d’une plage à la base populaire et familiale.

Sur la plage de la Pointe-Rouge, les yeux se plissent face au soleil couchant. À l’heure de l’apéro, les promeneurs ralentissent le pas devant les cartes des restaurants. Les serveurs s’impatientent en terrasse. Malgré la douceur des températures de juin, le vent semble refroidir les velléités de baignades des promeneurs venus en famille. La plage est clairsemée et, en ce mercredi soir, les clients arrivent au compte-goutte pour se restaurer. Si les tables des restaurants et brasseries, posées à même le sable, peinent à faire le plein depuis leur réouverture, le 2 juin, certaines terrasses semblent avoir pris leurs aises depuis l’an passé. “Il n’y a plus beaucoup de place pour passer. Bientôt, on va devoir marcher dans l’eau”, ironise Yves, venu se balader avec sa compagne et ses jeunes enfants.

Des terrasses qui grignotent la plage

Sans limite physique identifiable, difficile d’estimer dans quelle mesure les surfaces privatisées se sont étendues. En effet, pour la troisième année consécutive, les établissements de la Pointe-Rouge vont passer l’été les pieds dans le sable. La loi littoral, impliquant la démolition de toute construction en dur sur le plage, est passée par là, en octobre 2017. Plus de béton donc, mais bientôt une allée en châtaignier que doit construire la mairie, desservant des terrasses en bois et en acier galvanisé. En attendant la fin des travaux d’aménagement, stoppés net par la crise du COVID-19 et qui avaient déjà pris du retard, certains établissements profitent de l’absence de délimitations pour s’étendre.

“Même pendant les travaux, tout le monde doit respecter la surface commerciale qui lui est dédiée”, rappelle Cyrille Rebuffat, gérant du restaurant L’Escale. Des surfaces réparties en 7 lots, allant de 58 m2 à 231 m2, fixées lorsque l’État a délégué la gestion de la plage à la Ville. La loi littoral impose que les terrasses ne dépassent 20 % de la surface totale de la plage et doivent laisser plusieurs mètres de passage avant la mer. Le restaurateur concède néanmoins avoir installé quatre tables en dehors du périmètre de son lot, “un moyen de limiter les conséquences des mesures sanitaires à respecter : on a dû espacer les tables entre elles, cela nous fait perdre 30 places.”

“Les services de la ville ont constaté de légers débordements, un peu sur toutes les terrasses. Ils vont échanger avec les restaurateurs pour remédier à la situation”, présente Didier Réault, adjoint au maire délégué aux plages. “Nous n’allons pas verbaliser bêtement, nous avons toléré de légers dépassements pour cette reprise après une période très compliquée pour les restaurants et bars. De la même manière, nous avons été conciliants avec les promeneurs, sur le “mode dynamique” des plages”.

Au centre, la terrasse du Saona a pris ses aises, au point de ne laisser que quelques mètres avant la mer.

Mais juste après L’Escale, les transats du Saona Beach, cachés derrière une fine palissade, ont plus que grignoté quelques centimètres de plage. Les clients peuvent même profiter d’un petit jacuzzi gonflable à quelques mètres des discrètes vagues de la Méditerranée. “Nous avons l’impression que la terrasse a doublé de surface depuis l’été dernier”, commente Yves qui habite à 5 minutes à pieds. Sa compagne Aissata poursuit, “on s’interroge, on souhaite juste que ce soit géré et encadré. C’est l’espace privé qui s’accapare la plage”.

“Jolies filles” et grosse enceinte

Le gérant du Saona Beach se défend d’avoir dépassé les 218 m2 dédiés à son activité de bar et snack. “Nous avons avancé de 4 mètres notre terrasse, mais cela correspond à la place que prendra l’allée des cabanons que va aménager la Ville, cela compense”, tente-t-il de se justifier. Malgré ce, la distribution des lots réalisée par un appel d’offres, ne définit pas seulement la surface mais également le périmètre de chaque établissement. Celui dédié au Saona Beach s’arrête bien plus loin de la mer : si l’établissement ne semble pas occuper entièrement la largeur qui lui est dédiée (16,2 m), leur terrasse se rattrape en allant bien au-delà des 13,5 m de long prévus. “Un tel étalement n’est pas du tout dans l’esprit de l’appel d’offre réalisé par la Ville”, juge Didier Réault qui n’a pas encore pu constater de visu ces pratiques.

