"A Kem One, on demande une nationalisation provisoire"

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le 29 Mar 2013
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C'est un peu comme un effet domino qui frappe la filière industrielle et plus spécifiquement l'industrie chimique. Après LyondellBasell à Fos-sur-Mer, c'est l'usine Kem One de Lavéra qui vacille. Mercredi, jour où nous recevions Michaël Hébrard délégué syndical CGT de l'usine spécialisée dans la production vinylique, le tribunal de commerce de Lyon plaçait l'ensemble du groupe en redressement judiciaire. Depuis un an, cette branche spécialisée dans la production de PVC était passée des mains d'Arkema à celles d'un financier américain, Gary Klesh. Aujourd'hui, les 1300 ouvriers des usines de Lyon et Fos-sur-Mer vivent la plus grande des incertitudes.

Depuis mercredi, c'est un administrateur judiciaire qui gère l'ensemble du groupe. Le délégué CGT remonte le fil de ce fiasco. "Lundi, nous avons eu un comité central d'entreprise extraordinaire où on nous a informé que l'entreprise était en situation de cessation de paiement. Mardi, nous sommes allés voir le juge pour lui faire part de nos positions. Et notamment le fait qu'il prenne en compte à la fois l'amont et l'aval de la production". En effet, pour les syndicats, le risque était que l'ensemble de la filière PVC rachetée par Gary Klesh soit scindé en plusieurs tronçons en se débarrassant notamment de la partie amont de production vinylique, considérée comme moins rentable. 

Le juge a entendu les arguments des salariés et l'administrateur judiciaire aura bien seul la gestion de Kem One. "Ce qu'il faut maintenant, c'est faire tourner les usines. L'ensemble des organisations syndicales est unanime sur ce point. On commence à voir les entreprises sous-traitantes qui subissent une baisse d'activités. Les intérimaires sont renvoyés chez eux et ils forcent les employés à prendre leurs congés"

100 millions de cash envolés ?

Pour les syndicats, la catastrophe annoncée relève d'un scénario écrit d'avance. L'an dernier, Arkema cédait son pôle vinylique à Gary Klesh plus connu pour ses activités financières qu'industrielles, cession assortie d'un effacement des 470 millions de dettes et d'un chèque de 100 millions d'euros pour effectuer les investissements nécessaires. "Nous l'avions dénoncé à l'époque comme un plan social sous-traité. Dans les usines, on a la rage contre Arkema. Tout ce que nous avions prévu a fini par arrivé. L'entreprise est viable mais il faut investir sur certains points, ce qu'Arkema n'a pas fait. Ensuite, Gary Klesh a récupéré le pôle vinylique et les 100 millions de cash ont été soit placés dans des filiales notamment à Malte et Jersey mais, pire, Gary Klesh a prêté une partie de cet argent à Kem One sans qu'on puisse connaître le taux"

De son côté, Gary Klesh accuse Arkema de ne pas lui avoir délivré toutes les informations sur la situation du groupe et demande des dommages et intérêts ainsi qu'un arbitrage judiciaire. "Nous ne prenons pas parti dans ce conflit, commente Michaël Hébrard. Nous mettons les deux dans le même sac. Nous demandons à ce qu'Arkema assume ses responsabilités et réalise les investissements nécessaires à la survie à long terme du pôle".

Cet embrouillamini financiaro-industriel se double de souci de conjoncture. Le marché mondial du PVC est plutôt à la baisse et l'usine de Lavéra souffre de difficulté d'approvisionnement en éthylène suite à l'explosion d'un vapocraqueur à Noël. "C'est clair qu'on n'a pas une marche optimale en ce moment évidemment. Mais l'important c'est que l'entreprise est viable. Elle réalise un milliard d'euros de chiffre d'affaires et représente le 3e producteur mondial de PVC. On sait qu'il y a des tractations en cours entre l'Etat, Arkema/Total et Gary Klesh parce que chacun a sa part de responsabilités. Mais si on doit aller vers la catastrophe avec la fermeture de l'usine, cela représente 1300 salariés directement touchés mais 25 000 au total si on prend en compte l'ensemble de la filière amont et aval".

