À Gardanne, la majorité PCF à l’épreuve de la grève CGT des agents municipaux

Actualité
le 14 Jan 2020
0

Le torchon brûle entre la CGT des agents municipaux et la mairie PCF. Depuis le 5 décembre, une grève est particulièrement suivie par les agents qui s'occupent des enfants dans les cantines et sur le temps périscolaire. Ils dénoncent une dégradation des conditions d'encadrement mettant en jeu la sécurité des enfants.

Les agents municipaux en tête d'une manifestation à Gardanne le 19 décembre 2019. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

Les agents municipaux en tête d'une manifestation à Gardanne le 19 décembre 2019. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

L'enjeu

A deux mois du premier tour des municipales, les élus de la majorité de Gardanne affrontent un conflit social des animateurs des cantines et du périscolaire mené par la CGT.

Le contexte

La majorité est fracturée par deux candidatures. Roger Meï et son dauphin Jean-Marc La Piana soupçonnent les grévistes de faire le jeu de Claude Jorda, le candidat du parti communiste.

Sur le boulevard Bontemps, la façade de la direction des ressources humaines de la Ville de Gardanne porte encore des marques d’œufs jetés par des manifestants. Le 19 décembre, ils se sont fait entendre bruyamment, jusque dans les bureaux de la mairie brièvement envahis. Mais il n’y avait point d’élus pour les entendre.

A Gardanne, il n’y a pas que le rejet de la réforme des retraites ou la défense de l’usine Alteo et de la centrale thermique qui font descendre la CGT dans la rue. Des agents municipaux sont en colère à cause de la dégradation de leurs conditions de travail. Le syndicat appelle à la grève reconductible depuis le 5 décembre. Le malaise social intervient dans une municipalité communiste qui se dit pourtant la première à défendre les travailleurs.

« On estime qu’il y a une quarantaine de burn-out sur l’ensemble des services à cause de conditions de travail dégradées et d’un management digne d’une entreprise. On alerte notre direction : un jour ils trouveront un pendu dans un placard », dit à Marsactu Serge Cremonesi le secrétaire général CGT des agents de Gardanne.

« 40 burn-out » porte autour du cou un mannequin pendu à la porte de la direction des ressources humaines de Gardanne le 19 décembre. Photo : Pierre Isnard-Dupuy

Le mouvement est particulièrement suivi par les agents du secteur éducatif qui s’occupent du temps de cantine et du périscolaire. Ils dénoncent un sous-effectif chronique ne garantissant plus la sécurité des enfants accueillis. Un comble dans une ville communiste dont Roger Meï le maire, ancien instituteur aux sept mandats, affiche l’éducation comme une priorité.

En conséquence de la grève, plus ou moins suivie selon les jours et selon les sites, les parents d’élèves doivent jongler entre leur emploi du temps professionnel et la nécessité d’assurer le déjeuner de leurs enfants. « Pourquoi vous n’avertissez pas les parents ? On vous demande d’être associés en amont. Je n’arrive plus à revenir le midi de Septèmes ou de Vitrolles, là où je bosse. Lundi j’ai du me contraindre à laisser mon enfant avec un pique-nique », s’agace une mère au milieu du brouhaha d’une réunion publique organisée par la CGT le 8 janvier.

Bataille autour du taux d’encadrement à la cantine

Lors de la pause méridienne, des animateurs sont responsables des enfants qui mangent à la cantine, et pour des activités avant ou après le déjeuner, puis dans la cour de récréation. C’est là que les absences pour cause d’arrêts maladie pèseraient le plus sur les conditions de travail. Elles seraient la plupart du temps non remplacées. « À l’école Brassens, de septembre jusqu’à aujourd’hui, on est en moyenne sept alors qu’on devrait être onze. Ce qui fait qu’on est un adulte pour 34 élèves », expose une gréviste à l’occasion de la réunion publique.

« Parce que l’on nous demande de faire d’autres tâches, comme du ménage ou de la manutention de mobilier, qui ne sont pas dans notre fiche de poste, cela arrive qu’il n’y ait qu’un adulte pour 40 enfants, voire pire. Un jour de novembre, dans l’école où je travaille, on s’est retrouvés à deux pour 200 dans la cour de récréation », confie à Marsactu Karima Gamèche, une animatrice membre du bureau CGT des territoriaux de Gardanne.

La loi ne prévoit pas de minimum pour l’encadrement sur le temps des cantines. Guy Porcedo, l’adjoint à la réussite éducative depuis octobre – suite à la démission après la mise en examen pour viol et agression sexuelle sur mineures de son prédécesseur (relire notre article) – rejette en bloc le constat des agents grévistes. « On applique déjà ce qui est recommandé par la CAF, un adulte pour 20 enfants. Et on a l’objectif de un pour 14 en maternelle et un pour 18 en primaire », expose-t-il. Ces taux d’encadrements sont calqués sur les seuils légaux des accueils collectifs de mineurs. Très loin par exemple de ce qui est le quotidien des écoles marseillaises (lire notre article sur les raisons de la grève à Marseille).