Au Saona Beach, près des transats, un couple de retraité s’est attablé, pas tout à fait à l’aise mais l’air satisfait de pouvoir siroter leur verre face à la mer. Derrière, près du bar, des chichas sont alignées à côté d’une grosse enceinte. “Nous voulons proposer autre chose, avec de la musique de l’ambiance et des jolies filles, tout ça dans un beau cadre”, explique le patron du bar. Un tour sur la page Facebook est éloquent :

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La Pointe-Rouge est un endroit familial qui change depuis quelques années.

Aissata, habitante du quartier

L’établissement se démarque à la Pointe-Rouge, et cela inquiète. “C’est un endroit familial qui change depuis quelques années. On a peur que tout ait été détruit pour qu’au final ce soit moins bien qu’avant”, explique Aissata. Pourtant, les enseignes n’ont pas changé. L’appel d’offres pour l’attribution des sept lots en sous-concession, a permis en novembre 2019, à 6 des 7 établissements déjà en place de rester pour les 6 ans à venir. Didier Réault vante plutôt des exigences plus fortes : “Le cahier des charges prévoit notamment le nettoyage, par les gérants, de la plage 10 mètres autour de chaque terrasse ainsi que la gestion des toilettes publiques. Sur ce point c’est une montée en gamme pour la Pointe-Rouge”, estime l’élu LR. Quant à la montée des tarifs, dont certains habitués craignaient qu’elle accompagne cette nouvelle donne, elle n’est pour l’heure pas flagrante et on retrouve dans l’ensemble la restauration traditionnelle de la plage, entre pizzas, salades et fruits de mer.

“Je comprends l’objectif de la Ville de proposer d’un côté, des espaces publics plus propres et plus sécurisés et de l’autre des espaces privatifs de qualité. C’est plutôt une bonne chose”, confie pour sa part Cyrille Rebuffat qui s’était battu contre la destruction des terrasses en dur. “Mais, c’est une transition subie, nous avons dû licencier 10 personnes. Sans terrasses fermées, nous ne pouvons plus ouvrir l’hiver et le reste du temps nous subissons les aléas de la météo. Cela représente une perte de 35 % du chiffre d’affaires.”

D’autant plus que la crise du COVID-19 est passée par là pour les patrons de la Pointe-Rouge. Au moment de l’attribution des lots pour 6 ans, les bénéficiaires s’étaient engagés à des investissements. “Les prêts garantis par l’État vont nous sauver cette année. Mais, l’année prochaine, on risque de ne pas pouvoir investir comme nous devions le faire afin d’installer nos terrasses en bois”, s’inquiète, en suspens, le patron de l’Escale. Prévue à l’origine pour 2018, puis repoussée d’année en année, cette mutation attendra encore cet hiver.

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Commentaires

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  1. Happy Happy

    Oh my god ! Le clip du Saona Beach devrait suffire à lui retirer son droit d’occupation de la plage, non ?

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    • Brallaisse Brallaisse

      Ce clip est une véritable ode à la gagole marseillaise.Une merveille, con !

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    • barbapapa barbapapa

      “Montée en gamme” ??????????? ose cet en……. de Réault ?????????!!!!!!!!! La plage telle que la majorité des marseillais la DETESTE !!!!!!!!

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  2. Electeur du 8e Electeur du 8e

    “De la musique, de l’ambiance et des jolies filles” : beauferie et sexisme. Tout un programme.

    Et, bien entendu, le niveau sonore de la musique sera réglé pour qu’elle soit inaudible à l’extérieur du périmètre concédé à cet établissement ?

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    • Assedix Assedix

      Lol! Je pense qu’il s vont jouer sur des fréquences seulement audibles par les jolies filles 🙂

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  3. Assedix Assedix

    De toute façon, en France, on fait tout pour décourager les entrepreneurs. Il suffit qu’un mec décide s’accaparer une plage pour y faire commerce de jolies filles et tout le monde lui tombe sur le dos

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  4. Richard Mouren Richard Mouren

    L’interdiction de la musique diffusée par les restaurants fait-elle partie du cahier des charges?

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  5. Brallaisse Brallaisse

    Nous sommes dans la droite ligne de Bernasconi qui voulait transformer la Canebière en Brodeuuuuuway, cet âne de Reault avec son collègue bistroquet la Pointe Rouge en Miamieuuuu. Bienvenue au pays des quèquè et des gagole, le bras à la portière avecqeuuuuu la gourmette en or

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  6. PierreLP PierreLP

    Je ne savais pas que le Saona Bitch proposait des bières…

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  7. leb leb

    C’est un “poisson de juin” cette histoire de Sanoa Beach ou bien cela veut juste dire que le monde d’après sera 1000 fois plus débile et vulgaire que le monde d’avant?

