À la Belle de Mai, le jardin Levat sera-t-il un jour « un grand espace vert public »?

Actualité
Violette Artaud
21 Fév 2019 3

Alors que les habitants de la Belle de Mai tentent de s'organiser pour profiter de l'écrin de nature du jardin Levat, le futur plan local d'urbanisme le pose en jardin public. Mais, au-delà du papier, la Ville propriétaire des lieux, reste frileuse à l'idée d'une ouverture plus large.

Photo : Jean-Claude Moireau.

Photo : Jean-Claude Moireau.

Les beaux jours arrivent et il fait bon vivre sous les arbres fruitiers du jardin Levat. Ça et là, quelques privilégiés bien informés profitent des 17 000 m2 de verdure nichés en plein cœur de la Belle de Mai (3e), quartier dénué de tout espace vert. En ce mercredi, le verger de l’ancien couvent Levat, habité près de 150 ans par une congrégation de religieuses et désormais investi par l’association artistique Juxtapoz, est ouvert au public.

On peut venir y pique-niquer ou même participer à des ateliers de jardinage organisés par l’association d’habitants Les amis du jardin Levat. Le reste du temps, le jardin est ouvert en journée du lundi au vendredi, grâce à la bonne volonté de Juxtapoz qui semble avoir finalement pris goût au partage de ce lieu unique après quelques mois de tension (lire notre article). Mais, après la fin de bail précaire en avril 2020, se pourrait-il, comme le réclament les habitants depuis que la Ville en est propriétaire, que le jardin Levat s’ouvre définitivement pour devenir un véritable espace vert public ? C’est en tout cas ce que prévoient les orientations du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi), dont l’enquête publique est en cours.

« Un grand espace vert à l’usage des riverains »

« Créer des équipements et des espaces publics qui stimulent les usages partagés et améliorent le cadre de vie », tel est l’intitulé de l’un des chapitres du document concernant le secteur des casernes (à lire en intégralité ici). Ainsi, on peut lire comme exemple sous cet intitulé : « transformation des jardins de l’ancien monastère des Victimes du Sacré-Cœur, rue Levat en grand espace vert public à l’usage des riverains, des habitants des quartiers voisins, de la ville voire de la Métropole («parc pédagogique», espace d’initiation au jardinage, lieu événementiel…) ». Une perspective qui jusque-là n’avait jamais été clairement posée sur papier par les pouvoirs publics.

Capture d’écran du projet de Plan local d’urbanisme intercommunal. Le code couleur vert et jaune correspond à un espace de loisir. L’étoile verte à un aménagement paysager. Source carte : Orthophoto DEPT13 1014.

Sur la petite parcelle de jardins partagés du jardin Levat, une dizaine de personnes mettent les mains dans la terre ou dégustent des dattes ramenées par l’une d’entre elles. Toutes sont du quartier. Et peu croient à une ouverture officielle et publique du jardin. Jonas est délégué à l’agriculture urbaine dans le comité d’usage – qui comprend associations, Ville, métropole, et membres de Juxtapoz – censé réfléchir à l’avenir du jardin. Il fait également partie des membres qui ont fondé l’association des Amis du jardin Levat, « dont l’objet est de permettre l’accès au jardin au plus grand nombre ». Pour lui, l’ouverture n’est pas vraiment sur la bonne voie. « Juxtapoz a fait un effort après son exposition de street art pour ouvrir 5 jours sur 7, mais ils ne peuvent pas se dédoubler. Du coup, le week-end, le jardin est fermé [sauf certains dimanches, ndlr]. On attendait un effort de la mairie à ce niveau là », rend-il compte.

« Nous faisons ce qu’ils ne font pas »

Mais pour le moment, la collectivité, qui mène avec la métropole le vaste projet urbanistique Quartiers libres dans le quartier, n’entend pas prendre les devants. « Nous avons mis en place un mode de gestion innovant pour réfléchir à la manière dont on peut ouvrir tout en protégeant cet écrin de beauté, rappelle Laure-Agnès Caradec, adjointe à l’urbanisme (LR) à la mairie de Marseille qui ne cesse de vanter « la concertation » mise en place dans le projet Quartiers libres. Tout est à imaginer et pour le moment je n’ai aucune idée préconçue de ce que nous en ferons. » Une façon, considèrent les habitants, de se dédouaner de toute intervention publique. « Ce comité de gestion est une coquille vide, une machine à ralentir les choses. Nous validons des projets au dernier moment, on nous refuse des choses sous prétexte qu’il n’y a pas de moyens, c’est leur caution « participation » et au final, on se retrouve à faire à leur place parce qu’ils ne font pas », s’agace-t-on du côté des Amis du jardin Levat.

Une critique que Laure-Agnès Caradec n’entend pas. « Nous avons mis a disposition deux services civiques pour les heures d’ouverture. Nous avons une convention et des subventions pour aider Juxtapoz et les services des espaces verts viennent sur place », rétorque-t-elle. « L’idée d’en faire un jardin public après trois ans d’expérimentation était envisagée dès le début, abonde dans le sens de la mairie Karine Terlizzi, chargée de projet à Juxtapoz. Nous nous demandions comment un jardin fermé pendant des années, avec des terres agricoles et un verger, peut-être préservé tout en étant ouvert. Nous avons réfléchi à une gouvernance partagée avec la Ville, les habitants et le cabinet Güller Güller qui devait gérer la concertation. Même si la mairie a mal communiqué sur ce dernier point », concède-t-elle tout de même. Sur ce plan, une réunion publique est prévue lundi 25 février à 18 heures au Cabaret aléatoire.

« Pas un jardin public au sens large »

Ainsi, si Juxtapoz gère, avec l’aide de deux services civiques, les horaires d’ouverture en semaine, les Amis du jardin Levat, qui disposent également des clefs du jardin, tentent eux de communiquer au public ces horaires, d’organiser des ateliers de jardinage et prennent même parfois les devants sur la concertation promise en instaurant des réunions pour discuter plus avant de l’avenir du jardin.

« Nous cherchons des prétextes pour ramener des gens au jardin, on se dit que plus on fait de choses, plus ça sera difficile de faire ici quelque chose qui n’est pas en accord avec le quartier et ceux qui y vivent », poursuit Jonas en regardant les riverains venus arroser les premières pousses de futurs légumes. Que les riverains se rassurent, le PLUI protège l’aspect naturel du lieu qui est en bonne partie un « espace boisé classé ». « Il n’y aura pas de construction à cet endroit », martèle Laure-Agnès Caradec..

Quant à l’idée d’en faire un jardin public, c’est beaucoup moins tranché. « C’est déjà un jardin public !, veut croire l’élu LR. Mais ça ne pourra pas en être un au sens large du terme, comme c’est le cas au 26e centenaire. À mon sens, ça serait du gâchis de mettre des aires de jeux pour enfants à cet endroit. Et puis ça ne sera pas l’unique point de nature sur le secteur », se défend Laure-Agnès Caradec. En effet, sur la planche du PLUi, on peut distinguer deux périmètres délimités par les mêmes légendes que le jardin Levat, à la caserne du Muy et à l’ancienne maternité. « Des espaces de loisirs paysagers » que rien n’oblige là non plus à transformer en véritable parcs publics ouverts le week-end.

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