L’élu nous a transmis un tableau présentant les effectifs et taux d’encadrement dans les cantines sur le mois de novembre. A l’exception de deux écoles (sur treize) dont le taux sur le papier est en moyenne de un pour neuf en maternelle et de un pour douze en primaire, sur les autres établissements ils dépassent régulièrement l’objectif jusqu’à un taux de un pour 26 certains jours. « Le décalage, on ne le constate pas ou de manière très épisodique et exceptionnelle », ponctue Guy Porcedo que nous avons rencontré dans le bureau du maire.

« Les chiffres que diffuse la mairie ne prennent pas en compte les enfants qui nous arrivent alors qu’ils n’ont pas été inscrit en amont par leurs parents, qui ne sont donc pas officiellement comptabilisés. Je ne vais pas mettre un enfant dehors sous prétexte qu’il n’est pas inscrit par ses parents », affirme Anabelle Ménard responsable de site déléguée CGT, lors de la réunion publique du 8 janvier. « Des non-inscrits j’en ai entre 90 et 100 tous les jours sur un total de 380 élèves », pose ensuite une collègue syndiquée qui travaille à la cantine de l’ancienne cité minière de Biver.

15 minutes pour manger à la cantine de Biver
A Biver, les enfants n’ont que 15 minutes pour manger entre les différents services parce que le réfectoire est trop exigu. « Ils disent que la salle est trop petite, ils ont raison », concède le maire Roger Meï, tout en informant qu’un agrandissement est planifié pour faire face à l’augmentation de fréquentation. Monsieur Porcedo préfère voir « une double satisfaction. Premièrement cela signifie qu’il y a une dynamique démographique à Biver et deuxièmement, cela confirme la qualité de notre restaurant scolaire avec ses produits de qualité et locaux. »

Absence de dialogue

« Le pool des vacataires qui assure les remplacements est entièrement utilisé. Il n’y a pas de mobilité, les remplaçant sont toujours dans la même école. On demande la création d’un pool de titulaires pour les remplacements et la titularisation des vacataires. Ce qui leur permettrait aussi d’accéder à la formation », détaille Anabelle Ménard. « On souhaite que ce soit tranché dans nos missions pour ne faire que de l’animation et que le ménage soit uniquement confié à d’autres agents qui sont formés pour ça. On voudrait aussi plus de temps de préparation, de concertation et une meilleure identification du projet éducatif », complète Karima Gamèche. « Si le projet c’est juste accueillir pour faire de la garderie, c’est un mauvais projet ! », tance Serge Cremonesi.

La CGT n’a pas de candidat.

Serge Cremonesi, secrétaire général du syndicat des agents

D’un côté, les grévistes considèrent que les élus font preuve d’une absence d’écoute. De l’autre, les élus mettent en doute la légitimité de la grève. Pour le maire Roger Meï, qui  ne se représentera pas après 42 ans de règne, « c’est un autre combat qui est dessous ». Avec son dauphin Jean-Marc La Piana et Guy Porcedo – qui est aussi en charge de la communication pour leur campagne – ils s’interrogent sur une grève qui serait instrumentalisée au profit de l’autre liste issue de la majorité : celle du candidat PCF Claude Jorda (relire notre article sur ces deux listes concurrentes). Ce dernier a claqué la porte de la majorité avec plusieurs de ses soutiens lors du dernier conseil municipal, le 21 novembre.

« La CGT n’a pas de candidat », répond Serge Cremonesi aux parents d’élèves. Néanmoins, signe ultime de défiance, parmi les cégétistes il se murmure que Roger Meï « n’est plus communiste mais En Marche ». Une considération à entendre du point de vue des valeurs. Quant à Claude Jorda, il « s’inscri[t] en faux » face aux supputations entendues dans le bureau du maire. « Il y a une nécessité de rétablir le dialogue et d’aboutir à une solution aux revendications. Les agents ont des raisons objectives de faire grève », considère celui qui s’affiche régulièrement dans les cortèges CGT, comme encarté du syndicat et comme soutien de la centrale thermique. Ce lundi 13 janvier, les perturbations persistent seulement sur les quatre écoles du centre-ville. La campagne, elle se poursuit.

Article en accès libre

Soutenez Marsactu en vous abonnant

OFFRE DÉCOUVERTE – 1€ LE PREMIER MOIS

Si vous avez déjà un compte, identifiez-vous.

Commentaires

L’abonnement au journal vous permet de rejoindre la communauté Marsactu : créez votre blog, commentez, échanger avec les autres lecteurs. Découvrez nos offres ou connectez-vous si vous êtes déjà abonné.

Vous avez un compte ?

Mot de passe oublié ?


Ajouter un compte Facebook ?


Nouveau sur Marsactu ?

S'inscrire