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  8. Aurelien GERARD Aurelien GERARD

    Nous sommes au regret de constater qu’il n’y a encore que des “héros” derrière leurs écrans.
    Un jugement encore une fois basé sur des clichés sans même être venu mettre un pied dans l’établissement…
    Le confinement ne vous a donc pas servi de leçon. Vous naissez avec vos a priori,vous mourrez avec,et vous aurez passé votre existence sans en sortir grandi.
    Casser du Sucre sur le dos des entrepreneurs,des gens qui essaient de proposer des choses nouvelles,de faire vivre un commerce et un coin “oublié” de Marseille,ne suscite chez vous que de l’ironie et du cynisme. Mais sans rancune….d’autant plus, que l’on nous prête des propos qui n’ont JAMAIS été recueillis par un quelconque journaliste.
    Que chacun prenne ses responsabilités à présent…

    Bonne lecture et pour les moins “bornés” vous êtes les bienvenus chez nous.

    Bien à vous.
    Le Saona

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  9. Brallaisse Brallaisse

    Je viens de revisionner le clip présentant votre établissement et effectivement à sa vue , je pensais que vous alliez créer en sus de celle de plagiste, une nouvelle activité afin de relancer ce quartier “oublié”, mais pas par les automobilistes en tous cas.
    Avec cet étalage de viande sur votre petit film j’ai supposé que vous lanciez une activité de boucher-charcutier et de vente à emporter. Mais visiblement ce n’est pas le cas . Comme quoi les apparences sont quelquefois trompeuses.
    Alors les “bornés” dont je fais visiblement partie et qui ont des a priori ont quelques fois des lueurs de lucidité face à des entrepreneurs qui se racontent et qui nous racontent des histoires . En ce qui concerne votre concept ,cet a priori est malheureusement une réalité , il est vulgaire . Voyez ,la vulgarité, ça ne s’improvise pas. On est vulgaire. On naît vulgaire. C’est une infirmité de l’âme.
    C’est une constante et je ne vous en veux pas finalement , vous êtes dans l’air du temps, vous avez mis en marché ou plutôt posé cette dernière sur le sable ou vos Vulgus puissent s’y radasser à loisir.
    Merci à Bedos pour ses propos sur la vulgarité , il visait souvent juste

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    • Aurelien GERARD Aurelien GERARD

      Monsieur,à la lecture de vos propos,je constate que les automobilistes vous agacent,notre commerce vous agace,tout ce qui crée une économie sur cette zone vous agace.
      Car moinsd’automobilistes serait synonyme de moins de fréquentation etc etc.
      Je pense que,et je vous prie de m’en excuser par avance,vous seriez peut être plus en adéquation avec une vie à la campagne que dans le 8EME Arrondissement de Marseille.
      Vous me dites que l’on est vulgaire,alors que vous parlez vous-même d’un “étalage de viande” ? Soyons sérieux,et revoyez je pense la considération des jeunes femmes que vous voyez sur ce clip,car je pense qu’elle n’est que le reflet de votre frustration.
      On ne me dira pas que la plage de la pointe rouge est une plage familiale. Ceux qui le revendiquent sont ceux qui ont peur de la vérité.
      Il s’agit d’une plage populaire où beaucoup de jeunes des quartiers nord et sud descendent. Et ça c’est une vérité ! Seulement les gens comme vous en ont peur,et sont plein d’a priori à leur sujet.
      Le concept familial ne fonctionne pas sur cette plage en journée,venez donc vous verrez par vous-même.
      Mais pas à 8h30 ou 19h…Osez venir en plein après midi,vous confronter à la réalité des faits,arrêtez de faire l’autruche,venez voir par vous-mêmes les vols de sacs et les problèmes auxquels la police doit faire face en permanence,et qui le gère d’une main de maître.
      Sortez de votre maison,oubliez votre ordinateur,et venez sur le terrain.

      La critique est tellement aisée,et l’art si difficile…

      Au plaisir de vous rencontrer un jour,autour d’un café,pour échanger de manière moins virtuelle…
      Venez nous voir sur cette plage si familiale que vous le prétendez 😉

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