À la Madrague de Montredon, Envoyé Spécial fait remonter le plomb

Actualité
Violette Artaud
5 Fév 2018 3

Après la diffusion de l'émission Envoyé Spécial sur la pollution des sols avec l'exemple de l'école de la Madrague de Montredon, les parents d'élèves s'interrogent sur l'éventuelle contamination au plomb de leurs enfants. Alors que l'ARS se dit "d'accord sur le principe" d'une campagne d'analyse du plomb dans le sang, la mairie tente de rassurer ces parents lors d'une réunion ce lundi.

L'usine de Legré-Mante, en activité jusqu'en 2009

L'usine de Legré-Mante, en activité jusqu'en 2009

Dans le paisible quartier côtier de la Madrague de Montredon (8e arrondissement), l’imposante cheminée de l’ancienne usine chimique Legré Mante fait partie du décor. Depuis 2009, le site industriel est fermé. Mais il n’en va pas pour autant du dossier de santé publique, qui refait surface régulièrement (voir notre dossier).

Après des siècles d’activités industrielles chimiques, dont près de 200 ans de production de plomb, quel est l’impact sanitaire pour les habitants du quartier et notamment, pour leurs enfants, plus sensibles à la pollution ? Le magazine télévisé Envoyé Spécial du 11 janvier a mis un coup de projecteur sur le sujet et notamment sur l’école située à immédiate proximité de l’usine.

10 mèches sur 11 contaminées au plomb

Menant sa propre étude, l’équipe de tournage a révélé la présence de plomb dans les mèches de cheveux de plusieurs enfants de cette école. Selon cet examen, qui consistait à tester la présence de plomb sur 11 mèches de cheveux d’élèves de l’école primaire de la Madrague de Montredon, 10 échantillons contenaient au final cette substance chimique. Bien que ces résultats ne constituent pas un indicateur aussi fiable qu’une prise de sang, aucune valeur comparative ni seuil n’étant établis pour ce type de test, il peut cependant représenter un indice d’exposition à cette pollution industrielle. Un indice qui semble avoir déclenché la mobilisation des parents d’élèves, qui depuis, se sont organisés en comité pour mener des actions.

L’Agence régionale de santé, sollicitée par la conseillère municipale d’opposition Annie Levy-Mozziconacci (PS) se dit « d’accord sur le principe » d’une nouvelle plombémie, une analyse de taux de plomb dans le sang des enfants de moins de six ans habitant le quartier. À un taux élevé, le plomb entraîne une maladie baptisée saturnisme dont les symptômes sont d’importants retards de développement.

« J’ai conseillé de faire une plombémie »

« J’ai rencontré l’ARS le jeudi 1er février. Il devrait y avoir une étude à l’échelle du quartier pour réaliser des plombémies. C’est un premier pas, qui correspond à ce qui est prévu dans les textes dans ce genre de situation. Je pense que nous pourrons avoir de meilleurs résultats qu’en 2013 car la mobilisation est désormais plus importante », raconte l’élue des 6e et 8e arrondissements. En 2013, une campagne d’information sur les risques liés aux plomb avait en effet déjà été mise en place par l’ARS.

« Nous avions adressé un courrier à tous les médecins généralistes du quartier pour leur demander de prévenir les parents qu’ils pouvaient amener leurs enfants faire une plombémie », entame Karine Huet, déléguée de départementale des Bouches-du-Rhône de l’Agence régionale de santé Provence–Alpes–Côte d’Azur. Mais cette étude n’a pas vraiment porté ses fruits. « L’information a été transmise mais c’était aux parents d’accepter ou non de le faire », précise-t-elle. A priori personne n’a demandé cette prise de sang.

Justement, les parents, la déléguée départementale de l’ARS les a également reçu ce jeudi dans son bureau. « Je leur ai conseillé d’aller faire cette plombémie », ajoute Karine Huet. L’inquiétude, qui jusque là ne s’était donc pas vraiment fait ressentir, serait en train de se réveiller chez les parents d’élèves de la Madrague de Montredon.

Outre l’organisation d’une réunion d’information lundi 22 janvier, suivie du rendez-vous avec l’ARS le jeudi, ils doivent également rencontrer ce lundi, l’élue municipale en charge des écoles Danièle Casanova et celui chargé de la santé Patrick Padovani, accompagnés de techniciens de leurs services. « Après des demandes intenses et répétées des parents d’élèves, nous avons accepté de les rencontrer pour une réunion d’information, raconte l’élu à la santé. Nous allons donc expliquer à ces parents les actions que nous avons faites d’après les recommandations de la Dreal  [direction régionale de l’environnement de l’aménagement et du logement. Ndlrpour repasser en catégorie B« , détaille l’élu faisant ainsi référence à un classement établis par l’État dans le cadre d’une étude nationale.

École classée C

Cette dernière, menée à partir de 2012, porte sur les sols des écoles situées à proximité des sites industriels. Ces conclusions n’ont été rendues publiques qu’en septembre dernier : alors que l’école maternelle de la Madrague de Montredon est classée B – ce qui signifie que « les aménagement et les usages actuels permettent de protéger les personnes des expositions aux pollutions » – l’école primaire, elle, a été classée C. « Les diagnostics ont montré la présence de pollutions qui nécessitent la mise en œuvre de mesures techniques de gestion, voire la mise en œuvre de mesures sanitaires », peut-on lire dans le rapport.

Ce classement dans la dernière des catégories vise plus précisément le jardin du logement de fonction du gardien de l’école, dont la terre contient du plomb en quantité supérieure aux normes européennes. Mais, cet endroit n’étant à priori pas accessible aux enfants et le taux de plomb y étant mesuré en faible quantité, aucune prescription supplémentaire n’a été mise en place. Si ce n’est que la Ville déclarait alors qu’elle comptait changer la terre de cette parcelle. « Le 17 janvier dernier, la Dreal s’est rendue à l’école pour vérifier que les travaux nécessaires ont bien été fait par la mairie », rend compte Claude Fercha, président de la fédération des parents d’élèves de l’enseignement public (PEEP), association départementale marquée politiquement à droite et sous l’égide de laquelle s’est monté le comité des parents d’élèves de l’école de la madrague de Montredon. La Dreal doit rendre son rapport le 20 février.

Pour Claude Ferchat, le reportage d’Envoyée Spécial était pour le moins alarmiste et si quelques parents sont inquiets pour la santé de leurs enfants, ce n’est pas le cas de tous le monde. Il préfère par ailleurs répondre lui-même à Marsactu plutôt que de transmettre les coordonnées de parents qui font partie du comité en question, estimant qu’il s’agit « d’un dossier complexe » qui mérite « d’être sorti de l’enceinte de l’école ».

Ce lundi, les élus de la mairie vont donc tenter de rassurer ces parents d’élèves inquiets. « S’ils veulent aller plus loin, ça ne tient qu’à eux. Nous, nous sommes désormais dans les normes », avance Patrick Padovani. À eux ou à l’État, par le biais de l’ARS, qui « réfléchit » donc à relancer une campagne d’information pour pousser les habitants du quartier de la Madrague de Montredon à amener leurs enfants faire une prise de sang.

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