Les syndicats sont en contact régulier avec le cabinet du ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, qui suit ce dossier, heure à par heure. "Nous demandons une nationalisation provisoire, le temps d'y voir plus clair dans les comptes". Réponse peut-être, mardi, jour où Arnaud Montebourg est annoncé à Marseille avec le train de l'industrie.

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Commentaires

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  1. Serge Serge

    Soyons réaliste : quand une entreprise réoriente son activité, comme Arkema aujourd’hui sur la chimie de spécialité, le meilleur moyen c’est quand même de chercher à sauvegarder les autres activités (ici le pôle vinylique) pour préserver les emplois via un repreneur, sinon c’est plan social assuré. Et quand Arkema a eu à faire des plans sociaux jusque-là elle les a fait… donc aller la taxer de sous-traiter le plan à Klesch c’est aller un peu loin non ! Puis franchement, si on a un minimum de connaissance de gestion d’entreprise, comment Arkema pourrait relancer cette activité alors qu’elle a pris un nouveau virage stratégique ! Pourquoi ne pas plutôt se tourner vers Total pour tenter de récupérer le vapocraqueur ?
    En même temps, ce n’est pas comme si la cession s’était faite sans l’accord des syndicats ! Arkema a visiblement consenti des garanties sociales et pris des précautions concernant les salariés du pôle vinylique : http://fr.wikipedia.org/wiki/Arkema. Gary Klesch par contre a agi sans aucune pitié !

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  2. Jo Jo

    “Puis franchement, si on a un minimum de connaissance de gestion d’entreprise, comment Arkema pourrait relancer cette activité alors qu’elle a pris un nouveau virage stratégique !”

    En faisant passer l’intêret des êtres humains avant les intêrets statégique!(je sais,je sais c’est complètement dingue)

    “En même temps, ce n’est pas comme si la cession s’était faite sans l’accord des syndicats ! ”

    Et bien si Serge les organisations syndicales n’étaient absolument pas d’accord,les salariés non plus..le 5 décembre 2011 ils étaient entre 600 et 750 personnes au siège d’Arkema à manifester leurs désaccords.

    http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2011/12/05/97002-20111205FILWWW00410-manifestation-devant-le-siege-d-arkema.php

    Malheureusement l’avis des salariés dans ce genre de décision n’est pas pris en compte.

    “Arkema a visiblement consenti des garanties sociales et pris des précautions concernant les salariés du pôle vinylique”

    Et on voit le résultat 8 mois plus tard!La meilleure des garantie aurait été de céder son pôle vinylique,activité industrielle à un industriel!Pas à ce vautour de la finance qui n’en ai pas à son coup d’essai.

    http://www.liberation.fr/economie/0101327224-myrys-un-chausseur-disparait-condamnee-l-usine-de-limoux-emploie-178-salaries

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  3. Stokmadada Stokmadada

    Alors pour tout les Serges qui n’on rien compris voila un lien qui explique comment les Ouvriers et Syndicats qui avaient manifesté leur méfiance et désaccords lors de la cession avaient raisons !!
    On ne le diras jamais assez ! Klesch on en voulait pas , on savait bien que c’était un plan social déguisé et Besson qui a reçu Klesch (et peut être autre chose)…pendant la campagne électorale…devra répondre de sa politique de désindustrialisation devant tout les ouvriers de France !!
    Tiens Serge : http://www.maritima.info/actualites/economie/departement/4364/kem-one-chronique-d-un-siphonnage-annonce-par-les-syndicats.html

    Les ouvriers Kem one ex Arkema ne se laisserons pas déposséder de leur travail a cause de Sinistres ministres irresponsables !
    Arkema ,le Hénaff doivent prendre leurs responsabilités et on se rappellera a leur bon souvenirs en temps voulu, car nous on a pas oubliés leur “promesses”…

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