À la gare Saint-Charles, la grève du ramassage des poubelles s’inscrit dans la durée

Reportage
le 22 Juin 2023
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Les agents d'entretien de la gare Saint-Charles et du réseau de la RTM sont en grève depuis onze jours. Malgré de premières avancées de la part de leur employeur, Laser propreté, le mouvement est reconduit. Les grévistes demandent notamment à la SNCF de garantir le maintien de leurs postes dans le futur.

21 juin 2023, gare Saint-Charles (Photo : LD)
21 juin 2023, gare Saint-Charles (Photo : LD)

21 juin 2023, gare Saint-Charles (Photo : LD)

Sur le quai A de la gare Saint-Charles, une dizaine d’agents d’entretien tiennent le piquet de grève, ce jeudi matin. “Aidez-nous à atteindre les 400 euros aujourd’hui, on est déjà à 350 euros”, lance l’un d’entre eux à des voyageurs. Sur la table devant lui, la caisse de grève avec quelques pièces et billets, ainsi qu’un chèque. “On fera un concert d’ACDC”, ironise-t-il, mégaphone à la main. Plus réalistement, ces dons d’usagers des transports en commun les aideront financièrement après onze jours de grève. Un mouvement qui ne passe pas inaperçu. À quelques pas, les poubelles s’amoncellent. Les déchets grimpent tels des mauvaises herbes le long des murs. Des papiers d’emballage volent.

Les grévistes sont salariés de l’entreprise de nettoyage Laser propreté, prestataire de la SNCF et de la RTM sur les sites du réseau métropolitain et à la gare Saint-Charles. Mobilisés, ils demandent à la régie des transports marseillais la régularisation de retenues salariales liées à des pénalités. Un combat désormais gagné. À la SNCF, ils réclament l’assurance du maintien de leurs postes en gare. Loin d’avoir obtenu un engagement suffisant de l’entreprise ferroviaire, la grève perdure donc.

21 juin 2023, gare Saint-Charles (Photo : LD)

Menace sur les emplois

Ce mercredi matin, une trentaine d’hommes écoutent religieusement Kamel Djeffel, secrétaire national du syndicat des agents de propreté CAT. Sur le quai, l’assemblée générale se veut express. “La visite du ministre [des Transports, Clément Beaune] mardi, avec qui on a discuté, a fait avancer les choses. Maintenant, il faut que ça redescende auprès de la SNCF”, assoit le syndicaliste.

Car pour l’heure, le différend avec le groupe ferroviaire ne s’apaise pas. Jusqu’en 2026, il a engagé la société Laser Propreté pour assurer le nettoyage et le ramassage des déchets dans la gare. Mais la rumeur circule qu’il voudrait faire appel, pour le prochain contrat, à un prestataire non rattaché à la Fédération des entreprises de propreté et donc, à la convention collective du secteur. C’est pourtant cette dernière, via son annexe 7, qui protège les agents d’entretien en garantissant leur maintien en poste malgré un changement de prestataire.

La crainte est de taille pour les agents présents. Car à à la gare d’Aix-en-Provence, le choix a déjà été fait en 2022 de recourir à une “régie associative”, soulignent les grévistes. La SNCF a attribué le marché à Nea Paca, qui œuvre pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées. Neuf postes d’agents avaient alors été menacés, avant d’être maintenus à la suite d’un mouvement de grève. Aux yeux des syndiqués, qui le redoutaient, l’histoire se répète. “C’est du dumping social. L’insertion sociale est un gadget si du personnel est parallèlement mis sur le carreau”, regrette Frédéric Michel, le secrétaire général territorial de Sud rail, qui soutient les grévistes.

Auprès de la direction de Laser propreté, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, la SNCF aurait garanti le maintien de leurs postes, selon Kamel Djeffel. “Mais nous voulons une position officielle”, argue-t-il. Contactée par Marsactu, l’entreprise de transports déplore, elle, l’état de la gare et indique : “À ce jour, aucune démarche n’a encore été engagée pour la suite. Lors de la consultation, les règles des marchés publics seront bien entendu strictement respectées par SNCF.” 

Des retenues de salaire régularisées

Kamel Djeffel appelle pour l’heure à rester uni, même si les agents dédiés au réseau de la RTM ont eu gain de cause. “Ce n’est pas une grève de solidarité, c’est une grève tout court”, clame-t-il à l’assemblée. Des pénalités à hauteur de 50 000 euros imposées par la RTM à Laser propreté, injustifiées pour les employés, avaient été répercutées sur leurs salaires. “Ces retenues vont être régularisées, notre employeur va le prendre à sa charge”, se félicite le syndicaliste. Il va aussi revaloriser de 400 euros mensuels les salaires de quatre agents aux échelons les plus bas, qui exerçaient depuis plusieurs années des responsabilités sans le salaire qui devait aller avec.” Une source de satisfaction, bien que cette revalorisation ne fasse pas partie de leurs revendications.

Les couloirs du métro à Saint-Charles le 21 juin 2023 (Photo : LD)

Kamel Djeffel reste toutefois très critique envers la RTM. “Elle a entravé la grève, en faisant appel à des agents d’entretien d’une autre entreprise”, dénonce-t-il. Un recours que confirme la régie des transports métropolitains dans un communiqué : “Face à cette situation, qui génère un risque sécuritaire (détritus au sol) et sanitaire, la RTM a missionné mardi matin un autre prestataire pour qu’un nettoyage de première urgence soit réalisé dans les stations.”

Le syndicat a par ailleurs alerté l’Inspection du travail au sujet des différents points de revendication, qui a accusé réception de leur prise de contact. Les grévistes ont voté mercredi après-midi la reconduite de la grève, en l’absence de visibilité sur le maintien de leurs postes. Abdelkader Boualia, l’un d’entre eux, depuis 17 ans à la gare, s’en désole : “On ne demande pourtant pas des folies”. En attendant, les poubelles s’accumulent. Mais pour combien de temps encore ?

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Commentaires

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  1. Charlie Pierre Charlie Pierre

    En fait, ils font grève trois ans avant, pour qu’on leur assure qu’en 2026, ils aient encore leur job.

    J’ai relu 2 fois l’article tellement le concept me paraissait surprenant !

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  2. vékiya vékiya

    Un gros problème avec la notion de propreté dans cette ville, entre incivisme et travail ni fait ni à faire.

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  3. Lissia Lissia

    La RTM comme la SNCF ont comme tendance à confondre les personnels qui assurent quotidiennement le nettoyage, (un travail dont on n’a jamais conscience, jusqu’aux jours de grève) avec les kleenex qu’on jette dans une poubelle après usage. La ficelle est énorme : faire reprendre le nettoyage par une asso permet de contourner la loi qui veut que si une nouvelle entreprise est repreneuse, elle doit reprendre tous les personnels de la précédente. Comme une asso n’est pas une entreprise, les personnels l’auront dans le baba. De plus, avancer l’argument que c’est pour faire de l’insertion de personnes handicapés ou défavorisées laisse bien dubitatif (et même on rigole !) : rien n’assure que tous les postes de travail seraient pourvus. En réalité c’est un montage pour faire des économies. Et c’est ça le pire : on met des gens qui font honnêtement leur boulot au chômage, on réduit le volant de gens sur le terrain et…on aggravera forcément l’état d’hygiène et de salubrité du métro et de la gare.
    J’espère que les Marseillais s’apercevront enfin que si leurs couloirs, quais et rames sont toujours propres, c’est parce qu’il y a des gens qui y travaillent. Quand je vois, dans les rames de métro, les coulures de canettes de boissons sucrées, les papiers, les ordures, etc… je me dis que la formation à la civilité collective et au respect de ceux qui nettoient devient urgente.

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